‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 225 sur 252 · V 1 N ÜT-SEPT 1 KM K LEÇON · texte numérisé non relu

V 1 N ÜT-SEPT 1 KM K LEÇON

cicatrices sont d’une couleur identique dans toutes les races, que leur surface est toujours sèche, sans sueur, sans poils. Exceptionnellement la cicatrice présente parfois quelques poils; c’est une preuve que la plaie a été très superficielle et que la peau n’a pas été lésée dans toute son étendue. Les quelques poils qui existent sont alors très peu nombreux, très grêles et presque toujours décolorés.

5° La vascularisation des cicatrices offre quelques particularités qu’il faut connaître d’avance. Quand la cicatrice est récente, le nombre des vaisseaux que renferme le tissu cicatriciel est toujours considérable; la teinte rosée est à ce moment très accusée ; plus tard, les vaisseaux s’oblitèrent, la teinte du tissu pâlit. Quelquefois la cicatrice reste rosée, même rouge, un peu bleuâtre; cela dépend alors du réseau vasculaire qui peut être plus développé.

6° La sensibilité est généralement obtuse au niveau de la cicatrice; elle manque quelquefois même complètement. D’autres fois, cette sensibilité est plus grande. Bien souvent, par exemple, le chirurgien constate une sensibilité excessive lorsque, au moment d’une opération, le tissu cicatriciel est divisé. La raison de ces différences est, du reste, assez difficile à indiquer. Peu de travaux ont été faits jusqu’à ce jour sur l’état des nerfs dans les tissus modulaires.

7° Les cicatrices se présentent souvent avec un aspect différent. On peut sous ce rapport vous signaler les particularités suivantes. Quelquefois la cicatrice est molle , déprimée, plate ; d’autres fois, elle est dure, saillante, convexe.

Notre collègue, le professeur Tripier, a fait à ce sujet les observations suivantes, consignées dans un mémoire inséré dans les Archives de 1866.

a) Les plaies qui résultent de l’action des caustiques alcalins donnent lieu à des cicatrices molles, dép cessibles, plates.

b) Les plaies qui succèdent à l’action des caustiques acides

ETUbE DU TISSU CICATRICIEL

fournissent, au contraire, des cicatrices dures, saillantes, convexes.

c) Les plaies qui résultent de l’action du fer rouge, produisent des cicatrices'comparables à celles des acides.

d) Les cicatrices que l’on voit quelquefois à la suite des brûlures produites par l’action de l’électricité au niveau du pôle négatif sont comparables à celles occasionnées par les alcalins ; elles sont molles, dépressibles, plates.

e) Au pôle positif, les cicatrices ressemblent à celles des acides. 11 y a là des indications cliniques qui intéressent à un haut degré soit le médecin légiste, soit le chirurgien.

8° Les cicatrices présentent, au point de vue deleur adhérence et de leur mobilité, quelques particularités qu’il faut connaître •d’avance. L’adhérence ou la mobilité des cicatrices tient le plus souvent d’une façon essentielle à la profondeur plus ou moins grande de la plaie. Quelquefois une cicatrice est tout d'abord adhérente, mais lorsque la couche de tissu cellulaire qui est au -dessous n’a pas été intéressée, cette couche reprend peu à peu sa souplesse normale, et dès lors la cicatrice devient mobile. Lorsque la solution fje continuité a intéressé les os, les tendons, les muscles, les cicatrices adhèrent alors intimement à ces divers organes. Lorsque le tissu cellulaire qui est au-dessous de la cicatrice a suppuré pendant longtemps, la cicatrice est toujours déprimée.

9° Gomme les cicatrices ont des vaisseaux, des nerfs, et qu’elles représentent du tissu conjonctif, il est rationnel d’admettre qu’elles peuvent être sujettes à diverses lésions que l’on observe dans ce tissu. L’expérience clinique confirme cette idée théorique. Ainsi les cicatrices s’enflamment facilement, elles s’ulcèrent très vite, pour peu que le processus inflammatoire ait été un peu sérieux. Vous vous souviendrez que l’inflammation et l’ulcération du tissu cicatriciel viennent très souvent des mouvements que l’on produit au niveau d’une plaie. L’immobilité que l’on obtient à l’aide des bandages inamovibles est,

V i N GT-SEPT1 ÈME LEÇON

par conséquent, un excellent moyen pour donner aux cicatrices très étendues le temps de se consolider.

10° Gomme les cicatrices manquent de certains éléments constitutifs de la peau, elles restent étrangères à l’évolution de la plupart des exanthèmes; mais on observe souvent à leur niveau diverses dégénérescences. Ces dégénérescences tiennent souvent à des modifications de l’élément épidermique qui entre, avons- nous dit, dans la constitution de la cicatrice. Ainsi quelquefois il se forme au-dessus du tissu cicatriciel des croûtes plus ou moins épaisses. Quelquefois l’hypertrophie épidermique se traduit par de petites végétations cornées analogues aux cors que l’on voit se développer au niveau des orteils. Ces productions cornées apparaissent dans quelques circonstances sans causes appréciables ; d’autres fois, elles sont dues à des frottements répétés ou à des pressions exagérées.

L’élément conjonctif de la cicatrice peut aussi devenir le point de départ de quelque dégénérescence. Souvent, par exemple, vous rencontrerez au niveau des cicatrices des végétations. Tantôt ces végétations présentent l’aspect du tissu fibroïdc ordinaire, tantôt l’aspect du tissu fibroïde plus vasculaire que d’habitude. La végétation offre alors une teinte rosée ou lie de de vin. Il semble que rinliuence du climat soit pour beaucoup dans la production de ce phénomène. Ainsi dans le Dictionnaire de Dechambre, quelques observations ont été citées à l’appui de cette assertion. Chez les habitants du Bengale, cette altération est fréquente. En 1842, Gimelle présenta à l’Académie de Médecine un soldat d’Afrique dont la plupart des plaies en se cicatrisant s’étaient transformées en végétations cicatricielles.

Legouest a cité aussi l’observation d’un malade chez lequel toutes les cicatrices dont il était porteur avaient subi cette altération après un voyage au Sénégal. 11 est vrai cependant que le nombre des individus offrant des hypertrophies cicatri cielles sans avoir habité les pays chauds est trop considérable

Page 1