THÉORIES DE L’ANTHRAX
anthracoïde, comme à une piqûre d’abeille ou de vipère correspondent aussi des processus pathologiques spéciaux.
Les théories que nous venons de passer en revue pour indiquer le siège primitif de l’anthrax peuvent nous permettre de classer aussi les opinions diverses qui ont été émises pour se rendre compte de la nature du bourbillon de l’anthrax.
Pour les auteurs qui soutiennent la théorie glandulaire, le bourbillon se compose des glandes enflammées et mortifiées ; il contient, d’après eux, des éléments plus ou moins altérés, fibreux et épithéliaux, appartenant aux glandes primitivement enflammées.
Pour les partisans de la théorie aréolaire, les uns, tels que Dupuytren, considèrent le bourbillon comme une partie du tissu cellulaire qui s’est enflammé, qui s’est tuméfié, et, en définitive, s’est étranglé et mortifié dans les cellules du chorion qui sont inextensibles. Les autres, tels que Gendrin, Nélaton, les auteurs du Compendium, Jarjavay, soutiennent que le bourbillon n’est qu’un produit pseudo-membraneux, produit sécrété dans les couches dermiques.
Pour Sanson (Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, 1829), le bourbillon est formé, d’une part, aux dépens du tissu cellulaire enflammé, et, d’une autre part, aux dépens des cloisons fibreuses qui séparent les aréoles du derrne. Le tissu cellulaire se mortifie dans l’aréole, parce qu’il ne peut se gonfler en toute liberté. Les parois des aréoles subissent la même tension, à cause de la distension à laquelle elles sont soumises. Ainsi, gangrène des parties contenues par compres sion, par étranglement, et gangrène par distension des parties contenantes, tels sont les deux facteurs qui combinent leur action pour produire le bourbillon.
Dans la théorie de Gollis et de Hawkesworth -Ledwick, le bourbillon n’est que le tissu cellulaire sous- cutané ou fascia superficialis mortifié.
Quelles conclusions adopter au milieu de ces opinions
diverses et multipliées? Gomme pour les théories émises sur le siège primitif de l’anthrax, la vérité, on peut dire, n’est complètement ni d’un côté ni de l’autre. Quelques conclusions indiquées par Hénocque, dans la thèse de Danielopoulo, viennent à l’appui de cette affirmation. Ainsi, après avoir étudié le bourbillon d’une façon aussi approfondie que possible, l’auteur a formulé les conclusions suivantes :
1° Les lésions que l’on rencontre existent tout d’abord au niveau du tissu aréolaire situé à la face profonde du derme. On constate une destruction des pelotons adipeux qui sont rem placés par des masses purulentes. Cette observation est, par conséquent, favorable à la théorie de Dupuytren.
2° Des abcès miliaires, entourés de tissus conjonctifs et renfermant une grande quantité de globules de pus, existent dans la couche sous-cutanée du tissu cellulaire et dans le fascia superficialis. Ces faits semblent concorder avec la théorie de Collis.
3° Dans les seuls endroits où la peau est ulcérée, on trouve au milieu du bourbillon des détritus de glandes sébacées.
Les observations sur le siège primitif de l’anthrax et sur la nature du bourbillon tendent donc à prouver que le processus pathologique n’évolue pas toujours de la même façon. L’étiologie semble, du reste, en rapport avec cette idée. Lorsque l’on voit, par exemple, l’anthrax succéder à une irritation locale directe, n’est-on pas en droit de penser que l’inflammation part, tout d’abord, des glandes pilo-sébacées plus exposées aux causes irritatives extérieures et au niveau desquelles a lieu l’absorption? Lorsque, au contraire, on voit l’anthrax survenir, soit après la goutte, le diabète, l’emploi de l’iode, n’est-il pas logique dépenser que, dans ces conditions, la substance irritante, acide urique ou autre, qui tend à s’éliminer par la sueur, porte alors tout d’abord son action sur les glandes sudoripares elles-mêmes? L’anthrax, dans ces conditions, débute par ces parties, et le bourbillon n’est qu’un groupe de glandes sudoripares mortifiées.