‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 238 sur 252 · TRAITEMENT GÉNÉRAL DES PLAIES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT GÉNÉRAL DES PLAIES

complet de tous les anciens pathologistes. Galien refusait à peu près toute alimentation aux blessés ; Gelse est peut-être le seul clans l’antiquité qui se montrât un peu moins rigoureux, tout en recommandant de n’accorder cependant des aliments qu’avec une réserve très grande et seulement en vue de soutenir les forces. Guy de Ghauliac conseillait le régime suivant : pas de vin pur pendant sept jours; pas de grosses viandes pendant le même temps. A. Paré, le plus illustre représentant de la chirurgie au seizième siècle, ne s’était pas écarté des préceptes de Guy de Ghauliac, et l’on peut dire que jusqu’à ce moment, la doctrine hippocratique régna à peu près exclusivement. A peine quelques individualités s’étaient-elles élevées contre elle; ainsi dans la première moitié du seizième siècle, Marianus Sanctus conseillait pour les opérés de la taille, le premier jour, du pain trempé dans du bouillon, du vin coupé d’un peu d’eau. Le deuxième jour., il permettait un peu de viande de mouton ou de chevreau.

Les préceptes hippocratiques furent aussi acceptés au dixseptième siècle, et à une époque plus rapprochée de nous, Blandin, Lisfranc, Dupuytren étaient également partisans d’une diète très sévère. Cependant dès le dix-huitième siècle une réaction tendait à se faire. Ainsi dans des mémoires et observations de chirurgie d’une certaine valeur, Trécourt avait formulé quelques conseils opposés. Velpeau, Nélaton, Sédillot commencèrent à mieux régler le régime des opérés et des blessés, mais c’est surtout à Malgaigne que revient le mérite d’avoir rappelé sur ce point l’esprit des chirurgiens à des idées plus justes. Dans un mémoire publié dans les Archives de Médecine de 1842, Malgaigne rapporta des observations dont les résultats l’avaient impressionné beaucoup. En 1815, les hôpitaux étaient pleins de blessés allemands, français et russes. Les blessés allemands et français furent à peu près soumis au même régime ; or, à ce moment les idées hippocratiques sur le régime des blessés étaient acceptées en

France ; seuls les blessés russes conservèrent leur régime accoutumé :

Or, la proportion des décès se trouva essentiellement différente, et tandis qu'elle était de 1/7 ou 1/9 pour les soldats français et allemands, elle n’était que de 1/26 pour les soldats russes. Ainsi, non seulement ce régime critiqué par la plupart des chirurgiens de Paris, ce régime prétendu incendiaire, n’avait pas accru la mortalité, mais même cette mortalité se trouvait, au contraire, diminuée dans des proportions très grandes. Tout en accordant beaucoup aux idio-synchràsies nationales, ces faits devaient rester gravés dans la mémoire de tout chirurgien soucieux de la vie des malades qui lui sont confiés.

Aujourd’hui les observations de Malgaigne ont amené des modifications importantes. Il s’est fait dans la pratique une réforme vraiment utile. Pli. Boyer, dans ces dernières années, est un des chirurgiens français qui ont le plus contribué à faire accepter ces nouveaux préceptes ; or, tous ceux qui ont pu suivre ses visites dans son service hospitalier ont conservé une impression on ne peut plus favorable des succès qu’il obtenait.

En 1857, par exemple, Boyer ne perdit pas un seul de ses opérés: il leur accordait volontiers deux côtelettes et un potage dès le premier jour, sachant, du reste, se guider d’après l'âge, les susceptibilités particulières, et les accidents qui peuvent survenir.

En comprenant la fièvre traumatique dans le sens de la théorie allemande, on doit encore accepter avec plus d’empressement ces modifications dans le régime des blessés. Si la fièvre traumatique est bien un état d’intoxication, en nourrissant le sujet dès les premiers jours, vous avez plus de chances de le sous-

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