‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 185 sur 252 · DU FURONCLE — SYMPTOMES GÉNÉRAUX GRAVES · texte numérisé non relu

DU FURONCLE — SYMPTOMES GÉNÉRAUX GRAVES

Reverclin, en s’apppuyant sur des faits d’anatomie et de physiologie pathologiques, ont admis l’existence d’une phlébite concomitante ; cette phlébite est pour eux, la cause des phénomènes graves ataxo-adynamiques; l’enchaînement des accidents peut, du reste, s’interpréter de la manière suivante.

Une première observation doit tout d’abord être faite, c’est que ces symptômes surviennent surtout dans les cas de furoncles siégeant à la face , aux lèvres, à la nuque , à l’épaule, en un mot, dans la région cervico-faciale, région qui se trouve dans le voisinage immédiat de la base du crâne.

Le furoncle s’accompagne tout d’abord de la phlébite centrale des veines de la région malade, l’inflammation se propage de là aux sinus crâniens. Les rapports anatomiques de la région rendent parfaitement compte de ce fait. Les veines faciales, en effet, celles de la nuque, de l’épaule, de la région mastoïdienne ont des relations directes avec les sinus crâniens par la veine ophtalmique, les veines du diploé, ou des branches qui communiquent directement avec la région postérieure de la nuque. On voit alors survenir une infection purulente à marche exceptionnellement rapide. La phlébite des sinus crâniens, le voisinage des méninges et du cerveau rendent compte de ces phénomènes.

C’est surtout pour le furoncle des lèvres que ces symptômes ont été observés. Ainsi, dans un relevé de 45 cas mortels, Reverdin, a signalé 29 fois la situation de la tumeur au niveau des lèvres. La structure particulière de la lèvre, le peu d’abondance de tissu cellulaire dans cette région les fibres musculaires enchevêtrées, solidement attachées à la face externe du derme empêchent, d’une part, le pus de s’écouler facilement ; la vascularité excessive de la région prédispose, en outre, à des phénomènes de thrombose, phénomènes que l’on doit regarder comme le premier chaînon des accidents phlébitiques.

La lèvre, dans ces cas, est dure, tendue; elle donne la sensation

d’un morceau de bois ou de carton; sa coloration est violacée ou noirâtre: Un des signes qui annoncent habituellement la propagation de la phlébite à l’orbite, c’est l’ exophtalmie. Ce dernier symptôme indique aussi d’une façon à peu près certaine l’envahissement des sinus, et le malade à ce moment présente presque toujours des accidents cérébraux d’une gravité extrême.

Après avoir insisté sur la définition sur la symptomatologie du furoncle, recherchons son étiologie.

Etiologie. — Les causes du furoncle peuvent être distinguées en deux catégories:

( Causes générales,

( Causes locales.

Causes générales. — Les furoncles surviennent habituellement dans les cas où l’on constate une altération plus ou moins profonde des fonctions nutritives, que cette altération tienne à des fatigues morales, physiques, ou, au contraire, à des excès. Ainsi cette lésion survient souvent chez les sujets qui ont été soumis pendant un temps plus ou moins long à une alimentation trop annualisée, chez ceux dont les fonctions digestives sont plus ou moins entravées, à la suite d’une fièvre typhoïde, ou de tout autre état septique.

Pendant notre service à la Charité, nous étions souvent sujet à des éruptions furonculeuses, lorsqu’une épidémie de fièvre puerpérale sévissait dans les salles de la Maternité et que les exigences du service nous forçaient à séjourner longtemps dans les salles infestées.

Le furoncle se développe souvent chez les malades atteints de diabète. Ce rapport de causalité entrevu par Proust, dès 1840; un peu plus tard, par Marchai (de Calvi), est devenu aujourd’hui un fait scientifique complètement acquis. Dans le tiers des cas environ, on trouve le diabète comme origine de l’éruption furonculeuse. Diverses conditions étiologiques peuvent, du reste, se réaliser : tantôt le diabète existe antérieurement à toute éruption, et l’on voit le furoncle survenir comme il surviendrait

Dü FURONCLE — CAUSES LOCALES

chez un autre sujet ; tantôt le diabète est secondaire et survient après que le furoncle a disparu; tantôt le diabète n’existe que pendant l’évolution de la phlegmasie furonculeuse : une fois le furoncle passé, le diabète cesse. Wagner, Vulpian, Soulé (de Bordeaux) en ont cité des exemples probants.

Les faits commandent donc de rechercher toujours cette cause du furoncle dans les cas même où la lésion se développe chez des individus jouissant en apparence d’une santé excellente.

Il semble que parfois le furoncle se montre d’une manière épidémique. Ainsi, en 1853, Tholozan signalait, dans la Gazette médicale de Paris, l’épidémicité de certaines affections du tissu cellulaire, particulièrement du furoncle et de l’anthrax. Denucé a observé que le nombre des furoncles semble plus considérable à Bordeaux qu’à Paris, et que leur gravité est même plus sérieuse dans cette première localité.

Causes locales. — Les causes locales sont habituellement celles qui sont susceptibles d’amener une irritation prolongée de la peau. Les parties de la peau plus exposées à l’air, au contact par conséquent des poussières malsaines, sont aussi celles au niveau desquelles on rencontre le plus souvent le furoncle : ainsi à la figure, aux mains, à la nuque, au cou. A la suite de l’appUcation de topiques irritants, soit d’un vésicatoire, soit de frictions irritantes, il est fréquent de voir survenir des éruptions furonculeuses.

Levillain, dans une thèse de 1828, a signalé comme cause du furoncle chez les cavaliers l’action irritante de la poussière avec laquelle ils sont nécessairement en contact au moment du pansage des chevaux.

Des observations nouvelles doivent être actuellement ajoutées à ce que nous venons de vous dire. Il y a quelque temps, Pasteur découvrait un microbe dans le furoncle. Au point de vue étiologique, ce fait a une importance extrême; il peut servir pour expliquer la contagion du furoncle et permettre d’indiquer de nouveaux moyens de traitement. Dans le Courrier médical

(9 octobre 1880), Lœwenberg a insisté sur ces deux points. Ayant retrouvé clans le furoncle du conduit auditif le microbe découvert, il y a quelques années déjà, par Pasteur dans les furoncles des autres régions, il le considère comme l’agent essentiel de la multiplication furonculeuse. Il y aurait là un phénomène d’auto- contagion, le pus s’échappant du furoncle ouvert, se répand à la surface de la peau et charrie les microbes spécifiques.

Au mois de novembre 1880, le Dr Trastour a publié aussi quelques faits destinés à confirmer la théorie de la contagion furonculeuse.

Cette nouvelle étiologie du furoncle conduit tout naturellement aussi à de nouvelles indications thérapeutiques que nous vous signalerons dans un instant; en outre, elle modifie, complètement l’idée que l’on doit se faire de la nature intime de cette lésion. Jusqu’à présent, le furoncle a été regardé comme essentiellement dû à l’action de causes irritantes quelconques. Si les observations que nous venons de rapporter se confirment, le furoncle rentre dans la proposition générale que nous avons formulée antérieurement : à tout processus morbide spécial doit correspondre une cause morbide spéciale. La cause spéciale serait le microbe que nous venons d’indiquer.

Il nous reste, en dernier lieu, à vous dire quelques mots du diagnostic, du pronostic et du traitement du furoncle.

Diagnostic . — Le diagnostic est habituellement très facile. La forme vésiculeuse du début, les phénomènes gangréneux que l’on voit quelquefois survenir pourraient, dans quelques conditions, favoriser uneerreur, et faire penser, par exemple, à une pustule maligne; mais les caractères particuliers à cette dernière lésion faciliteront habituellement le diagnostic. Dans la pustule maligne, en effet, les petites perles vésiculeuses qui entourent la première petite vésicule, l’escarre déprimée, jaunâtre, que l’on voit bientôt se former ne permettent guère de se tromper.

Un point de diagnostic difficile, c’est souvent de distinguer

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