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Des phénomènes cle voisinage

1 1 . Des phénomènes réflexes ;

DEUXIÈME LEÇON

Lotte étude achevée, nous pouvons aborder maintenant 1 examen des phénomènes locaux micrographiques.

B. Phénomènes locaux micrographiques. — Les phénomènes locaux micrographiques de l’inflammation se passent au niveau des éléments meme des tissus, c’est-à-dire au niveau des parties les plus ténues, les plus délicates de nos tissus.

Les progrès de l’histologie moderne ont fourni sur ce sujet, dans ces dernières années, des renseignements d’une importance capitale qui éclairent d’un jour tout nouveau ces difficiles questions.

Les espérances des premiers observateurs ont été, on peut dire, singulièrement dépassées.

Il y a quelques années à peine, les phénomènes micrographiques inflammatoires étaient seulement décrits comme phénomènes vasculaires. Follin s’exprimait ainsi, par exemple, dans son Traité de 'pathologie externe : « L’application du microscope à l’étude de l’inflammation a révélé tout un ordre de phénomènes qui se passent dans les vaisseaux capillaires, et qui ont longtemps échappé à l’œil dépourvu d’instruments grossissants. Il résulte de toutes ces recherches que les premières modifications physiques des tissus dans l’inflammation ont pour siège exclusif le système capillaire et non le tissu cellulaire comme on l’a longtemps professé. »

Le microscope a étendu maintenant ses révélations plus loin ; ce ne sont plus seulement les phénomènes vasculaires qui sont mieux scrutés, mais l’on connaît plus complètement ces phénomènes intimes qui se passent au niveau des éléments euxmêmes, et, fait assez bizarre mais bien réel, depuis que ces phénomènes sont mieux connus, mieux analysés, on est revenu à placer l’évolution de l’inflammation dans ce même tissu cellulaire que Follin croyait dépossédé de toute participation importante à ce travail pathologique.

Actuellement on peut diviser en trois catégories ces phénomènes micrographiques.

1° Phénomènes qui se passent au .niveau des éléments des tissus. Nous les appellerons les phénomènes élémentaires.

2° Phénomènes circulatoires ou vasculaires; ceux qui se passent au niveau des vaisseaux.

3° Phénomènes exsudatifs.

Nous analyserons successivement ces trois ordres de symptômes. L’ensemble de cette étude pourra très bien s’intituler : Anatomie et Physiologie pathologique de l’inflammation.

Phénomènes micrographiques élémentaires. — Les phénomènes micrographiques élémentaires évoluent au niveau de tous les tissus. Ils peuvent se subdiviser tout naturellement en deux espèces :

1° Phénomènes élémentaires au niveau des tissus non vasculaires (cornée transparente, cartilages, épithéliums);

2° Phénomènes élémentaires au niveau des tissus vasculaires.

A la rigueur, ces phénomènes multiples devraient même être décrits dans chaque tissu, dans chaque organe. Toutefois quelques propositions générales peuvent être indiquées simplement ; nous nous contenterons de procéder ainsi ; lin examen plus complet comporterait une étude trop longue, et qui trouvera mieux sa place à propos de l’histoire spéciale de chaque organe, de chaque tissu en particulier.

Phénomènes élémentaires survenant au niveau des tissus non vasculaires. — 1° Le premier phénomène qui se produit est une augmentation dans le volume de l’élément cellulaire.

2° La cellule grossie prolifère, c’est-à-dire donne naissance à de nouvelles cellules. Cette naissance s’opère, du reste, comme les observations générales l’ont démontré, par trois procédés.

( Par fissiparité ,

| Par bourgeonnement,

( Par formation endogène.

Par fissiparité. — La cellule grossie se resserre en un point, se rompt, et d’une cellule il s’en fait deux.

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Par bourgeonnement . — La cellule pousse un prolongement, le prolongement se déchire et deux cellules sont ainsi formées.

Par production endogène. — Par suite de modifications particulières, des noyaux plus nombreux se forment dans la cellule primitive; cette cellule éclate et donne ainsi naissance à plusieurs autres cellules.

3° En définitive, l’ensemble de ces nouvelles cellules arrive à constituer un nouveau tissu, tissu dit embryonnaire. Ajoutons que quelques pathologistes pensent que les cellules de ce nouveau tissu peuvent provenir aussi des leucocytes ou globules blancs émigrés directement par diapédèse des vaisseaux les plus voisins.

En même temps que ce tissu embryonnaire se constitue, quelques phénomènes concomitants doivent être notés. Ainsi, on constate la fonte ou la résorption des éléments non cellulaires qui entrent dans la composition du tissu non vasculaire enflammé.

L’inflammation du cartilage permet surtout de bien se rendre compte de ce dernier phénomène. Lorsque le cartilage est enflammé, en même temps que les cellules embryonnaires se sont

Fig. d . - Section d’un cartilage irrité artificiellement.

a Capsules ei cellules de la partie proronde du cartilage; — b, les mémos devenues sphériques; — c, ri, les mêmes, en voie de division et de prolifération (lesquelles devraient avoir un aspect granuleux) aboutissant a former du tissu embryonnaire e, parcouru par des vaisseaux t, venus des parties voisines. Grossissement de SüO diamètres. (ConNii. et Ranvibii.)

produites au niveau de la partie irritée, la substance fondamentale du cartilage tend à disparaître. La figure ci-déssus, tirée de Cornil et Ranvier, permet de bien comprendre ce que nous venons de dire.

Dans d’autres tissus, le phénomène se réalise de la même manière; ainsi la substance fondamentale de la cornée enflammée disparaît. Même dans le tissu cellulaire, quelque chose d’analogue se produit. Ainsi, dans le tissu cellulaire enflammé les fibrilles arrivent à ne plus exister. Il résulte de ce que nous venons de décrire une tendance manifeste de la région enflammée à réaliser plus ou moins complètement une organisation simplement cellulaire.

Quand l’inflammation a une durée éphémère et qu’elle disparaît rapidement, les cellules reviennent peu à peu à leur état normal, c’est-à-dire à l’état dans lequel elles étaient avant le début de l’inflammation. L’on voit alors en même temps la substance fondamentale se reconstituer, et tout revient à l’état normal comme avant l’évolution du processus inflammatoire.

Lorsque, au contraire, l’inflammation persiste, tantôt les cellules proliférées arrivent à constituer un tissu véritablement nouveau, tissu inflammatoire ou tissu modulaire; tantôt lés cellules proliférées deviennent des globules purulents. Cette double éventualité dépend habituellement de l’intensité ctdela

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nature de l’inflammation ; souvent elle dépend aussi de la nature du tissu primitivement enflammé. Ainsi, au niveau des épithé-liums, le tissu embryonnaire ne s’organise jamais ; jamais il ne devient, en d’autres termes, tissu inflammatoire ou tissu modulaire. Ou la cellule prolifère, revient à son état normal, ou elle se transforme en cellule purulente.

Quand les cellules irritées occupent des surfaces libres, elles se détachent à un moment donné, elles s’exfolient. C’est, par exemple, ce qui se passe à la peau dans les cas d’érysipèle. La desquamation des cellules épidermiques est toujours une conséquence de l’imflammation cutanée.

Sur les muqueuses enflammées, les mêmes faits se produisent aussi; ainsi dans le coryza, dans la bronchite, dans l’entérite, vous constaterez souvent une abondante desquamation de la couche épithéliale. Le même phénomène a lieu aussi au niveau des séreuses. Les endothéliums des séreuses se séparent de leur substratum. On les trouve souvent avant subi une métamorphose graisseuse, mélangés au liquide sécrété dans la cavité séreuse; souvent ils constituent des dépôts plastiques que nous aurons à étudier plus tard. Ce nouvel état anatomique ne permet plus alors des glissements ni aussi doux ni aussi faciles, et c’est à cette cause qu’il faut rapporter ce frottement léger du débat des pleurésies et la sensation de rudesse que la main perçoit dans les inflammations des gaines tendineuses.

Lorsque les cellules ont proliféré dans l’intérieur des tissus ou des organes, elles compriment alors plus ou moins soit les cellules primitives qui peuvent n’avoir pas subi l’impression pathologique, soit les vaisseaux qui apportent les matériaux de nutrition, et l’on voit alors survenir des modifications désorganisatrices que nous devrons analyser plus tard, mais dont le mécanisme peut très bien se comprendre dès maintenant. Eu terminant l'étude des phénomènes élémentaires, il est encore une observation des plus importantes que je dois vous faire.

Ges altérations diverses que nous venons de passer en revue n’ont pas lieu dans toutes les cellules; elles n’ont pas lieu, par exemple, ni dans les cellules nerveuses, ni dans les cellules musculaires, ni dans les cellules hépatiques. Sous l’influence de l’irritation inflammatoire, ces derniers éléments subissent d’autres modifications, mais des modifications différentes. Ils se fragmentent, ils se détruisent, ils dégénèrent; mais le processus inflammatoire ne développe à leur niveau aucun travail physiologique. En définitive, vous voyez que l’on revient bien vraiment à cette pensée que les anciens avaient eue déjà, à savoir que toutes les évolutions actives du processus inflammatoire se passent surtout au niveau du tissu cellulaire, ou mieux au niveau des éléments qui le constituent, cellules et vaisseaux.

Cette idée ne date pas, du reste, seulement, comme on pourle croire, des dernières publications allemandes, de celles de rait Virchow en particulier sur la Pathologie cellulaire.

En 1846, le professeur Iviiss (de Strasbourg) avait émis une partie de ces opinions dans un travail très court, de moins de cinquante pages, sur la Vascularité de /’ inflammation, travail remarquable par les faits importants qu’il renferme, par les expériences hardies et ingénieuses que l’auteur indique et auxquelles Virchow semble avoir largement puisé.

Gomme nous vous l’avons indiqué, nous croyons devoir vous présenter sous forme de tableau le résumé des propositions que nous venons d’analyser.

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