COURS PROFESSÉ A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE LYON
PREMIÈRE LEÇON
Division d’un cours de pathologie chirurgicale. — Lésions vitales : traumatisme ; lésions organiques. — Importance de l’inflammation. — Définition. — Définition naturelle. — Définition théorique. — Définition de Corail et Ranvier; — Follin; — Compendium de chirurgie. — Synonymie. — Symptomatologie. — Symptômes locaux. — Symptômes cardinaux. — Rougeur. — Tumeur. — Chaleur. — Douleur. — Caractères, Causes, Importance de ces phénomènes.
Messieurs,
Eu commençant ces leçons, je dois vous dire en quelques mots quel est mon but et quel est mon plan.
Mon but est de vous initier à la connaissance de ce que l’on peut appeler la chirurgie générale. En France, la plupart des traités de pathologie externe sont des traités complets envisageant en même temps la pathologie générale et la pathologie spéciale. En Allemagne, Billroth a publié un tiaite de pathologie chirurgicale générale; ce travail d’une
Berne. — Palh. cltir.
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grande valeur, soutenu par l’approbation de notre éminent professeur Verneuil, vous a rendu et vous rendra encore longtemps d’innombrables services ; mais ce traité, sans un ordre bien complet, laisse trop souvent dans l’oubli la plupart de nos travaux français ; il nous paraît tout naturel de vous fournir par conséquent d’autres sources. Vous y puiserez des connaissances pour lesquelles nos pathologistes nationaux ont leur part indiscutable de recherches et d’autorité.
Notre plan sera à peu près celui de nos traités de pathologie externe. Les auteurs modernes décrivent habituellement I Les lésions vitales,
\ Les lésions traumatiques, j Les lésions organiques,
( Les anomalies et les difformités des divers tissus, des divers organes, des diverses régions. Nous laisserons de côté l’examen des anomalies et des difformités.
Les difformités et les anomalies sortent un peu du cadre de nos études àu point de vue général; et c’est à propos de la chirurgie spéciale qu’il vous importera surtout d’examiner les difformités et les anomalies de telle ou telle partie.
Nos divisions naturelles seront donc celles-ci :
1° Étude des questions de pathologie chirurgicale générale se rapportant aux lésions vitales ;
2° Étude des questions de pathologie chirurgicale générale se rapportant au traumatisme ;
3° Étude des questions de pathologie chirurgicale générale se rapportant aux lésions néoplasiques. Étude des tumeurs.
Sans vouloir vous détailler d'une façon trop complète la partie plus accessoire de notre plan, retenez dès maintenant les divi sions suivantes.
INFLAMMATION
A l’étude des lésions vitales nous rattacherons l’examen De l’inflammation en général, i De la suppuration et des abcès, j De la gangrène,
j Du processus embolique, de l’ infarctus., de la thrombose, ! De l’ulcération,
Des fistules.
Nous étudierons à propos du traumatisme :
' Les plaies, leur cicatrisation,
Les divers pansements,
Les plaies par armes à feu,
T, ps nppidents des plaies,
* esüui i mentions par , La chaleur,
[ La foudre.
Dans notre troisième partie nous passerons en revue l’étude générale des tumeurs. Nous examinerons quelques lésions néoplasiques en particulier.
Dès aujourd’hui nous nous occuperons de l’inflammation. L’inflammation est un sujet d’une importance exceptionnelle. C’est, on peut dire, une question de tradition et une question de progrès. Une question de tradition: il est peu de pathologistes qui n’aient produit quelques études sur ce sujet. Une question de progrès : depuis quelques années, les découvertes micrographiques ont élucidé singulièrement les faits relatifs au processus inflammatoire, et aujourd’hui plus que jamais on pourrait répéter avec Richter qu’il existe à peine une seule maladie chirurgicale où l’inflammation ne figure pas, comme symptôme, comme cause, ou comme effet. Quelques exemples peuvent, du reste, vous permettre de juger bien facilement de toute la vérité de cette assertion.
La plupart des lésions traumatiques s’accompagnent le plus souvent de phénomènes inflammatoires modérés ou exagérés.
Le froid,
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C’est une inflammation modérée qui est destinée à réparer les parties divisées à la suite d’un traumatisme quelconque ; c’est une inflammation modérée qui permet souvent, soit à un corps étranger, soit à une partie mortifiée, de s’éliminer convenablement. Souvent, au contraire, c'est une inflammation spéciale qui deviendra la cause de la destruction d’un tissu ou d’un organe.
Cruveilhier l’a écrit dans un langage qui mérite d’être cité : « Considérée au point de vue philosophique, l’inflammation est le grand, presque le seul moyen de réaction, d’insurrection organique de l’économie vivante contre les causes physiques, chimiques ou vitales qui menacent ou qui ont compromis l’intégrité de l’organisme, et suivant la différence des causes qui la provoquent, l’inflammation est tantôt un moyen de restauration, de conservation, de salut, et tantôt un moyen de désorganisation et de mort. » Ce sont là, du reste, des aperçus dont vous comprendrez bien mieux la signification et la valeur lorsque nous aurons étudié un peu complètement cette grande question, qui domine, on peut le dire, toute la pathologie chirurgicale.
Lorsque l’on se prépare à faire un long voyage, il est convenable de tracer d’avance, autant que possible, l’itinéraire que l’on doit suivre. Ainsi pensons-nous faire au commencement de cette leçon, en vous indiquant tout d’abord les divisions que nous établirons, pour arriver à étudier cette question plus complètement, plus utilement, plus simplement.
1° Nous définirons l’inflammation.
2° Nous décrirons les symptômes inflammatoires.
3° Nous apprécierons ce que l’on appelle les théories de l'inflammation .
4° Nous vous indiquerons les formes diverses du travail inflammatoire ; ses terminaisons.
5° Nous traiterons de l’étiologie, du diagnostic et du pronostic.
6° Nous passerons en revue la thérapeutique que l’on peut diriger contre le fait inflammatoire.
INFLAMMATION
7° Nous traiterons en dernier lieu de l’inflammation suppu rative, de l’inflammation chronique et de l’inflammation dans les divers tissus.
Définition. — Les définitions de l’inflammation doivent, suivant nous, se diviser en deux catégories bien distinctes. D’une part, celles que nous appellerons naturelles ; d’une autre part, celles que nous désignerons sous la dénomination de théoriques. Les définitions naturelles sont les définitions basées essentiellement sur la connaissance des symptômes inflammatoires les plus faciles à constater à l’œil nu.
Les définitions théoriques sont essentiellement tirées de l’appréciation que chaque pathologiste se fait de la théorie qu’il accepte pour l’explication des phénomènes inflammatoires.
Il est facile de comprendre très aisément les définitions naturelles, nous vous en exposerons tout de suite quelques-unes. Pour bien saisir, au contraire, les définitions théoriques, il faut pouvoir comprendre tout d’abord la valeur des diverses opinions qui ont été tour à tour formulées sur le mécanisme. intime du processus inflammatoire; nous nous réservons par conséquent de passer en revue cette dernière catégorie seulement après l’examen préalable des diverses théories de l’inflammation.
Définitions naturelles. — Cornil et Ranvier, dans leur Manuel (T Histologie pathologique , ont défini l’inflammation de la manière suivante. Pour eux, « l’inflammation c’est la série des phénomènes observés dans les tissus ou dans les organes, analogues à ceux produits artificiellement sur les mêmes parties par l’action d’un agent irritant physique ou chimique. » En ajoutant que le plus souvent un agent irritant physique ou chimique, qui agit un peu sérieusement sur un de nos tissus, détermine de la douleur, de la chaleur, de la tuméfaction et de la rougeur, il est dificile de formuler une définition naturelle plus simple et plus complète.
Cette définition équivaut à peu près à celle que vous trouverez dans l’ouvrage de Follin : « L’inflammation, c’est l’état d’une
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partie rouge, chaude, tuméfiée, douloureuse et devenue le siège d’un travail particulier d’exsudation. » Celse, il y a près de deux mille ans, avait, du reste, écrit avec beaucoup de sens dans un langage aussi correct que précis : Notæ vero inflammation is sunt quatuor : rubor et tumor, cum dolore et colore.
Les auteurs du Compendium de chirurgie, en termes un peu moins précis, ont exprimé à peu près la même pensée. Pour eux, a l’inflammation est une maladie caractérisée par la sensibilité morbide de la partie affectée, sa vascularité plus grande, l’augmentation de son volume, de sa température, de sa densité; la friabilité du tissu enflammé et enfin la sécrétion de matières anormales soit par leur quantité, soit par leurs qualités. »
Le mot d’inflammation a souvent pour synonymes les expressions de phlegmasie, de phlogose.
Ces trois expressions : inflammation, phlegmasie , pldog ose, indiquent d’une manière très nette deux pensées dans l’esprit de ceux qui les ont employées. En premier lieu, la ressemblance des phénomènes inflammatoires avec ceux de la brûlure ; en deuxième lieu, l’idée que les parties enflammées constituent un véritable foyer de combustion.
Nous envisagerons plus tard, vous ai-je dit, les définitions théoriques, ne le regrettez pas. Vous me comprendriez bien peu aujourd’hui si je vous indiquais maintenant que l’inflammation par exemple est « un acte tumultueux, alternativement nutritif, et dénutritif » (Sée) ; que l’inflammation est tantôt « une irritation normale agissant d’une manière anormale, tantôt une irritation anormale agissant d’une manière normale et amenant des troubles d’activité élémentaire » (Vulpian). Attendez, pour apprécier ces diverses définitions, d’avoir tout d’abord une idée exacte des symptômes inflammatoires. Procédons actuellement à l’examen de ces symptômes.
Symptomatologie de l’inflammation. — Les symptômes de l’inflammation doivent se diviser en symptômes locaux et symptômes généraux.
INFLAMMATION
Les symptômes locaux se subdivisent eux-mêmes:
A. Symptômes macroscopiques ou lésions physiques des
parties enflammées visibles à l’œil nu, ou mieux, perceptibles sans le secours du microscope.
B. Symptômes microscopiques ou lésions visibles à l’aide du
microscope; lésions élémentaires, c’est-à-dire lésions des éléments qui forment les tissus.
Ces derniers symptômes constituent un ordre de phénomènes d’une importance et d’une valeur exceptionnelles; leur connaissance permet de déterminer avec beaucoup plus de précision le mécanisme même des lésions physiques macroscopiques ; aussi beaucoup d’auteurs n'ont pas hésité à analyser tout d’abord cette symptomatologie micrographique. Heurtaux, par exemple, dans son article si remarquable du Dictionnaire Jaccoucl , a procédé ainsi. Logiquement cette manière de faire peut être judicieuse. Les lésions élémentaires sont, en effet, les plus importantes; commencer par les décrire semble tout naturel. En étudiant cependant tout d’abord les lésions visibles sans le secours du microscope, on s’occupe de phénomènes plus faciles à constater, plus faciles à décrire; cette raison nous détermine à vous exposer en premier lieu ces phénomènes macroscopiques.
A. Symptômes macroscopiques. — Lorsqu’un organe ou une partie de nos tissus enflammés sont étudiés à l’œil nu, on constate successivement des différences appréciables, au point de vue de la couleur, de la consistance, de la cohésion, de la pesanteur spécifique.
Habituellement, quatre de ces symptômes sont examinés à part, constituant ce que l’on peut appeler les symptômes cardinaux de l’inflammation.
Ces symptômes les plus apparents sont au nombre de quatre :
I La rougeur,
ILa tumeur,
La chaleur,
\ La douleur.
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Passons tout d’abord en revue ces quatre premiers symptômes ; nous examinerons ensuite les autres. Les étudier, ce sera, si vous le voulez bien, analyser successivement leurs caractères, rechercher leurs causes, apprécier leur importance.
Etude dij symptôme rougeur. — Ses caractères. — La rougeur des parties enflammées varie dans des proportions excessives. Elle varie suivant la nature du processus inflammatoire, suivant son intensité plus ou moins grande, suivant la différencedes tissus enflammés.
Ce sera parfois une teinte rose à peine perceptible, parfois une teinte rouge livide des plus prononcées.
Dans le premier cas, la gravité de l’inflammation est habituellement moindre; dans le cas contraire, la gravité est presque toujours grande. La teinte peut être uniforme. Le plus souvent on constate, au contraire, dans certains points, des plaques à teinte variable.
L’application du doigt sur la partie enflammée fait habituellement diminuer l’intensité do la coloration. Dans quelques cas cependant ce résultat n’a pas lieu, on ne l’obtient du moins que d’une façon très incomplète. Ainsi dans l’érysipèle des vieillards, le doigt appliqué sur la peau ne détermine aucune diminution dans la teinte rouge. Dans les cas à pronostic très grave, le même fait est presque toujours observé. Au niveau des séreuses, au niveau des muqueuses, la rougeur se présente souvent avec des pointillés et des arborisations assez rapprochés. Dans les parenchymes, la rougeur se constate sous forme de larges plaques ; quand on les incise, il s’en écoule habituellement une grande quantité de sang.
Thomson a constaté que, dans les points primitivement atteints, la rougeur est plus intense que dans les parties secondairement envahies. L’observation est peut-être vraie pour les inflammations parenchymateuses, elle ne l’est pas pour les inflammations érysipélateuses tégumentaires. Dans les cas d’érysipèles, vous verrez souvent l’inflammation s’exprimer par une
inflammation
teinte aussi rouge dans les parties postérieurement envahies que dans celles enflammées primitivement.
Après les inflammations de courte durée, la coloration normale des tissus apparaît de nouveau, une fois la maladie passée. Lorsque, au contraire, l’inflammation a persisté longtemps, ou qu’elle revient à des intervalles pinson moins rapprochés, on voit alors se constituer des taches livides, fortement colorées, cuivrées, c’est ce que l’on constate, par exemple, dans les cas d’inflammations cutanées syphilitiques.
Causes du phénomène rougeur. — Les causes de la rougeur sont faciles à énoncer :
1° La rougeur dépend surtout de la dilatation des vaisseaux. L’ampliation dés plus petits vaisseaux fait que la partie enflammée renferme à un moment donné une proportion bien plus grande de sang. Ce sang en plus grande quantité augmente la rougeur de la partie.
2° La création de vaisseaux nouveaux au niveau des parties enflammées est une deuxième cause qu’il faut signaler.
3° Le passage du sang à un moment donné dans les vaisseaux lymphatiques est une troisième cause.
4° L’extravasation du sang en dehors des vaisseaux qui se distribuent dans la région enflammée est une quatrième cause sur laquelle je dois appeler votre attention. Cette extravasation peut dépendre soit d’une déchirure des vaisseaux, soit du passage des globules entraînés par les globules blancs en dehors des parois sans que le vaisseau soit déchiré, c’est le phénomène que l’on décrit sous la dénomination d’extravasation par diapédèse.
Importance du phénomène rougeur. — Follin a eu tort d’affirmer que la rougeur était un des meilleurs signes du processus inflammatoire. C’est un signe, au contraire, souvent incertain et qui est très loin de présenter une valeur absolue. Les deux observations suivantes viennent à l’appui de ce que nous venons d’avancer.
En premier lieu, la rougeur peut disparaître après la mort.
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Souvent, lorsque l’inflammation a duré peu de temps, on n’en trouve plus de trace sur le cadavre. Le fait est fréquent, par exemple, pour l’inflammation érysipélateuse de la peau; pour l’inflammation de la moelle après le tétanos.
En second lieu, la rougeur peut exister dans des parties qui n’ont présenté cependant aucune inflammation, et l’on doit encore regarder comme parfaitement vraie, l’affirmation que Trousseau et de Rigot ont formulée depuis longtemps. « Nous n’avons aucun signe à l’aide duquel on puisse distinguer sûrement la rougeur inflammatoire de la rougeur cadavérique. » On a bien dit que le lavage permettait de reconnaître la coloration rouge due à la déclivité. Gela arrive dans quelques cas, mais lorsqu’il y a un commencement de décomposition putride, la matière colorante du sang imbibe directement soit les parois vasculaires, soit les parties voisines, et le lavage n’enlève pas la coloration qui en résulte.
Gomme appréciation plus positive de la valeur de ce phénomène, nous pourrions formuler les deux propositions sui vantes :
1° Lorsque la rougeur dépend seulement de la dilatation vasculaire, l’importance du pliénomème est moindre. Le pronostic de la rougeur, si j’ose ainsi dire, par rapport à l’inflammation, est alors favorable.
2° Lorsque la rougeur dépend de la déchirure des vaisseaux ou de l’extravasation du sang au travers des parois vasculaires, le pronostic est alors toujours plus grave. Dans ces conditions, l’application du doigt sur la partie enflammée ne détermine pas de teinte blanche, l’inflammation devra toujours être regardée comme plus grave.
Nous venons d’examiner le symptôme de la rougeur au triple point de vue :
| Des caractères que présente ce symptôme,
| Des causes qui le produisent,
( De l’importance qu’il peut avoir.
INFLAMMATION
Analysons de la même manière le phénomène de la tuméfaction.
Phénomène de la tuméfaction. — Caractères. — Le volume d’une partie enflammée est presque toujours augmenté. Tous les jours vous entendez dire, par exemple, dans le langage ordinaire : cette partie est enflée , dans le sens d’enflammée. Cette enflure, cette tuméfaction varient tout d’abord suivant les tissus et suivant les organes. Ainsi, au niveau d’une membrane, la tuméfaction est toujours peu accusée ; au niveau d’un organe glandulaire, au sein, par exemple, au testicule, cette tuméfaction prend souvent, au contraire, des proportions considérables. La tuméfaction des muscles enflammés est un fait que le chirurgien doit connaître d’avance. Ainsi, après avoir pratiqué une désarticulation de l'épaule, si l’on n’a pas soin de ménager beaucoup de peau , lorsque les muscles s’enflamment après l’opération, leur volume augmente et les téguments deviennent alors insuffisants pour recouvrir le moignon.
A la suite de l’inflammation de la langue, cet organe prend parfois des proportions vraiment colossales.
La tuméfaction peut être circonscrite , générale , superficielle, profonde.
Il nous semble inutile d’insister sur ces détails.
Causes du phénomène tuméfaction. — Envisageons, en deuxième lieu, les causes de ce phénomène.
La tuméfaction tient aux causes suivantes :
1° Elle peut être due a la réplétion vasculaire, à la dilatation des vaisseaux; en un mot, au fait d'une plus grande quantité de sang traversant les tissus ;
2° Elle peut dépendre do l’infiltration des liquides plastiques épanchés dans la trame organique ;
J°L augmentation des éléments mêmes du tissu enflammé peut amener ce résultat.
Gomme bollin, nous distinguerons trois périodes successives dans l’évolution de ce symptôme.
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Une période de début ou phase sanguine,
Une période moyenne ou phase plastique,
Une période ultime ou phase néoplasique.
A la période du début correspond la congestion capillaire.
A la période moyenne correspond l’exsudation des liquides plastiques.
A la période ultime correspond la création d’éléments nouveaux.
Importance de ta tuméfaction. — La tuméfaction est peutêtre le signe le moins important de tous les symptômes locaux. Souvent un organe augmente beaucoup de volume, et l’inflammation ne se réalise pas.
Poursuivons notre étude pour les deux symptômes locaux qu’il nous reste à passer en revue : la douleur et la chaleur.
Douleur. — Caractères. — La douleur se fait habituellement sentir dès le début de l’inflammation ; ses caractères sont vraiment des plus difficiles à analyser. On la dit gravative quand elle détermine dans la partie une sensation de tension. Tantôt elle est brûlante, comme dans l’érysipèle; prurigineuse, comme dansla plupartdes inflammatiouscutanées ; pongitive, lancinante, comme dans les pleurésies; puisa tive, lorsque le malade perçoit des battements artériels au niveau des parties douloureuses. Les divisions pourraient, du reste, se multiplier presque à l’infini; ainsi les homéopathes ont pu distinguer jusqu’à soixante espèces de différentes douleurs.
Il nous semble plus naturel de vous énoncer seulement quelques propositions générales : l°Le caractère de la douleur dépend souvent delà nature même de l’inflammation : la douleur est vive dans l’inflammation aiguë, presque nulle dans les inflammations chroniques. 2° La douleur varie suivant l’inflammation de tel ou tel tissu, de tel ou tel organe. La douleur due, par exemple, a l’inflammation des séreuses est essentiellement différente de la douleur due à l’inflammation des os, des muqueuses, de la peau. 3° Habituellement la perception de la douleur est proportionnée
INFLAMMATION
au nombre, au volume clés cordons nerveux qui traversent le tissu enflammé ; elle est proportionnée, en outre, à la résistance que le tissu oppose au gonflement inflammatoire. C’est pour cette dernière raison, par exemple, que la douleur est si vive au niveau des surfaces articulaires, au niveau du tissu séreux, au niveau quelquefois du tissu tendineux; et cependant, à l’état normal, la sensibilité du tencloii est presque nulle. 4° La douleur peut être continue, intermittente, rémittente.
Causes de la douleur. — Les causes que l’on peut indiquer pour expliquer la douleur sont multiples.
La plupart des auteurs mentionnent la compression des nerfs au niveau de la partie enflammée. Cette compression dépend soit de la dilatation vasculaire, soit du fait de la présence des exsudats et des éléments nouveaux qui ont été formés. Ce phénomène doit être aussi attribué aux modifications intimes qu’entraîne le travail inflammatoire au niveau des extrémités nerveuses elles-mêmes. Ainsi Vulpian a signalé dans ce sens la multiplication des noyaux au niveau de la gaine des fibres nerveuses et l’altération graisseuse des tubes nerveux euxmèmes.
Eu acceptant ces id<' es, l’on comprend bien les douleurs plus vivement ressenties au moment où les pulsations artérielles sont plus fortes. Chaque diastole artérielle augmente alors la compression des filets nerveux. Ainsi le moindre mouvement augmente la douleur au niveau d’un panaris, au niveau d’une inflammation localisée à l’anus.
Dans les inflammations chroniques, ces phénomènes sont moins apparents; mais dans ces conditions, les modifications biologiques se réalisent lentement, et l’accoutumance, ainsi réalisée peu à peu, rend compte pourquoi la douleur est alors moins vive.
Importance de la douleur. — L’importance de la douleur est capitale. Phénomène à peu [très constant dans tous les cas d’inflammation, la douleur existe dès le début, souvent même avant
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la rougeur; elle persiste habituellement pendant tout le temps que dure le processus morbide. Lorsque l’inflammation évolue dans des parties profondément situées, c'est souvent le seul symptôme qui vous guide; la perception des autres signes est alors impossible.
La douleur vous fournit souvent des indications précises sur les progrès ou le recul des phlegmasies aiguës. Malheureusement il arrive parfois que des douleurs violentes sont accusées par un malade et qu’elles ne correspondent pas à un travail inflammatoire. La douleur, par exemple, ressentie au niveau des parois abdominales, simule quelquefois une véritable péritonite, alors que cette douleur peut être simplement nerveuse. Il importera de rechercher avec soin dans ces cas si les autres symptômes généraux font défaut ; si, par exemple, l’augmentation de température n’est pas constatée au moment de la perception d’une de ces douleurs si violentes auxquelles nous faisons allusion, il y a bien des chances pour que la douleur ne soit pas liée au processus phlegmasique.
Etudions en dernier lieu le quatrième symptôme cardinal de l’inflammation, la chaleur.
Chaleur. — Caractères. — Quand on applique la main sur une partie enflammée, on perçoit une élévation de température très marquée, et le malade accuse dans ce point une sensation de chaleur.
Cette élévation de température semble, du reste, toujours beaucoup plus considérable qu’elle ne l’est réellement. Hunter a fait sur ce sujet des expériences nombreuses. La différence est à peine de quelques degrés. Roger, dans un travail publié dans les A rchives de médecine (4e série, t. V, VI, VII, VIII et IX) , est arrivé au même résultat. Pour ces divers expérimentateurs, la température d’une partie enflammée ne peut s'élever au-dessus’ du degré de chaleur que le sang possède dans les cavités centrales. Des expériences de Billroth confirment aussi cette assertion. Dans quarante observations, Billroth a trouvé
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trente-huit fois des résultats en rapport avec ce que nous venons d’avancer. Deux fois seulement la température de la partie enflammée a été trouvée supérieure à celle du rectum.
Simon et Montgoméry sont arrivés aux conclusions suivantes, qui méritent d’être mentionnées : 1° Les parties enflammées sont habituellement plus chaudes que 1ns parties saines correspondantes. 2° Le sang artériel qui vient se distribuer aux parties enflammées est moins chaud que ces parties. 3° Le sang veineux qui sort des parties enflammées est moins chaud que les parties elles- mêmes, plus chaud que le sang artériel, plus chaud que le sang veineux des parties correspondantes. La partie enflammée est donc bien un véritable foyer plus, chaud que les parties saines. C’est à cause de cette élévation de température que les parties enflammées résistent davantage au froid. Sous ce rapport, tout le monde connaît l’expérience de .11 unter devenue tout à fait classique. limiter déterminait uiie inflammation plus ou moins vive en traumatisant l’oreille d’un lapin. Une fois enflammée, cette oreille résistait plus facilement au refroidissement que l’oreille saine du côté opposé.
Comme caractère de la chaleur vous noterez que tantôt elle est dite sèche, tantôt humide, âcre, vive ou mordicanie.
Ces caractères divers sont le plus souvent en rapport avec la nature même de l’inflammation. La chaleur est généralement plus péniblement supportée quand elle s’accompagne de sensation de sécheresse, et c’est pour cela sans doute que l’application de cataplasmes, en déterminant une certaine humidité, procure habituellement un certain soulagement. Toutes ces recherches que nous venons d’indiquer montrent bien la réalité de l’élévation thermique dans les parties enflammées ; mais elles ne donnent aucune idée sur la cause de cette élévation. Cette cause quelle est elle ?
Causes de la chaleur. — Comme cause de la production de chaleur, nous noterons tout d’abord les nombreuses réactions moléculaires qui s’effectuent au niveau des parties enflammées.
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Ces échanges moléculaires nombreux doivent, sans aucun doute, être l'occasion d’une augmentation thermique locale.
Estor et Saint-Pierre (de Montpellier) ont constaté que, dans ces conditions, le dégagement d’acide carbonique se fait dans des proportions plus grandes; c’est une preuve incontestable de la réalité des combustions intimes dont nous venons de parler. La partie entlammée est bien une véritable lampe. Lorsque nous aborderons bientôt l’étude des phénomènes micrographiques, nqus saisirons bien mieux encore le mécanisme de ces divers phénomènes. •
D’autres causes de la chaleur ont encore été signalées par divers auteurs. Ainsi on a parlé de la vitesse plus grande avec laquelle le sang circule au niveau des parties enflammées. Cette raison qui semble assez probable tout d’abord doit être laissée de côté. Nous verrons en effet bientôt que le sang, au contraire, arrive bien vite à circuler plus lentement dans une partie en llammée.
La chaleur peut être attribuée au fait de la plus grande quantité de sang qui traverse la région phlegmasiée. Beliier et Hardy ont insisté beaucoup sur cette condition spéciale. On comprend dans ce cas l’abord d’une plus grande quantité d’oxvgène. Les échanges moléculaires augmentant, c'est revenir, du reste, a la première cause que nous avons signalée :
Dilatation vasculaire,
\ Augmentation de la circulation sanguine,
) Exaltation des actes chimiques au niveau des parties malades,
telles sont, en définitive, les conditions étiologiques que l’on peut affirmer'.
Un mot d’appréciation sur la valeur de ce symptôme L’augmentation de la chaleur au niveau d’une partie que l'on suppose enflammée est, sans aucun doute, un signe d’une grande importance. Ainsi, souvent en appliquant la main sur un os, sur un testicule, le diagnostic est de beaucoup facilité si l'on perçoit
INFLAMMATION
une augmentation thermique. Souvent, cependant, ce signe peut être constaté et l’inflammation ne pas exister. Ai-je besoin, par exemple, de vous signaler la congestion avec chaleur plus ou moins prononcée si fréquente aux joues au moment de certaines émotions; que de fois aussi aucun phénomène inflammatoire ne survient ultérieurement.
Nous venons d’achever l’étude des symptômes locaux macroscopiques de l'inflammation, symptômes que nous avons dénommés cardinaux ; un regard jeté sur le tableau que nous plaçons à côté vous permettra de vous représenter rapidement l’ensemble des propositions que nous vous avons exposées. Cette méthode, pour fixer dans l’esprit le souvenir d’une leçon, nous a paru présenter des avantages sérieux; nous y serons fidèle dans le cours de ces conférences.
Bjsks i£. — Palti. dur.
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Rougeur.
Tumeur.
Douleur.
Chaleur.