CICATRISATION SOI S - CUTANÉE
SYMPTOMATOLOGIE
Guérin a soutenu dans deux mémoires importants qu’il existait une différence essentielle entre la cicatrisation de la plaie exposée à l’air et celle do la plaie sous -cutanée. Pour lui, dans les plaies ordinaires, la cicatrisation s’opère avec inflammation; dans les plaies sous-cutanées, cette cicatrisation se ferait, au contraire, sans travail phlegmasique. Les plaies sous-cutanées des membres paralysés sont susceptibles, disait-il, de se cicatriser; or, pour lui , l’inflammation est irréalisable dans un membre paralysé. La physiologie pathologique moderne a fait justice de ces erreurs.
2° Dans le cas où la plaie sous-cutanée intéresse les muscles et les tendons, deux opinions ont été émises : l’une par Ammon (, Journal cle V Expérience, t. I, p. 451), l’autre par Bouvier (. Archives de médecine, juillet 1855). Pour le premier de ces auteurs, la réparation se fait par suite de l’organisation de la lymphe plastique qui s’épanche entre les lèvres de la plaie, c’est-à -dire au niveau des bouts musculaires ou tendineux qui ont été divisés. Pour Bouvier, au contraire, la cicatrisation résulte de l’épaississement même do ces surfaces musculaires ou tendineuses qui ont été divisées. Les parties sectionnées s’imbibent de lymphe plastique, se gonflent et arrivent peu à peu à combler l’espace qui sépare les deux bouts plus ou moins primitivement écartés. Quelle est, de ces deux opinions, celle qui se rapproche le plus de la vérité ? Il est difficile de l’affirmer. Quand on examine ce qui se passe d’une manière bien attentive, on observe qu’il y a du vrai dans l’une et dans l’autre de ces deux explications
Voici, en effet, ce que l’expérience démontre en particulier pour la cicatrisation sous-cutanée des plaies des tendons.
1° Peu de temps après la section, l’espace vide qui s’est, formé entre les bouts du tendon se remplit d’une matière molle, demi-liquide; c’est de la lymphe à peu près semblable à colle que nous avons vue se produire après un certain temps au niveau des plaies ordinaires.
2° Cette lymphe plastique est mélangée tout d’abord avec une
certaine quantité de sang. Le sang se résorbe, et la lymphe plastique, alors plus pure, s’organise et favorise la réunion des boutsj divisés en constituant tout d’abord un simple cal fibreux. Un peu plus tard, l’organisation de ce cal se perfectionne, et peu à peu la régénération se fait complètement, si complètement qu’à un moment donné on ne constate plus, même au microscope, de différence histologique entre les éléments des tendons anciens et ceux du nouveau tissu.
3° Au niveau des surfaces tendineuses divisées, il se produit en même temps une certaine quantité de lymphe plastique qui devient aussi l’occasion d’une organisation cicatricielle, laquelle aboutit ultérieurement à une régénération tendineuse complète. Jules Guérin avait cru voir dans cette régénération du tissu tendineux divisé un caractère essentiel des plaies sous- cutanées. Pour lui, dans les plaies ordinaires exposées à l’air, le tissu cicatriciel qui se forme est toujours différent du tissu primitif qui a été divisé. La cicatrice perpétue, dit- il, l’interruption des parties divisées. Dans le cas, au contraire, de plaies sous-cutanées, le tissu se régénère, la cicatrice rétablit alors complètement la continuité organique et fonctionnelle. Cette opinion, vous le savez, n’est pas juste ; la régénération est possible même quand il s’agit des plaies exposées à l’air libre. Cette régénération est seulement plus parfaite, plus prompte, lorsque la plaie est sous- cutanée. Pour les seules plaies musculaires, avons-nous fait observer antérieurement, la régénération ne s’effectue pas; or, ce résultat n’est pas davantage obtenu quand il s’agit de plaies musculaires sous-cutanées.
Comme pour les plaies ordinaires, la cicatrisation des plaies sous-cutanées peut quelquefois s’opérer seulement par réunion secondaire, dans les cas, par exemple, où la suppuration survient au niveau de la plaie. Cette complication dépend, du reste, de l’étendue de la plaie, de la quantité plus ou moins grande de sang épanché, de l’état constitutionnel du blessé qui peut-être plus ou moins favorable.