MAL PERFORANT PLANTAIRE — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
changements sérieux de texture. Ils deviennent rugueux, durs, et prennent fréquemment une coloration variable, jaune ou noire.
5° Les gaines tendineuses, les tendons, les os, le périoste, les cartilages présentent souvent des traces d’inflammation plus ou moins accentuées.
6° En dernier lieu, des lésions importantes ont été signalées du côté des vaisseaux et des nerfs.
Péan, le premier, en 1863, appela l’attention sur l'état des vaisseaux au niveau du mal plantaire. Les artères du membre d’un calibre ordinaire présentaient toutes les lésions de l’artérite chronique. Cette même lésion a été constatée par Delsol et Montaignac ; Dolbeau, en appliquant le sphygmographe à l’étude des lésions vasculaires, trouva plusieurs signes caractéristiques de l’athérome artériel sur des malades atteints de mal perforant; l’autopsie confirmait plus tard le diagnostic porté pendant la vie. La plupart des observateurs ont aussi noté des varices et des thromboses veineuses coïncidant avec l’affection en question.
Du côté des nerfs, Duplay et Morat, Michaud ( Lyon - Médical , 1876) ont signalé des altérations nerveuses importantes : dégénérescence des tubes nerveux, inflammation du tissu conjonctif. Fait capital à consigner : ces altérations s’étendent à une grande distance au-dessus de l’ulcération, ce qui indique bien qu’il ne s’agit pas d’une simple lésion de voisinage, car, dans ce cas, le bout périphérique aurait subi seul la dégénérescence. Voici, du reste, les indications mêmes fournies dans le mémoire de Duplay et Morat : « L’altération des tubes nerveux dans le mal perforant est une lésion dégénérative en tout semblable à celle qui se produit après la section des nerfs et leur séparation des centres trophiques. » En effet, les tubes nerveux réduits à leur gaine de Schwann plus ou moins revenue sur elle-même ne contiennent plus ni cylindre-axe, ni myéline; les restes de celle-ci se montrent sous forme de granulations
VINGT-C I N QU I ÈM E L EÇON
fines, plus ou moins rares, suivant l’ancienneté de la lésion. L’intérieur de la gaine renferme de nombreux noyaux ovalaires résultant de la multiplication du noyau unique appartenant à chaque segment.
line observation importante à noter, c’est que ces fibres se régénèrent, et qu’au milieu des fibres en pleine dégénération, il n’est pas rare d’en trouver quelques-unes en voie de se reconstituer.
Le nerf paraît dégénéré jusqu’à une grande distance de T ulcération. Or, la dégénération, comme on sait, a une marche descendante pour les nerfs périphériques, au moins à partir des ganglions spinaux.
A côté de cette lésion, il en existe une autre affectant l’enveloppe extérieure du nerf et son tissu conjonctif (névrite périphérique ou interstitielle). Cette dernière est une lésion de voisinage .
Nature de la maladie. — Que penser de cette singulière affection dont nous venons de vous retracer la symptomatologie et l’anatomie pathologique? En d’autres termes, quelle est la nature de ce processus morbide ?
Les théories qui ont été proposées pour se rendre compte de l’enchaînement des symptômes peuvent se grouper en plusieurs catégories.
La division suivante vous permettra, nous l’espérons, de mieux retenir les opinions diverses qui ont été émises à ce sujet. Leur nombre vous indique malheureusement que la question est loin d’ètre encore complètement jugée.
A. Théories basées sur les phénomènes extérieurs du mal perforant.
B. Théories vasculaires.