ÉTUDE DU PUS — CARACTÈRES PHYSIQUES
Ordre. — Pour vous exposer d’une manière complète l’his toire de la suppuration, nous examinerons successivement:
1° Les caractères physiques, micrographiques et chimiques du pus.
2° Nous étudierons les variétés et les altérations du pus.
3° Nous envisagerons les théories explicatives do la suppuration.
Caractères physiques. — 1° Le plus habituellement le pus est un liquide d’une couleur blanche, d’une consistance crémeuse. Épais et opaque, d’une saveur douceâtre, parfois un peu saline, son odeur est habituellement très peu prononcée, un peu fade, assez homogène dans ses diverses parties ; sa densité varie suivant Ch. Robin de 1,020 à 1,040.
Les caractères que nous venons d’énoncer sont ceux du pus phlegmoneux, du pus que l’on appelle encore pus de bonne nature , pus crémeux , pus louable de quelques auteurs.
Quelquefois le pus présente moins d’homogénéité, moins de consistance; son odeur est fétide, [c’est alors le pus dit de mauvaise nature.
Lorsque le pus est laissé en repos dans un verre long et étroit, par exemple, on le voit se séparer en deux couches, l’une supérieure liquide, l’autre inférieure plus épaisse, presque solide. On pourrait croire, au premier abord, qu’il y a là un phénomène de coagulation. Il n’en est rien, c’est un simple fait de séparation des parties qui entrent dans la composition du pus. Dans le cas cependant où une inflammation persistante s’accompagne de production purulente, il peut se faire qu’une plus grande quantité d’exsudat fibrineux se mélange au pus et favorise alors une légère coagulation. Le fait est un peu plus fréquent au niveau des séreuses enflammées.
La couche liquide représente environ les trois quarts de la masse totale du liquide purulent, un peu plus cependant dans la majorité des cas. Cette couche liquide supérieure, transparente, c’est le sérum du pus; l’autre partie solide est composée
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de cellules, les leucocytes, auxquelles s’ajoutent parfois quelques éléments accessoires.
Nous venons de passer en revue les caractères physiques du pus; envisageons maintenant les caractères micrographiques de ce produit.
Caractères micrographiques. — Le caractère le plus important que nous tenons à vous signaler de suite, c’est la présence d’éléments cellulaires auxquels on a donné le nom de globules t lupus , corpuscules du pus, de leucocytes du pus. Ces éléments sont actuellement décrits un peu différemment qu’on ne le faisait il y a quelques années.
Ainsi dans le traité de Follin, par exemple, vous trouverez la description suivante : « Le globule du pus se compose d’une enveloppe cellulaire circoncrivant un contenu gélatineux. » Actuellement cette enveloppe n’est plus admise, le globule purulent est considéré comme une masse de matière gélatineuse, une masse de protoplasma dans laquelle on distingue des noyaux. A part cette interprétation différente, les descriptions sont, du reste, à peu de chose près, identiques.
Le globule du pus varie de 8 y. à 9 y, quelquefois 12 y. On constate à l’intérieur la présence de deux, trois, quatre, cinq noyaux parfois. Ces noyaux ont de 2 y à 3 y de diamètre. Le plus habituellement ces noyaux n’ont pas de nucléoles, quelquefois cependant on voit au centre un petit point brillant.
Le globule du pus, à un grossissement de 500 diamètres, se présente sous la forme de petits corps sphériques, à contour un peu irrégulier, d’aspect granuleux et offrant parfois des mouvements amœbüïdes.
.Quand on ajoute de l’eau à la préparation, le globule du pus se gonfle.
Quand on ajoute de l’acide acétique les noyaux apparaissent d’une façon beaucoup plus accentuée. On disait autrefois que l’acide acétique dissolvait la membrane enveloppante ; les noyaux apparaissaient alors d’une manière distincte. On dit
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actuellement que l’acide acétique fait pâlir le protoplasma et rend ainsi plus manifeste la présence du noyau.
La figure suivante rend bien compte du phénomène.
Fig. 5.
a, Cellule» de pus sans addition d’acide acétique ; b, les mêmes cellules traitées par l'acide acétique.
Quand on ajoute à la préparation une substance alcaline, les globules s’agglutinent entre eux en constituant comme une masse gélatineuse plus ou moins compacte.
Quand on ajoute une certaine quantité de chlore, on voit se produire une teinte violette.
Quelquefois les globules de pus ne présentent pas de noyaux dans leur intérieur ou n’en présentent qu’un seul. Vous en trouverez la description dans le livre de Lebert, sous le nom de globules pyoïdes.
Ainsi constitué, comme nous venons de le décrire, le globule purulent ne diffère pas ou ne diffère qu’à peine du globule blanc du sang. La seule différence à noter, c’est que le globule du pus l’emporte peut-être un peu en volume sur le globule du sang. Du reste, le volume du globule purulent peut aussi varier dans une certaine limite, et comme il est en rapport avec la densité du sérum du pus, dans quelques circonstances, il peut fort bien égaler à peine le globule du sang.
Fig. 6.
n, Cellules embryonnaires organisables ; by cellules du pus.
Le corpuscule purulent ressemble aussi assez exactement à une cellule embryonnaire. 11 suffit, par exemple, de jeter un
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coup cl’œil sur la fig. 6 pour comprendre toute la justesse de cette assertion .
À la suite d’une inflammation, ou les cellules embryonnaires de nouvelle formation s’organisent en tissu inflammatoire, ou elles sont incapables de se constituer à l’état de tissus ; dans ce cas, ces cellules forment les globules purulents.
Tant que le mouvement hyperplasique est très accentué, la cellule embryonnaire se divise, elle se fragmente et arrive, en définitive, à donner naissance à d’autres cellules.
Lorsque, au contraire, le mouvement hyperplasique devient moindre, si les matériaux nutritifs n’arrivent plus en quantité suffisante, la division des cellules ne se fait plus ; la division seule des noyaux s’opère ; cette division conduit alors seulement à la création des cellules purulentes. Ces cellules purulentes peuvent donc, en dernière analyse, être considérées comme de simples cellules embryonnaires, mais cellules d’une faible vitalité. Kuss , dans un langage figuré, mais assez vrai, a pu dire que le globule de pus n’était que le cadavre d’une cellule.
On trouve encore dans le pus un certain nombre d’éléments accessoires :
Des granulations moléculaires
( protéiques ;
( graisseuses.
Des vésicules graisseuses.
Des cristaux de margarine, de stéarine, de cholestérine.
Des cristaux de phosphate ammoniaco -magnésien.
Quelques globules sanguins.
Gluge avait décrit ce qu’il appelait les globules granuleux de l’inflammation ou de l’exsudation, ce que l’on appelle parfois les corpuscules granuleux de Gluge. Ces corpuscules ne sont que des globules purulents dans lesquels se trouvent des granulations graisseuses en plus grande quantité.
Plus rarement vous rencontrerez encore dans le pus des vibrions, des leptothrix, de petites masses fibrineuses, et quel-