PRONOSTIC
dans les tumeurs sont sous là dépendance de l’inflammation ou de quelque trouble nutritif spécial. Quand on trouve dans les tumeurs des foyers d’induration, des produits lardacés et friables, il est tout naturel d’attribuer ces lésions à un travail véri tableme n t i n lia m matoire .
Gomme nous aurons à vous l’indiquer ultérieurement, les tumeurs peuvent se diviser en tumeurs d’origine épithéliale et en tumeurs d’origine conjonctive. D’après ce que vous savez déjà de la prédisposition plus grande des éléments conjonctifs à subir le processus inflammatoire, vous devez penser que les tumeurs d’origine conjonctive sont disposées à subir plus facilement l’influence inflammatoire. C’est vrai; l’observation clinique démontre, en effet, que c’est au niveau des tumeurs de cette catégorie que l’on voit surtout se développer des phénomènes phlegmasiques. Ainsi, au niveau des kystes, des tumeurs érectiles, des lipomes, vous constaterez souvent de l'inflammation. Plus la tumeur d’origine conjonctive se rapproche de ce que nous appellerons plus tard la tumeur bénigne, et plus cette susceptibilité inflammatoire sera sensible.
L’inflammation développée dans certaines tumeurs peut être quelquefois utile ; ainsi, dans les tumeurs érectiles, par exemple, dans certains kystes, l’évolution du processus phlegmasique conduit souvent à des résultats favorables. Pour les tumeurs érectiles, en particulier, plusieurs méthodes thérapeutiques consistent à provoquer dans le tissu pathologique une inflammation plus ou moins vive. Cette inflammation modifie le tissu néoplasique en le rendant souvent susceptible de résorption .
Dans les tumeurs malignes, les causes d’irritation inflammatoire ont pour résultat seulement de hâter le grossissement de la tumeur sans provoquer des phénomènes inflammatoires caractéristiques.
Ainsi la suppuration est un phénomène rare, très rare au niveau des tumeurs malignes.
144 SEPTIÈME LEÇON
En résumé : 1° Au niveau des tumeurs d’origine épithéliale, rareté excessive du processus inflammatoire;
Au niveau des tumeurs d’origine conjonctive, inflammation plus fréquente; plus fréquente surtout dans les tumeurs d’origine conjonctives dites bénignes.
Traitement de V inflammation. — Il nous reste à nous occuper, en dernier lieu, du traitement de l’inflammation. En abordant cette partie de notre sujet, je m’efforcerai d’éviter deux écueils : d’une part, d’entrer dans des détails trop minutieux; d’une autre part, de trancher la question en quelques mots seulement, comme l’a fait, par exemple, le professeur Jaccoud.
Ainsi, dans son article sur l’inflammation, Jaccoud se contente de ces quelques ligues : « L’inflammation n’est pas elle-même la source d’aucune méthode exclusive, pas plus de la médication antiphlogistique que de la médication tonique ou stimulante. Les indications sont fournies parla manière d’être générale de l’organisme en présence de l’acte morbide qu’il accomplit, et accessoirement par le siège de la lésion. » Suivent quelques lignes pour faire comprendre que l’on ne peut pas juguler une inflammation; que, quelle que soit la rapidité avec laquelle s’opère la guérison, cette guérison comporte cependant l’évolution de la période d’irritation nutritive, et qu’en résumé il faut se contenter de mettre le malade dans des condition ; telles qu’il puisse atteindre et seconder l’accomplissement normal du travail pathologique.
Cette formule synthétique intelligemment exprimée peut être certainement utile au médecin qui a vu et réfléchi beaucoup ; mais pour l’élève, elle n’apprend pas as sez ; et tout en sachant que vous ne connaîtrez bien le traitement de l’inflammation que par l’exposition du traitement de l’inflammation de chaque organe, tout en sachant que l'on a toujours des malades à traiter et non des maladies, il me semble possible de vous énoncer quelques préceptes généraux qui vous serviront, à un moment donné, pour mieux saisir et pour mieux réaliser les indications cliniques.
INFLAMMATION — TRAITEMENT
Que faire, en un mot, pour mettre le malade dans des conditions telles qu’il puisse attendre et seconder, comme le dit Jaccoud, F accomplissement du travail pathologique?
Le praticien, en face d’une intiammation, doit chercher à combattre, d’une part, les phénomènes locaux; d’autre part, les phénomènes généraux.
De là une division toute naturelle :
Traitement local / m . 1 de 1 inflammation,
traitement general )
Voyons tout d’abord le traitement local.
Traitement local. — Lorsque l'inflammation siège au niveau des parties externes vous pourrez disposer de nombreux moyens pour modérer les phénomènes locaux, c’est-à-dire pour diminuer la douleur, la chaleur, la tuméfaction, la rougeur, pour restreindre les phénomènes exsudatifs. Ces divers moyens peuvent se classer en huit catégories :
1° Les émollients ;
Z° La position ;
3° La compression ;
4° Les réfrigérents ;
5° Les astringents ;
0° La médication dite substitutive;
7° La médication dite révulsive;
8" La médication dérivative.
Quelques mots suffiront, je l’espère, pour vous les faire connaître.
1" Emollients. — Les émollients sont des moyens locaux qui ont pour effet de relâcher les tissus et de les rendre plus mous Ils diminuent la tonicité, ils affaiblissent la sensibilité, ils peuvent s’employer habituellement sous quatre formes différentes : ' ^'.Tnes de lotions;
de fomentations ; de bains locaux; de cataplasmes.
Bernb. — Pâlit, cliir.
SEPTIEME LEÇON
Les lotions se font avec douceur à la surface des parties enflammées en se servant d’un liquide plus ou moins chaud et mucilag'i lieux.
Les fomentations chaudes et passagères se rapprochent beaucoup du premier moyen que nous venons d'indiquer.
Les bains locaux, où l’on maintient plus ou moins longtemps les parties malades, donnent souvent de bons résultats ; on ajoute dans le bain une décoction plus ou moins concentrée de substances calmantes et mucilagineuse's ; le bain est habituellement maintenu ù une température modérément élevée.
Los cataplasmes constituent, parmi ces divers moyens, un des plus employés, un des plus utiles. Le cataplasme est fait habituellement en délayant dans de l’eau chaude ou bouillante de la farine de lin, d’amidon ou de toute autre fécule. Je regrette de ne pouvoir passer en revue et même avec détails quelques points pratiques relatifs à ce sujet.
Il faut, en effet, en chirurgie, s’habituer de bonne heure à savoir réaliser ce que l'on doit faire le mieux possible et savoir même s’astreindre à bien des soins minutieux; ce procédé est souvent le meilleur pour réussir complètement, guérir ou soulager sérieusement le malade. Bien confectionner un cataplasme, bien l’appliquer n’est certes pas d’une importance médiocre; mais ce sont, après tout, des détails de petite chirurgie, et il nous semble convenable de les négliger dans un cours de pathologie essentiellement générale.
Les topiques émollients peuvent être considérés comme agissant de trois manières.
l°Ils imprègnent les tissus d’humidité; or, comme la peau, dans les cas d’inflammation extérieure, est habituellement sèche et chaude, et que cette sécheresse et cette chaleur sont causes de douleurs plus ou moins vives, en diminuant ces symptômes, l’application émolliente tend, par conséquent, à faire cesser le phénomène douloureux.
2° Ils déterminent le relâchement des tissus. Eu agissant
INFLAMMATION — TRAITEMENT
ainsi, ils diminuent la tension; et comme la tension est encore une cause importante de douleur, ils agissent encore dans un sens calmant.
;3° Ils sollicitent une congestion légère dans les. vaisseaux capillaires de la peau. Cette congestion lutte contre les phénomènes congestifs des parties plus profondément situées.
C’est surtout dans la période aiguë des inflammations externes
que l'on trouve les indications bien nettes de l’emploi des émollients. Lorsque les parties enflammées deviennent mollasses, fongueuses, adémateuses, l’emploi de ce moyen doit être alors supprimé ou tout au moins abandonné pendant quelque temps, sauf à être ensuite employé de nouveau.
2° Position. — Un adjuvant utile, mais trop souvent négligé dans le traitement local des inflammations, c’est une position convenable. Cette position consiste dans l’élévation des parties enflammées.
L’influence de la pesanteur sur la congestion est, en effet, incontestable, et les travaux des plus grands chirurgiens ont affirmé bien souvent ces résultats. En 1851, dans une thèse importante de chirurgie, Nélaton a discuté à fond cette question en s'aidant des travaux d’Isidore Bourdon, de Lacroix, de Dugat- Etablier. Gerdy, Piorry. C’est dans l’inflammation des membres que l’on constate le plus facilement l’influence de la position et delà pesanteur. Ainsi, dans le panaris, on obtient souvent une diminution sérieuse des symptômes les plus graves en maintenant seulement la partie malade dans une situation meilleure. La douleur diminue tout d’abord sensiblement. Pour peu que vous ayez souffert quelquefois de la moindre lésion inflammatoire des doigts, vous avez dû constater combien la douleur s’accentuait davantage lorsque la main était abaissée; combien, au contraire, l’on souffrait moins lorsque la main était maintenue élevée.
Marc Dupuy a publié sur ce sujet un bon mémoire dans les A rclùcesde médecine de 184(3. L’auteur analyse successivement
SEPTIÈME LEÇON
les modifications diverses que la position détermine dans les parties, décrit des appareils spéciaux pour maintenir dans une bonne situation soit les membres supérieures, soit les membres inférieurs.. Il cite en dernier lieu de nombreuses observations où des succès importants ont été obtenus. Ainsi l’auteur a souvent pris la mensuration exacte de parties enflammées avant et après l’application du traitement, et presque toujours il lui a été possible de constater rapidement une diminution souvent très sérieuse dans les parties phlogosées simplement après l’emploi d’une position plus convenable.
3° Un moyen très important à mettre en usage pour combattre les phénomènes locaux inflammatoires, c’est la compression. C’est au professeur Velpeau que l’on doit surtout l’application et la vulgarisation de ce procédé. Avant lui on employait, sans aucun doute, la compression comme méthode antiphlogistique, mais d’une façon moins scientifique. Le mémoire de Velpeau date de 1826. L’auteur était alors chef de clinique de Roux; il vantait surtout cette méthode d’après les conseils de son maître Bretonneau; ce dernier avait, en effet, soutenu sur ce sujet sa thèse inaugurale, en 1815. Destinée quelquefois bizarre, cette thèse avait failli être refusée.
Tout dernièrement, Charles B. Keetley à fait une étude sur l’emploi de la compression contre l’inflammation, en émettant une théorie sur le mode d’action de ce moyen considéré comme antiphlogistique; d’après lui, la compression aurait surtout pour effet de s’opposer à la formation des exsudats interstitiels et à l’émigration des leucocytes. (P. 600, Revue mensuelle de chirurgie, 1880.)
La compression consiste à entourer la partie enflammée de bandes de toile ou de bandelettes do diachylum. De même que la position, la compression diminue le calibre des vaisseaux, restreint la circulation, fait rentrer dans le torrent circulatoire des produits séro-fibrineux infiltrés dans les mailles des tissus.
Pour être efficace^ la compression devra toujours être appli-
INFLAMMATION — TRAITEMENT
quée avec beaucoup de soin, d’une façon très égale; elle devra être renouvelée de temps à autre à mesure qu’il se produit une diminution plus ou moins progressive au niveau des parties comprimées. Gomme moyen spécial de compression, on emploie quelquefois le collodion étalé sur la peau. C’est surtout pour le traitement de l’orchite que cette manière de faire peut être acceptée.
La compression digitale a été aussi essayée et a donné de beaux résultats. On avait appliqué tout d’abord cette méthode pour la cure des anévrysmes, lorsqu’ en 1858, un habile chirurgien de Padoue, Vanzetti, l’a proposée pour combattre les phénomènes inflammatoires.
On comprend très bien qu’en exerçant avec les doigts une compression plus ou moins forte sur l’artère principale d’un membre on diminue sérieusement la circulation; on lutte, en d’autres termes, directement contre l’hypérémie. Ce sont des conditions que l’on obtient et qui sont, sans aucun doute, éminemment favorables. D’après Vanzetti, il suffit, en général, de douze ou quinze heures de compression, même de compression intermittente, pour obtenir une amélioration considérable, dans des cas d’inflammation grave. Le malade peut ainsi être luimême son propre chirurgien. L’auteur a cité, du reste, des exemples nombreux de réussite pour la guérison d’arthrites, d’érysipèles et de phlegmons du sein.
4° Souvent on emploie, comme moyen antiphlogistique local, les topiques réfrigérants. L’eau froide, par exemple, en lotions ou en applications continues, au moyen de compresses froides maintenues directement sur ses parties. Parfois on se sert, pour arriver au même résultat, d’un peu de glace que l'on applique directement, ou que l’on renferme dans des vessies placées sur l’endroit malade. Cette médication est entrée dans la pratique scientifique sous le patronnage de Bérard jeune. En 1835, ce chirurgien publia dans les Archives de Médecine un mémoire important sur ce sujet. Bérard était alors agrégé et
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chirurgien en chef de la Salpêtrière. Vous trouverez dans ce mémoire des indications très précises et très complètes sur l’action de ce moyen, sur le modus faciendi , sur l’ensemble des précautions dont il faut savoir s’entourer quand on en fait usage. Ainsi, comme mode d’action, l’emploi de cette méthode détermine rapidement une diminution dans la température locale ; en même temps, la sensibilité est moins vive; le malade accuse des souffrances moins aiguës.
Pour le modus faciendi , il faut, dès que ce moyen a été mis en usage, en continuer l’application d’une façon continue; sinon on risquerait de voir survenir rapidement des phénomènes de réaction intense succédant ainsi à la sédation obtenue tout d’abord. L’application devra toujours se faire avec une certaine modération. Dans bien des cas, en effet, on peut déterminer, quand on agit trop fortement, des phénomènes graves de mortification : continuité dans l’emploi de ce moyen, modération dans son action, telles sont, en définitive, les règles que le praticien devra toujours avoir présentes à l’esprit quand la méthode sera mise en usage.
Actuellement l’application des réfrigérants est surtout utilisée en chirurgie quand il s’agit, par exemple, de combattre une inflammation d’origine traumatique. Pour les inflammations graves de l’œil, ce traitement est d’une importance vraiment capitale. Dans les cas de péritonite, c’est aussi une des méthodes à laquelle on peut avoir le plus de confiance. Behier a cité, dans ces dernières années, des observations sur ce sujet des plus concluantes .
5° On a cherché quelquefois à combattre la localisation inflammatoire en maintenant sur les parties malades des applications plus ou moins astringentes. On réveille ainsi la tonicité vasculaire, et l’on s’oppose aux stases ultérieures si fréquentes, comme nous l’avons vu, à un moment donné, lorsque le processus inflammatoire persiste un peu longtemps.
Gomme les substances astringentes sont elles-mêmes tou-
INFLAMMATION — TRAITEMENT
jours plus ou moins irritantes, on fuit usage habituellement <le liquides doués seulement d’une action astringente modérée. Ainsi de l’eau vinaigrée, de l’eau mélangée d’une certaine proportion d’alcool. Nous verrons plus tard, employé contre l’érysipèle, un moyen qui peut être classé dans cette catégorie, c’est l’application sur la partie malade de compresses imbibées d’une solution de perchlorure de fer.
Hunter a consacré depuis longtemps la valeur de cette méthode. L’agent qui posséderait, disait-il, la propriété de faire contracter les vaisseaux devrait être regardé comme le vrai spécifique de l’inflammation.
6° Pour combattre directement certaines inflammations, le chirurgien emploie parfois quelques moyens capables de provoquer tout d’abord une excitation locale plus vive. C’est ce que l’on appelle mettre en usage la méthode substitutive.
Ainsi dans les inflammations superficielles de l’œil, on se sert souvent de collyres ou de pommades spéciales ; ces collyres, ces pommades contiennent habituellement une substance irritante. Dans l’ophtalmie blennorrhagique, vous verrez souvent conseiller l’emploi local du nitrate d’argent. C’est là de la médication substitutive par excellence.
Dans des cas d’érysipèle, l’on applique des vésicatoires directement sur les parties enflammées.
Pour le phlegmon diffus, l’on met en usage habituellement une médication substitutive plus rigoureuse, on cautérise alors profondément les régions compromises. La cautérisation limite dans ces cas l’inflammation diffuse, et c’est souvent le seul moyen de s’opposer un peu efficacement aux progrès souvent si rapides de cette lésion si grave. La méthode substitutive est fondée sur l’ expérience de Kaltenbrunner dont je vous ai déjà entretenu.
L’application d'un corps irritant sur une partie enflammée dissipe les phénomènes de l’inflammation primitive. A une inflammation d’origine interne dont l’évolution est souvent
SEPTIÈME LEÇON
lente, incertaine, vous substituez une inflammation externe, en quelque sorte traumatique, d’une durée plus appréciable, d’une nature plus franche.
La méthode substitutive se réalise, comme nous venons de vous en donner quelques exemples, en appliquant sur les parties enflammées diverses substances irritantes, collyres spéciaux, dans les inflammations oculaires, applications de vésicatoires, cautérisations plus ou moins actives. Nous ne pouvons entrer dans tous, les détails que comporterait l’examen de cette question. Nous nous réservons de vous indiquer seulement quelques préceptes généraux, qui doivent toujours guider le chirurgien quand il cherche à utiliser cette médication.
1° La médication substitutive comporte toujours la plus grande prudence.
2° 11 est important de bien connaître la portée exacte des armes thérapeutiques que l’on met en usage. Ainsi, parmi les agents substitutifs, les uns, tels que le nitrate d’argent, le sulfate de zinc, le sulfate de cuivre, suscitent des phénomènes irritants qui disparaissent assez rapidement; d’autres, tels que les cantharides, le tartre stibié, déterminent des effets beaucoup plus prolongés, moins fugaces.
3° Vous aurez toujours soin de proportionner l’intensité d’action de l’agent substituteur à l’intensité, à la gravité de la lésion inflammatoire qu’il s’agit de combattre.
4° Pour le choix de l’agent à employer, vous vous laisserez surtout guider par l’expérience. Souvent la substance qui vous semblera le mieux appropriée à l’action que vous cherchez possédera une action énergique et dangereuse. Ainsi, quand il s’agira d’impressionner la conjonctive, le raisonnement ne vous conduirait certainement pas à choisir plutôt l’excitation provocatrice d’un peu de nitrate d’argent que celle de toute autre substance irritante.
5° Habituellement, toutes choses égales d’ailleurs, la substi-
INFLAMMATION — TRAITEMENT
tution devra être plus superficielle quand il s’agira de combattre une inflammation aiguë.
6° On emploie quelquefois la médication révulsive.
Cette médication diffère de la précédente en ce sens que, lorsque l’on se sert de la substitution, l’agent irritant est appliqué directement sur le tissu même qui est atteint. Quand on use, au contraire, de la méthode révulsive, l’agent irritant est simplement appliqué près de l’organe enflammé. Ainsi, dans un cas de pleurésie, d’arthrite, l’on place le vésicatoire que l’on juge utile au niveau des parties extérieures, plus ou moins près seulement de la partie profonde primitivement atteinte.
Cette méthode semble basée sur le célèbre aphorisme d’Hippocrate : Duobus doloribus simili obortis, vehementior semper obscurcit cilterum. Les agents ordinaires de cette médication sont les vésicatoires, la teinture d’iode, la pommade stibiée, l'huile de croton. Dans les cas d’inflammations chroniques, on a recours plus volontiers à l’application de pastilles de potasse, au séton, au moxa, au fer rouge. Nous ne pouvons, du reste, insister sur tous les détails que comporterait cette question. Ce serait faire essentiellement de la thérapeutique, tel n’est pas le but que nous nous proposons.
8° On met en usage, dans certaines conditions, ce que l’on appelle la médication dérivative. La médication dérivative a surtout pour effet d’agir sur le système vasculaire, soit en dirigeant le courant sanguin dans un autre sens, soit en soustrayant une certaine quantité de sang. Cette méthode comporte l’application des ventouses sèches, des ventouses scarifiées et des sangsues.
Les méthodes substitutive, révulsive et dérivative offrent des points de ressemblance assez nombreux; cependant retenez les différences suivantes :
1° La méthode substitutive agit au niveau même des tissus primitivement enflammés.
2J La méthode révulsive comporte une action plus directe sur
SEPTIÈME LEÇON
] élément nutritif tout en agissant plus ou moins près seulement de la partie enflammée.
3° La méthode dérivative s’adresse
surtout à l’élément vascu-
laire.
Il estime dernière remarque que nous vous soumettons. Souvent, avons-nous vu, les phénomènes locaux de l’inflammation s’accompagnent d’hypertrophie, d’induration, d’atrophie des parties primitivement atteintes. Il est dès lors tout naturel de combattre ces divers symptômes.
Pour lutter contre l’hypertrophie, l’induration, vous chercherez surtout à restreindre sérieusement le mouvement nutritif local. La compression directe, en restreignant la circulation, en diminuant l’apport des éléments nutritifs, vous permettra souvent d’arriver à des résultats importants.
Pour lutter contre l’atrophie, vous solliciterez, au contraire, un mouvement vital plus énergique. Les frictions, le massage, les douches, l’emploi de l’électricité devront alors être mis en usage. Souvent ces divers moyens vous serviront aussi pour favoriser l’absorption des produits exsudés et ramener en définitive les tissus à un état constitutif plus normal.
Nous venons de passer en revue le traitement local de l’inflammation; terminons cette leçon par l'examen de la médication générale.
Traitement général. — La médication générale a pour but de combattre les symptômes généraux. Gomme les symptômes généraux inflammatoires peuvent surtout se résumer en un seul, l’état fébrile, et que l’état fébrile est essentiellement caractérisé par l’élévation thermique, le traitement général comporte surtout l’ensemble des moyens capables de diminuer l’augmentation de la chaleur.
Lorsqu’il s’agit de diminuer la chaleur d’un corps producteur de calorique, on peut arrivera ce résultat soit en diminuant la production de calorique, soit en exagérant les pertes thermiques, soit en employant l’une et l’autre de ces deux méthodes.
INFLAMMATION — TRAITEMENT
Examinons tout d’abord le premier de ces deux procédés.
Gomme la production de calorique réside essentiellement dans
La nutrition des éléments anatomiques,
\ La contraction musculaire, j Les sécrétions grandulaires,
L’activité cérébrale,
il est assez facile de se rendre compte des conseils que vous devrez donner.
1° Pendant le cours du processus fébrile, vous devrez tout d’abord diminuer, autant que possible, l’alimentation. En soumettant le fébricitant à la diète, vous restreindrez ainsi les combus tions organiques et vous diminuerez la production de chaleur. Les recherches de Ghossat, de Senator, de Manasseim ont établi ce fait d’une façon incontestable. Ainsi chez des chiens soumis à la diète, dès le second jour, la production de chaleur diminue dans la proportion de 10 0/0.
2° Vous imposerez la position horizontale, vous prescrirez l’absence du mouvement, le repos intellectuel; vous diminuerez ainsi sérieusement le fonctionnement du système musculaire et du système nerveux.
3° Gomme le sang a été longtemps considéré comme la source unique de la chaleur, comme il est indispensable, après tout, pour le fonctionnement des combustions organiques, beaucoup de praticiens ont conseillé d’abaisser directement la température par la saignée. Il n’est nul besoin de vous rappeler la faveur exceptionnelle attachée autrefois à cette médication. Les noms de Broussais, de Bouillaud s’attachent surtout à cette thérapeutique.
De nos jours, une réaction en sens inverse s’est produite, et peut-être même, comme il arrive souvent, la réaction est-elle allée trop loin en sens inverse ? Quoi qu’il en soit, les effets mieux étudiés de la saignée n’autorisent pas cependant à compter sur cette médication d’une manière aussi complète
SEPTIÈME LEÇON
qu’on avait pu le penser tout d’abord. Les expériences de Lorain, en 1870, de Thomas, celles de Bauer, de Frèse, ont permis de se rendre compte d’une façon plus exacte des effets immédiats et consécutifs de la soustraction d’une certaine quantité de sang. Après une émission sanguine, il y a bien tout d’abord diminution de la tension vasculaire, avec augmentation de la fréquence du pouls et abaissement de la température; mais la diminution de la température est de courte durée. Sous l’influence de la déplétion du système vasculaire, l’absorption intestinale devient plus active, les substances pyrogènes pénètrent alors plus facilement dans le sang, et l’on voit bien vite les combustions organiques s’accroître consécutivement, la température s'élever dans des proportions sérieuses. Le premier bénéfice est donc complètement perdu.
Pour obtenir un résultat définitif, il serait alors nécessaire d’enlever une très grande quantité de sang. La perte d’une proportion considérable de globules rouges, en empêchant l’arrivée de l’oxygène dans le liquide circulatoire, amènerait bien certainement un abaisément thermique durable ; mais l’on comprend tout le danger que peut entraîner une semblable pratique.
Dans les inflammations traumatiques, la saignée générale peut avoir un effet local qu’il faut connaître. Elle diminue la tension vasculaire. La pression diminuant dans les vaisseaux, il en résulte alors une tendance plus grande au retrait de leurs parois. Il y a dans ces conditions un état congestif moindre au niveau de la partie enflammée ; cette partie devient ainsi moins volumineuse et moins gorgée de sang. La saignée, dans ces cas, réaliserait donc un véritable débridement de la région enflammée.
Dans les diverses circonstances où vous croiriez devoir réaliser une émission sanguine, vous vous souviendrez des indications générales qui ont été formulées avec beaucoup de justesse et de sens clinique dans le travail du docteur Heur-
INFLAMMATION — TRAITEMENT
taux : « i° Arriver à diminuer la tension vasculaire dans une proportion notable, en laissant toutefois au sang mie plasticité suffisante pour que l’organisme conserve assez de force pour mener à bien l’évolution de la phlegmasie. 2°. Tenir compte, autant que possible, de l’âge, du sexe, du tempérament, de la constitution forte ou faible. 3° Examiner le volume du caillot que le sang tiré a laissé déposer. Si, après vingt-quatre heures,' le caillot est encore très volumineux, si le sérum est peu abondant, on peut, sans danger, faire subir une nouvelle émission sanguine. Si le caillot est petit, le sérum abondant, il serait, au contraire, dangereux de suivre ce conseil. 4° N’accorder aucune importance à la couenne dite inflammatoire, puisque l’épaisseur de cette couche fibrineuse s’accroît à mesure que les saignées se multiplient.
Pour diminuer la chaleur, vous pourrez souvent conseiller l’emploi de certaines substances médicamenteuses, dont l’effet est de restreindre habituellement les combustions organiques et d’abaisser par cela même la température. La liste de ces substances est assez nombreuse; nous nous contenterons d’en énumérer quelques-unes en nous limitant à quelques obser valions plus importantes.
Ces principaux médicaments sont :
ILa digitale,
Le sulfate de quinine,
La vératrine,
Les antimoniaux,
Les mer curiaux,
Le nitre,
Les alcalins,
\ Les substances alcooliques.
Pour la digitale, des expériences nombreuses ont permis de bien préciser son action. La digitale diminue le nombre des contractions du cœur, augmente la tension artérielle, restreint les combustions intra-organiques, abaisse par conséquent la pro-
SEPTIÈME LEÇON
portion de l’urée éliminée, et quelle que soit, du reste, F expli cation, le résultat obtenu après l’administration de cet agent se traduit toujours par un abaissement très marqué du pouls et de la température.
Vous pourrez voir, par exemple, le pouls tomber de 115 à 70,00 et le thermomètre baisser de 40° à 30°.
Vous devrez toujours surveiller avec beaucoup de soin l’administration de ce remède. A ces symptômes succèdent souvent, en efîet, une faiblesse sérieuse de contractions cardiaques, des intermittences dans le jeu du cœur et une tendance à l’arrêt des mouvements.
Dans la majorité des cas, trois potions do 75 centigrammes de poudre de feuilles de digitale en infusion pour 100 à 120 grammes d’eau suffisent pourvoir se produire les effets que nous vous avons signalés.
Les propriétés du sulfate de quinine sont analogues, à la dose de 1 gramme à 1 gr. 50. L’emploi de ce moyen ralentit le pouls et diminue la température. L’indication du sulfate de quinine semble donc bien légitimée.
La vératrine et l’extrait de vcralrmn viridc ont fourni aussi des résultats qui méritent d’être cités. Quand on administre quelques milligrammes de vératrine ou 2 à 3 centigrammes d’extrait de veratrum viride , le pouls s’abaisse ainsi que la température. Ce résultat est obtenu très rapidement, mais il dure habituellement peu de temps, et si de nouvelles doses de ce médicament peuvent agir dans le même sens, on ne peut cependant y avoir recours sans danger, car souvent l'on A'oit alors survenir des vomissements et des hoquets d’une violence excessive.
L’emploi des antimoniaux et des mercuriaux a souvent étA conseillé. Ainsi, pour les inflammations de l’œil, le calomélas est fréquemment misen usage. Ces diverses substances ont la propriété de faire baisser la température et le pouls; elles modifient puissamment la constitution du sang, et leur action semble
INFLAMMATION