TRAITEMENT DE L’ANTHRAX — CAUTERISATION
environ un quart d’heure. Adolphe Richard a décrit dans la Gazette des Hôpitaux (1866), le procédé qu’il inet en usage. Du centre de la tumeur jusqu’aux limites extrêmes de la rou geur, l’auteur fait partir de trois à six rayons, larges de 3 millimètres et limités par des bandelettes de diachylon. 11 couvre pendant douze minutes ces rayons avec de la poudre de Vienne délayée dans de l’alcool. Après douze minutes, il enlève les bandelettes et éteint la poudre de Vienne avec de l’eau vinaigrée; puis il recouvre chaque traînée noirâtre d’une lanière de pâte au chlorure de zinc. Sept ou huit heures après, il enlève le pansement, incise, puis excise partiellement les escarres qui comprennent alors tout le derme. Il applique de nouvelles lanières qu’il laisse ensuite plus ou moins longtemps, ou qu’il renouvelle, suivant l’effet à obtenir.
Soulé (de Bordeaux) se contente d’établir sur la tumeur deux longues traînées de pâte de Vienne qu’il dépose en croix. Il incise ensuite les escarres.
Kersh (Zur Behandlung) recommande de recouvrir l’anthrax le plus tôt possible avec de la pâte caustique de Landolô; il crée ainsi une large solution de continuité. Après l’ application du caustique, la douleur, d’après lui, disparait et la guérison est rapide.
Follin conseille le plus souvent l’emploi du fer rouge. Si l’on ne croit pas devoir employer cette méthode de cautérisation, on introduit dans l’épaioseur de l’anthrax incisé des flèches d’une pâte au chlorure de zinc.
Lorsque l’anthrax n’est pas d’un volume considérable, l’application de quelques pastilles de potasse, dans les endroits où l’on sent qu’un débridement.est nécessaire, est habituellement suffisant. On incise ensuite les escarres, et l’on continue une nouvelle application, si l’on juge qu’elle est nécessaire. Ce procédé est celui que nous avons employé le plus souvent et toujours avec succès.
L’emploi du thermo -cautère a donné de bons résultats au professeur Verneuil.
Behnk. — Palh. cliir.
Par opposition aux diverses méthodes que nous venons de passer en revue, quelques chirurgiens ont conseillé systématiquement l’abstention de toute incision, soit au bistouri, soit par le caustique. En Angleterre, par exemple, cette méthode de traitement tend à devenir générale.
Paget professe que l’anthrax doit être traité le plus souventsans chirurgie active, sans incisions, et que la diminution de la mortalité dans cette affection est essentiellement en rapport avec une sage abstention. Le chirurgien anglais attache une grande importance à ne pas retenir les malades au lit et à les laisser le plus possible au grand air.
En France, le docteur Faucon (de Lille) a vanté cette manière de faire, et le docteur Després, à l’appui de cette conduite, a signalé les résultats qu’il a obtenus de 1872 à 1877. Sur un total de 32 anthrax, 28 guérisons ont été obtenues, 2 cas de mort seulement se sont produits. Dans cette dernière catégorie se trouvaient 1 anthrax diabétique et 1 anthrax de la lèvre.
Quelle que soit, du reste, la méthode de traitement mise en usage, que l’ouverture ait été spontanée, ou que l’on ait pratiqué des incisions ou la cautérisation, il faut, à un moment donné, débarrasser la plaie des escarres qui gênent la sortie des produits purulents ou des lambeaux de tissu cellulaire. Pour arriver plus facilement à ce résultat, Foucher a recommandé un procédé qui, dans bien des circonstances, réussit très bien : appliquer sur l’anthrax une ventouse à pompe, et aspirer dans le récipient tout ce qui peut être détaché.
Après avoir passé en revue l’ensemble de ces divers procédés qui tour à tour ont été vantés par les uns et dénigrés par les autres, il est naturel de formuler la conduite que vous devrez tenir. Le traitement devra nécessairement varier suivant le siège, l’étendue, le caractère de bénignité ou de gravité que présentera la tumeur. Gomme l’a fait observer si judicieusement Michon, « il n’y a pas un anthrax, il y a des anthrax. »