DU TRAUMATISME — INFLUENCE DU RHUMATISME
2° Habituellement la diathèse rhumatismale ne favorise pas les accidents pyohômiques ; ne déterminant pas la destruction des tissus, soit par ulcération, soit par gangrène, elle ne modifie pas la marche des plaies, n’altère pas la suppuration, n’empêche ni la formation, ni l’évolution de la membrane granuleuse.
Aussi verrez-vous souvent les plaies présenter chez les sujets rhumatisants une apparence excellente. En revanche, la diathèse en question s’accompagne facilement d’œdème, d’exsudations plastiques, de pseudo-phlegmons survenant au niveau des parties traumatisées. Souvent l’on voit dans ces conditions les traumatismes s’accompagner de douleurs fixes ou fugaces, intermittentes ou rémittentes, sous forme d’hyperesthésie locale ou d’irradiations étendues. En 1874, le professeur Verneuil a signalé un des premiers, dans un mémoire des Archives , ces névralgies traumatiques précoces. Ces douleurs paroxystiques cèdent ordinairement avec assez de facilité sous l’influence du sulfate de quinine avec l’aide de quelques verrées d’eau de Vichy. James Paget a fait aussi remarquer la fréquence chez les rhumatisants d’inflammations aiguës des téguments, avec douleurs très hives, à la suite de plaies superficielles.
En dernier lieu, avons-nous dit, la lésion traumatique modifie quelquefois la marche de la diathèse. Voici, sous ce rapport, ce que l’expérience démontre :
1° Quelquefois la blessure réveille la diathèse rhumatismale endormie pour ainsi dire à ce moment. On peut dire qu’elle rappelle à l’activité cette diathèse latente.
2° La blessure provoque quelquefois les localisations diathésiques sur des organes indemnes jusqu’à ce moment.
3° La blessure détermine parfois la première manifestation du rhumatisme, sous forme d’inflammations articulaires, d’éruptions cutanées, de douleurs névralgiques plus ou moins intenses. Des observations nombreuses de ces divers faits ont
été rapportées, et depuis que l’attention a été éveillée sur ce point, il est peu de chirurgiens qui n’aient eu l’occasion d’en rencontrer. Du reste, les lésions traumatiques les plus variées possèdent cette puissance provocatrice : fractures, contusions, plaies légères, écorchures minimes, opérations de peu d’importance ou, au contraire, très graves.
D. Influence de V impaludisme . — Lorsque le traumatisme vient à s’exercer sur un sujet soumis à l’intoxication palustre, quelques faits intéressants méritent d’être signalés. Vous trouverez sur ce sujet quelques observations importantes, soit dans la thèse de Turquet de Beauregard (1877), soit dans le mémoire de Verneuil, présenté au Congrès d’Alger, et publié en octobre 1881 dans la Revue de chirurgie.
1° La marche des plaies reçoit habituellement une impulsion fâcheuse : la réparation s’arrête et tend même souvent à rétrograder; les plaies deviennent blafardes, douloureuses.
2° Les plaies s’accompagnent souvent, dans ces conditions, d’hémorragies capillaires en nappe. Fait assez intéressant à noter, tandis que les hémorragies internes, dans les fièvres graves et pernicieuses, se produisent dans le stade de froid, c’est habituellement pendant le stade de sueurs que se produisent celles des plaies des téguments.
Quand la fièvre cesse, les plaies reprennent habituellement une bonne apparence ; mais si les accès sont fréquents, si la cachexie palustre arrive à être accentuée, alors les plaies s’ulcèrent, et l’on voit survenir des accidents de phagédénisme. Quelquefois des hémorragies intermittentes ont lieu au niveau de solutions de continuité, sans qu’il y ait de véritables accès fébriles. Le chirurgien devra néanmoins avoir recours à l’adurinistration du sulfate de quinine. Il y a alors une véritable fièvre larvée, et aux sueurs se substitue l’écoulement sanguin.
3° Quelquefois l’érysipèle vient compliquer les lésions traumatiques ; les poussées érysipélateuses sont alors à inter-