ÉTUDE DU PUS — TRANSFORMATIONS
Ces deux analyses nous semblent suffisantes pour vous donner une idée exacte de la composition du pus. Signalons cependant encore quelques observations spéciales. Ainsi Kiihne, d’après Robin, a indiqué la présence de la myosine, principe que cet auteur a démontré exister dans tous les muscles ; Hoppe Seyler a cru distinguer dans les leucocytes une matière glycogène, lorsque ces parties sont animées de mouvements ainœboïdes ; cette matière fait, au contraire, défaut lorsque les mouvement n’existent pas.
Habituellement le pus est alcalin ; quelquefois il est acide ; cela dépendrait alors de l’acide pyique indiqué en 1854 par Delore, acide chlorodique ou chlorodinique de Bœdeker. Ces diverses substances ne semblent pas, du reste, d’une importance bien sérieuse; quelques auteurs les considèrent, en effet, comme un résultat de l’altération des substances organiques renfermées /lans le pus, altération souvent produite par les procédés mêmes d’extraction que l’on met en usage pour l’analyse.
Ajoutons en dernier lieu que le pus se coagule lorsqu’il est soumis à une température de 75°. Il se putréfie très difficilement quand il est exposé à l’air libre. Ainsi Delore a pu conserver des échantillons de pus deux et trois mois à l’air libre, sans que ce liquide ait subi la moindre trace de putréfaction. Cette putréfaction s’opère au contraire très rapidement, lorsque ce liquide est encore au milieu de nos tissus et qu’il communique en même temps avec l’air extérieur.
Le pus subit diverses transformations que vous devez connaître. On peut les ramener aux quatre suivantes :
l°Une transformation graisseuse;
2° Une transformation caséeuse ;
3° Une transformation calcaire.
4° Une transformation acide.
Transformation graisseuse. — Dans la transformation graisseuse, des granulations graisseuses apparaissent dans la cellule purulente ; souvent la cellulose désagrège, les granulations
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graisseuses deviennent libres, et le pus n’est plus alors qu’une substance éniulsive, un véritable liquide laiteux dans lequel on trouve de l’eau, une substance albuminoïde et de la graisse : Virchow a même trouvé quelquefois du sucre.
Dans ces conditions la résorption se fait facilement.
Transformation caséeuse. — La transformation caséeuse est une modification fréquente, importante, et sur le mécanisme de laquelle nous insisterons d’une façon toute spéciale. Des travaux modernes permettent d’envisager cette question sous un jour nouveau.
Cette transformation consiste dans la présence dans le pus de grumeaux, de flocons assez abondants, friables et blanchâtres, et ressemblants à de véritables morceaux de fromage. Le pus devient tout naturellement plus épais, plus concret. Quelquefois ces masses granuleuses, caséeuses, sont en quantité si grande, que l'abcès devient alors plutôt solide que liquide. Pajet a décrit ces abcès sous le nom d’abcès rôsidueuæ. Nous insisterons plus tard sur ces caractères.
Gomment s’opère cette modification ? Quelle signification présente-t-elle ?
Autrefois ce phénomène était envisagé de la manière suivante :
iu II y avait, disait -on tout d’abord, résorption des liquides du pus.
2° Le sérum se résorbant, le nombre des globules était alors relativement plus grand; dès lors le pus devenait plus épais, plus concret.
3° Les globules s’altéraient rapidement. Devenus ratatinés, anguleux, déformés, ils s’agglutinaient plus facilement les uns aux autres et constituaient, à un moment donné, les grumeaux ([ue nous avons indiqués, petites masses de consistance pâteuse, plus ou moins molle, ressemblant à de véritables petits morceaux de fromage.
L’on faisait remarquer que ces modifications survenaient sur-
ÉTUDE DU rUS — TRANSFORMATIONS
tout au niveau des abcès froids, au niveau des inflammations suppuratives des os. Lebert avait bien émis la pensée que ces "■rumeaux constituaient de petites masses tuberculeuses, mais Robin avait formellement affirmé cette opinion, en faisant même remarquer que sa manière de voir était si vraie qu’il suffisait d’ajouter un peu d’eau au globule pour le voir se reconstituer en reprenant sa forme et son aspect ordinaires.
Actuellement les travaux et les recherches du professeur Lannelongue ont complètement modifié ces idées. D’après cet auteur, les flocons caséeux ne contiennent que très peu de leucocytes, très peu de cellules embryonnaires; ce sont des amas de substance fibrineuse mélangée à des granulations sans forme. Ces grumeaux tiennent essentiellement à la paroi de l'abcès froid; quand on ouvre un abcès froid, il est facile de se convaincre de la vérité de cette assertion; on voit, en effet., souvent de ces grumeaux encore attachés à la face interne de la paroi de l’abcès.
Les grumaux caséeux ne devraient donc plus être considérés comme des altérations des globules de pus; ils dépendraient essentiellement des modifications de la membrane pyogénique de l'abcès froid.
Nous aurons bientôt à revenir sur cette idée lorsque nous nous occuperons, clans une de nos prochaines leçons, de la question des abcès; mais il nous a semblé nécessaire de vous signaler dès maintenant cette nouvelle appréciation sur cette transformation caséeuse du liquide purulent, que la plupart des auteurs s’accordaient assez généralement jusqu’à ce jour à considérer comme dépendant essentiellement d’une première altération du globule purulent lui-même.
Il nous reste à vous parler encore de la transformation calcaire et acide.
Transformation calcaire. — La transformation calcaire n’est qu’une variété de la transformation caséeuse. Des éléments calcaires s’ajoutent simplement aux produits caséeux.
HUITIÈME LEÇON
Le phénomène ne présente rien de plus essentiel. Pour les anciens auteurs, les parties calcaires se déposaient dans les cellules purulentes déformées. Pour Lannelongue, le dépôt s’effectue au niveau des masses fibrineuses qui dépendent de la membrane pyogén i que .
Transformation acide. — La transformation acide a été surtout décrite par Corail et Ranvier. Le pus contient dans ce cas une certaine quantité d’acide lactique ; cet acide gonfle la cellule, dissout le protoplasma et les noyaux apparaissent beaucoup plus nets .
Connaissant actuellement les caractères physiques , micrographiques et chimiques du pus, connaissant, en outre, les transformations qu’il peut présenter, étudions les variétés qu’il peut offrir.
Variété du pus. — La plupart dos auteurs ont décrit simplement comme variétés du pus de simples modifications de con sistance, de couleur et d’odeur. La question cependant doit être envisagée, ce nous semble, d’une manière plus complète; nous distinguerons les variétés suivantes :
1° Variétés suivant les parties où le pus se forme.
2° Variétés suivant l’intensité de l’inflammation.
( de consistance,
3° Variétés au point de vue des caractères \ „
1 d odeur,
physiques f , ,
r J ^ \ de couleur.
4° Variétés au point de vue delà spécificité.
1° Variétés suivant les tissus. — Le globule purulent est bien identique, quelle que soit la provenance du pus ; mais il ne constitue pas seul la composition de ce liquide, et suivant les divers tissus où la suppuration s’effectue, le liquide formé présente des caractères spéciaux.
Ainsi dans le tissu conjonctif ou lamineux, le pus renferme des fibres élastiques. Ces éléments se conservent habituellement intacts. Des libres musculaires, des vaisseaux capillaires peuvent souvent être reconnus.