‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 195 sur 252 · TRAITEMENT DE L’ANTHRAX · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE L’ANTHRAX

sulfurique à assez haute dose, mais convenablement étendu d’eau. Hardy a vanté Tusag-e de l’eau de goudron.

4° Notez d’une façon spéciale l’emploi de l’arsenic.

Dans les autres périodes de l’anthrax, le traitement général est surtout dirigé contre les complications ataxo-adynamiques; il nous semble inutile d’insister sur ce point.

Examinons maintenant le traitement local.

Traitement local. — Le traitement local comprend : 1° ce que l’on peut appeler les moyens topiques; 2° le traitement chirurgical proprement dit.

Gomme applications topiques, nous passerons successivement en revue les réfrigérants, les émollients, la saignée locale ou les sangsues, la compression.

1° Réfrigérants. — Ils ont été surtout conseillés parle professeur Hebra (de Vienne). Ce moyen semble, dans bien des cas, diminuer sérieusement le symptôme douleur, mais il est à craindre qu’en l’employant trop longtemps on ne favorise la mortification des tissus.

2° Emollients. — Sous ce nom nous comprendrons les cataplasmes proprements dits, les bains locaux, l’application de substances imbibées d’eau tiède, ce que les Anglais ont appelé les W citer -dressing . L’abus des cataplasmes est fréquent; mieux vaut souvent mettre en usage un moyen conseillé par Trélat, l’application de la ouate alternée avec des bains prolongés, bains locaux ou bains généraux, ce qui dépendra nécessairement de l’endroit où la tumeur est placée. Cette méthode est surtout utile au début de l’anthrax.

3° Compression. — Nélaton, en 1844, proscrivait à peu près tout traitement chirurgical, sauf l’emploi de ce moyen. Collisa été un des principaux partisans de la compression. « Depuis deux ans, sur l’avis du docteur Paget, écrivait-il en 1864 (On the treatment of anthrax by pressure, Dublin Quarterly Journal), nous n’avons traité aucun anthrax ni par le bistouri ni par la potasse. » Il se contente le plus souvent d’appliquer un large

emplâtre d’opium et de savon percé au centre, de façon à ce que la compression puisse bien s’exercer de la base au centre de la tumeur. Quelques observations suivies de succès sont relatées dans la thèse de Luthier (1869); elles démontrent toute la valeur de ce moyen quand il est employé convenablement, et sans vouloir en constituer le traitement exclusif de l’anthrax, il est évident que la compression bien méthodique facilite l’évacuation des produits et tend à favoriser une guérison plus rapide.

4° Sangsues. — L’application des sangsues sur la tumeur semble au premier abord pouvoir dégorger la tumeur et diminuer la souffrance. Marjolin a recommandé l’emploi de ce moyen ; il faut avoir soin de laisser abondamment saigner, et au besoin employer des lotions tièdes ou appliquer quelques ventouses au niveau des piqûres. Mais il faut ne pas oublier que la plupart des malades atteints d’anthrax ont de la tendance à présenter des symptômes adynamiques, et de plus, comme l’a fait observer Nélaton, les piqûres de sangsues entretenant quelquefois l’inflammation et facilitant la mortification des tissus, ce moyen ne devra être mis en usage, par conséquent, qu’avec une réserve extrême.

Traitement chirurgical. — Le traitement chirurgical comprend trois méthodes : 1° l’excision; 2° l’incision; 3° la cautérisation .

1° L’excision. — Ce procédé a été surtout conseillé par Broca. Frappé de la gravité de certains anthrax, Broca avait eu la pensée de se comporter à leur égard comme vis-à-vis d’une pustule maligne ou d’une tumeur maligne. Le procédé peut paraître rationnel, mais il a été bien rarement mis en usage. Un chirurgien irlandais, Blackley,a cependant procédé ainsi. Aprèsl'incision de la tumeur, il excisait le tissu cellulaire ambiant.

2° Incisions. — La méthode des incisions comprend plusieurs procédés. Il nous semble convenable de la diviser en deux grandes classes, comme l'a exposé dans sa thèse le D1 Luthier:

TRAITEMENT DE L’ANTHRAX — TRAITEMENT CHIRl’RGICAL 669

Incisions à l’air libre ;

Incisions sous-cutanées.

Incisions à l’air libre. — Elles peuvent elles -mêmes se subdiviser en plusieurs catégories :

Incision circulaire;

) Incision cruciale ;

I Incision en étoile ou en roue de voiture ;

[ Incision en tulipe.

Incision circulaire. — L’incision circulaire a été vantée surtout par Lallemand. Ce chirurgien conseillait d’inciser la tumeur sur tout le pourtour de la circonférence. En incisant ainsi circulairement, on risque beaucoup de faciliter la mortification de la peau. Du reste, déjà en 1813, cette méthode avait étéjugéc sévèrement et abandonnée presque complètement.

Incision cruciale. — Ce procédé a été préconisé surtout par Dupuytren. Bien des chirurgiens l’acceptent encore de nos jours. L’incision doit toujours comprendre toute l’épaisseur de la peau, en dépassant les limites du mal de deux à trois lignes. Après l’incision, on exerce une pression modérée sur la tumeur, l’étranglement cesse alors le plus souvent, les liquides s’écoulent, * et l’on favorise ensuite la résolution de l’inflammation en maintenant sur la tumeur l’application de quelques cataplasmes.

Incision en étoile ou en roue de voiture. — Velpeau renchérit encore sur la pratique de Dupuytren. Trouvant les incisions cruciales insuffisantes, le chirurgien de la Charité préconisa des incisions beaucoup plus grandes, incisions multiples et faites en étoile. On pratique ces incisions du centre à la circonférence de la partie malade. On débride ainsi largement les tissus enflammés en ayant soin de dépasser en étendue et en profondeur la tumeur, et même en empiétant sur les tissus sains. Velpeau reliait encore quelquefois les incisions transversales qu’il avait faites par d’autres incisions périphériques, reproduisant ainsi assez fidèlement la figure d’une roue de voiture. Souvent il faisait pour un anthrax de moyenne éten-

due, douze, quatorze, seize incisions; il cherchait toujours à pratiquer les incisions avec une rapidité aussi grande que possible. Ainsi nous nous rappelons avoir entendu dire par ses élèves qu’il en faisait souvent dix-neuf à la minute.

Collis, qui mettait cette méthode en pratique, conseillait de prolonger assez les incisions pour être sûr de sectionner le fascia superficialis ; ce conseil était en rapport avec les idées qu’il professait sur le siège primitif de l’anthrax.

Incision en tulipe . — Dans quelques cas, Nélaton pratiquait ce qu’il a dénommé l 'incision en tulipe. Une première incision était faite profondément jusqu’à la base de la tumeur; puis il faisait des incisions rayonnées, divisant la tumeur en segments mobiles qui s’écartaient l’un de l’autre comme les pétales d’une tulipe ouverte.

Ces diverses incisions ont surtout pour but de dégorger les parties, de vider les abcès et de favoriser la sortie du bourbillon, tout en respectant les parties importantes. Il est difficile d’envisager quel procédé mérite le plus de faveur. Du reste, pour arriver à ce résultat, dans bien des cas, le chirurgien devra choisir telle ou telle méthode suivant les conditions spéciales. Ainsi Richet conseille tantôt l’incision cruciale, tantôt celle de Velpeau, tantôt l’incision en tulipe de Nélaton. Pour cet auteur, l’important est de faire surtout des incisions profondes et hardies. Nous examinerons dans un instant la valeur des incisions comme méthode générale de traitement; aujourd’hui nous vous énumérons seulement les divers procédés mis en usage.

Il y a peu de temps, Scliüller a combiné les incisions avec le raclage des masses de tissu conjonctif plus ou moins mortifié qui se trouvent sous la peau avec l’aide de cuillères tranchantes sur les bords. Tout est enlevé aussi complètement que possible, de manière à obtenir une plaie saignante de bonne nature ; on fait ensuite des lavages avec une solution, soit d’acide phénique, soit de chlorure de zinc. La guérison, d’après l’auteur, serait toujours rapide et l’on diminuerait de beaucoup les

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