DEFINITION DR L'ANTHRAX
celui du furoncle, dans les parties glandulaires de la peau. Ainsi Broca définit l’anthrax un furoncle poly glandulaire .
Gomme nous avons cru devoir accepter cette opinion pour le furoncle, nous admettons aussi cette idée sur le siège de l’anthrax, et malgré les objections que Danielopoulo a présentées dans une thèse importante de 1864, objections que nous aurons plus tard à apprécier, nous pensons que la définition de Broca est bien en rapport avec les faits que nous indique l’anatomie pathologique.
Néanmoins, comme, après tout, le siège définitif de l’anthrax est discutable, il nous paraît plus convenable d’établir une définition ayant non seulement pour base l’anatomie pathologique, mais encore la clinique. C’est le parti, par exemple, auquel s’est arrêté le professeur Trélat dans son article du dictionnaire de Dechambre. Gomme lui, nous dirons : l’anthrax est une tumeur inflammatoire de volume variable, elle débute dans l’appareil glandulaire pilo-sébacé, qui s’étend au derme périphérique et au tissu cellulaire sous-jacent, détermine la mortification d’une partie de ces tissus et s’accompagne de symptômes généraux souvent très graves. Nous pourrons ajouter, sans trop surcharger notre définition, que la tumeur siège habituellement à la nuque, au dos, à la région fessière ou sur les parties latérales du tronc.
En résumé, les définitions de l’anthrax comprennent, d’une part, des définitions essentiellement basées sur l’anatomie pathologique: définitions de Dupuytren, de Vergnies, de Hawkesworth-Ledwick, de Collis, de Broca; d’une autre part, des définitions établies au point de vue de l’anatomie pathologique et de la clinique. Ges dernières nous semblent plus justifiées; c’est l’une d’elles que nous vous avons proposée. Examinons maintenant la symptomatologie, l’étiologie, l’anatomie • pathologique et le siège de l’anthrax.
Symptomatologie . — Nous commencerons par vous détailler l’ensemble des symptômes de l’anthrax; nous chercherons en-
suite à vous indiquer la division générale qu’il est possible d’établir.
1° L’anthrax débute habituellement par une inflammation au niveau de la peau, et bien que son siège primitif puisse être le tissu cellulaire sous-cutané, le tissu cellulaire inter-aréolaire du derme ou une glande tégumentaire, ce que nous aurons à examiner plus tard, c’est, en tout cas, du côté de la peau que les symptômes inflammatoires s’expriment presque dès l’origine de la lésion. On dirait tout d’abord un furoncle dans la première période de son évolution, mais un furoncle plus volumineux et plus douloureux que d’ordinaire :
2° La tumeur s’accentue, augmente rapidement de volume, quelques taches violacées apparaissent surtout au niveau des parties les plus culminantes.
3° On voit l’épiderme se soulever dans quelques points et des phlyctènes se constituer, phlyctènes remplies de lymphe plastique, de sang et de sérosité sanguinolente.
4° Les phlyctènes se déchirent et laissent à nu la Surface du derme que l’on voit parsemée de points jaunâtres plus ou moins étendus. Ces points jaunâtres ne tardent pas à s’agrandir et deviennent bientôt de véritables cratères furonculeux par où l’on voit sourdre d’abord quelques gouttelettes de pus plus ou moins sanguinolent, puis s’éliminer les débris de bourbillons.
5° L’ulcération atteint bientôt les portions de peau comprises entre les cratères, et établit ainsi de larges communications entre ceux-ci. L’anthrax présente alors cet aspect d’écumoir ou de guêpier qui a motivé quelquefois la dénomination de furoncle guêpier.
6° Quelquefois, en même temps que ces phénomènes d'ulcération se produisent, on voit survenir des phénomènes de gangrène à processus putride, et des portions de peau plus ou moins étendues s’éliminent sous forme d’escarres de couleur brun foncé ou jaune grisâtre.
7° L’élimination peut alors, on le comprend, se faire complè-
SYMPTOMATOLOGIE DE L’ANTHRAX
tement : le pus s’écoule tout d’abord, les bourbillons sont ensuite expulsés. La suppuration peut provenir quelquefois de points très éloignés de la tumeur. Ainsi quelquefois on voit des aponévroses percées de quelques trous donner passage à du pus dont la source est située bien au-dessous. Dans les anthrax de petite dimension, vous ne verrez guère s’éliminer que du pus et des bourbillons. Dans les anthrax de volume considérable, il y a du pus, des bourbillons et des détritus gangréneux. Le bourbillon est bien, à la rigueur, un produit gangréneux, mais un produit gangréneux spécial, un mélange de glandes sébacées mortifiées, de lymphe plastique, de pus et de quelques fibrilles de tissu cellulaire.
8° Une fois l’élimination achevée, il reste une anfractuosité plus ou moins vaste; les bords cutanés en sont tout d’abord amincis, irrégulièrement déchiquetés, de couleur violacée. Quelquefois ils s’enroulent sur eux-mêmes de manière à gêner le travail de cicatrisation; quelquefois flottants et peu vivaces, ils persistent sans que l’on constate à leur niveau aucune tendance plastique. D’autres fois, ils se détruisent, subissant, à un moment donné, une gangrène tardive. Le processus de réparation se fait ensuite. Il marche en général, avec rapidité, et le plus souvent l’on est vraiment étonné du travail de cicatrisation qui se réalise, si aucune complication ne vient entraver cette marche. Les cicatrices d’anthrax conservent longtemps une coloration brunâtre, leur surface est irrégulière, déprimée, adhérente aux parties profondes; cette dépression est toujours en rapport avec l’élimination plus ou moins considérable des tissus qui ont été frappés de mortification, en un mot, avec la perte de substance qui s’est produite.
9° Quand on assiste jour par jour à l’évolution d’un anthrax, on le voit présenter tout d’abord à peu près le volume d’une noisette, d’une amande. Ce volume augmente habituellement dans des proportions assez grandes; c’est du sixième au dixième jour, le plus souvent, que cette augmentation a lieu. La tumeur
VINGT-QU ATR I RM R LEÇON
devient alors presque toujours aussi volumineuse qu’un gros œuf ou qu’une pomme. Dans les cas favorables, l’anthrax est ce que l’on appelle circonscrit; quelquefois il est diffus, envahissant. Le premier a été encore appelé par quelques auteurs anthrax furonculeux , bénin; le second, anthrax vrai, anthrax malin. Guérin, par exemple, s’est servi de cette dénomination .
L’anthrax diffus , envahissant , malin atteint quelquefois des dimensions excessives, 25 ou 30 centimètres de diamètre. Ainsi la tumeur peut exister dans toute la hauteur du cou ; elle s’étend quelquefois d’une clavicule à l’autre en contournant la nuque. La région dorsale, la région lombaire peuvent être parfois envahies d’une manière complète. Il est, du reste, d’observation habituelle que c’est presque toujours sur les régions dorsale ou latérales du corps que l’on voit se développer ces énormes foyers d’inflammation.
Dans ces cas d’anthrax envahissant, la base de la tumeur s’élargit rapidement et de plus en plus; l’inflammation et la gangrène ne tardent pas à envahir l’aponévrose, le tissu cellulaire sous-aponévrotique et intermusculaire; les muscles se trouvent dénudés et baignés parle pus. Fait assez digne de remarque, les lésions profondes sont considérables, tandis que celle de la peau ne different que peu des lésions que l’on observe dans l’anthrax ordinaire ou bénin. En un mot, dans ces conditions, l’anthrax peut être dit compliqué de véritable phlegmon diffus.
Les lésions produites arrivent quelquefois à des proportions vraiment exceptionnelles. Ainsi Broca cite l’observation d’un anthrax à la nuque, la lésion avait amené la dénudation de la protubérance occipitale. Dans un autre cas cité par le même auteur, le canal rachidien avait été largement ouvert.
Ajoutons les quelques observations symptomatologiques suivantes.
Il est impossible que le processus que nous venons de si gnaler ne détermine pas des symptômes locaux subjectifs et des symptômes généraux.
SYMPTOMATOLOGIE DE L'ANTHRAX
Symptômes locaux subjectifs. — Le premier clé. ces symptômes sur lequel nous appelons votre attention, c’est la douleur. La douleur est tout d’abord prurigineuse et lancinante, elle acquiert très rapidement une intensité excessive. Elle touche à son maximum d’intensité au moment où la peau est rouge, tendue et encore intacte dans sa continuité. Elle persiste, du reste, habituellement jusqu’au moment où la période d’élimination est commencée.
Symptômes généraux. — Dès le début et même quelquefois avant l’apparition de la tumeur, les malades accusent des malaises divers, des symptômes d’anorexie, de courbature. Au moment de l’évolution de l’anthrax, il y a de la fièvre ; les causes en sont faciles à comprendre, même dans les cas les plus simples.
Il est fréquent, ainsi que nous l’avons vu lorsque nous nous sommes occupé des symptômes inflammatoires généraux, de constater la présence du sucre dans les urines. Dans l’anthrax cette constatation peut avoir lieu souvent. Gela tient aux produits pyrogènes qui passent dans le torrent circulatoire et déterminent des fermentations glycosuriques. Nous verrons dans un instant que l’anthrax est, plus souvent encore que le furoncle, lié ù un état diabétique antérieur mais nous tenons à vous rappeler ainsi que dans bien des cas, au contraire, le diabète est le résultat de l’évolution de la tumeur.
Dans quelques circonstances, surtout lorsque l’anthrax est diffus, des symptômes très alarmants ne tardent pas à survenir : le pouls s’affaiblit, la température générale augmente, le malade est agité, il délire, de petites pustules surviennent dans divers pointsde la surface cutanée. En un mot. c’est le cortège des symptômes ataxo-adynamiques, résultat soit de l’infection purulente, soit de l’infection putride. La mort, dans ces conditions, est fréquente. Le siège de la tumeur détermine souvent des symptômes spéciaux. Ainsi, à la face, ou mieux dans la région cervico-faciale, l’anthrax plus encore que le furoncle s’accompagnera de ces symptômes graves que nous avons signalés
déjà, symptômes dus, vous vous le rappelez, à l’inflammation des sinus crâniens et des veines rachidiennes.
Placé au cou, l’anthrax peut comprimer les vaisseaux et les nerfs si nombreux et si importants de cette région. A la partie antérieure du cou, la compression s’exerce sur le larynx, l’œsophage. A la région thoracique, l’anthrax peut comprimer les nerfs intercostaux, gêner la respiration et devenir même la cause d’une pleurésie.
L’anthrax de la région abdominale est habituellement très douloureux et cause souvent une dyspnée assez intense. L'inflammation peut se propager aux parties profondes et devenir l’occasion de péritonites et même de perforations intestinales.
Souvenez -vous, en outre, qu’un certain nombre d’états pathologiques, concomitants ou consécutifs, compliquent souvent la marche de la lésion et la rendent plus grave. Ainsi, deux ou trois anthrax peuvent exister simultanément chez le même malade ; un érysipèle plus ou moins intense peut survenir et des des abcès tardifs se prononcent alors.
Achevons ce qui a trait à la symptomatologie en vous donnant quelques indications sur la durée de l’anthrax. Guérin estime qu’en moyenne l’évolution de l’anthrax comporte une période de deux mois environ. Cette appréciation semble exagérée pour les anthrax d’un petit volume; pour les anthrax considérables, la guérison peut ne pas être encore complète au bout de ce temps. Ainsi Trélat a cité l’observation d’un de ses malades qui ne fut guéri qu’au bout de cinq mois.
La réparation, pour être totale, comporte toujours, en effet, une période cicatricielle extrêmement longue.
Nous venons de passer en revue les divers symptômes de l’anthrax. Sans chercher à les diviser d’une manière trop détaillée, il nous paraît utile cependant de les classer en un certain nombre de groupes que nous vous présenterons sous forme de tableau général .