INFLAMMATION DU TISSU OSSEUX
niais ordinairement sur une étendue plus considérable, quelquefois la plus grande partie de la diaphyse.
Le pus, après avoir décollé le périoste, arrive à se faire jour au dehors, l’abcès se vide, et l’os nécrosé se détache au bout d’un temps souvent fort long. Il 11e suscite autour de lui aucun phénomène de réaction et peut être toléré pendant de longues années sans se manifester autrement que par la présence de fistules qui donnent issue à une quantité variable de pus séreux et qui permettent au stylet du chirurgien d’aller constater la présence du séquestre.
Celui-ci 11e peut d’ailleurs, s’il est un peu volumineux, être éliminé spontanément, car le périoste, s’il a été décollé, n’a pas été détruit : il a donné naissance à un os de nouvelle formation, à une diaphyse, naturellement très volumineuse, qui entoure le séquestre comme le ferait un manchon, et c’est au travers de cet os nouveau et des couches parostales épaissies que le chirurgien doit se créer, à l’aide du ciseau, une voie pour pratiquer l’extraction de la portion d’os qui a cessé de vivre.
Il arrive fréquemment que le cartilage de conjugaison, pour 11’ètre pas détruit par rinflammation n’en est pas moins atteint dans sa vitalité, et c’est alors que l’on voit se produire un phénomène qui a été bien étudié par Ollier, je veux parler de l’arrêt de développement de l’os, ou, au contraire, de son accroissement exagéré. Ces deux faits semblent contradictoires et ne pouvoir relever d’une même cause. Mais il est facile de concevoir que, suivant le degré do l’inflammation, le travail physiologique dont le cartilage est le siège au moment de la croissance recevra comme une impulsion nouvelle, un coup de fouet pour ainsi dire, qui déterminera soit l’ossification totale et définitive de ce cartilage (arrêt d’accroissement de l'os), soit, si l’inflammation est moins vive, une sécrétion osseuse plus abondante, une prolifération plus intense que normalement, sans toutefois que le cartilage soit envahi tout entier par l’ossification; et c’est, dans ce dernier cas, une exagération
dans la longueur de l’os que l’on observera comme résultat définitif.
Nous n’insisterons pas autrement sur la symptomatologie, le diagnostic et le traitement de l’ostéite juxta-épiphysaire, ni sur les complications possibles, vous renvoyant, pour ces questions, aux auteurs que nous vous avons signalés.
il est un point du traitement sur lequel nous devons cependant nous arrêter. 11 est d’une importance capitale, et le chirurgien ne doit pas l’oublier, car il a souvent dans la main la vie du patient : dès qu’il a reconnu la présence du pus, il doit inciser sans retard et largement ; il importe, en effet, de limiter le travail inflammatoire, d’arrêter la marchedupus qui ne peut que fuser au-dessous du périoste en le décollant de plus en plus, de préserver l’articulation voisine de l’épiphyse atteinte, de se mettre enfin à l’abri des chances d’infection purulente. Si le pus siège au centre de la diaphyse, il faudra de toute nécessité pour l’évacuer recourir à la trépanation de l’os.
Vous n’oublierez pas que c’est surtout dans ces cas que l’on a à redouter la septicémie; aussi aurez-vous soin d’employer les pansements antiseptiques dans toute leur rigueur.
On a décrit une forme d’ostéite juxta-épiphysaire chronique, elle doit être très rare. A ce propos, nous devons indiquer brièvement la description qu’Ollier et Poucet (de Lyon) ont donnée de la périostite albumineuse qui n’est qu’une forme chronique de l’affection dont nous venons de vous retracer les grandes lignes.
On observe dans ces cas une collection liquide qui se fait au-dessous du périoste, au niveau de l’extrémité d’un os long, plutôtau-dessusqu’au-dessous du cartilagede conjugaison. Geli— quideestfilant, visqueux, albumineux ; il renferme quelques gouttelettes graisseuses et offre parfois une coloration verdâtre ouest un peu teinté de sang. Ce n’est pas là du pus, c’est un liquide qui peut se résorber sous l’influence d’un traitement approprié. Dans ce cas, Ollier commence par ponctionner la poche, et
INFLAMMATION DU PÉRIOSTE
exerce ensuite une compression avec un bandage ouaté; le malade est condamné au repos pendant plusieurs semaines. On peut, s’il j a récidive, faire une nouvelle ponction. Enfin, si le liquide se reproduit, on devra recourir à une opération plus radicale, car il est probable que l’on aura alors affaire à un liquide purulent et qu’il y aura un point osseux nécrosé.
Périostite. — L’inflammation se localise quelquefois plus spécialement au niveau du périoste. On dit alors qu’il y a périostite. A propos de la périostite, voici les diverses remarques que vous pourrez retenir :
1° Souvent le périoste est enflammé, et vous verrez l’inflammation comprendre en même temps les diverses autres parties du tissu osseux proprement dit. L’on dit alors qu’il existe une ostéopériostite, mais avec prédominance de la lésion dans la membrane enveloppante de l’os. Quand on songe aux rapports et aux connexions si intimes qui rattachent le périoste au tissu osseux, on comprend difficilement qu’il en soit autrement. Cette affection rentre dans celle que nous venons de vous exposer.
2° L’inflammation débute presque toujours par les couches les plus profondes du périoste, celles qui touchent à l’os. C’est là, en effet, que se trouvent les éléments les plus jeunes, ceux qui peuvent le plus facilement revenir à l’état embryonnaire et subir toutes les métamorphoses que comporte le processus inflammatoire.
3° La maladie n’est pas très fréquente ; c’est le plus souvent chez les jeunes sujets et sur les os longs que la lésion existe dans la forme la plus essentielle.
4° De prime abord le processus phlegmasique est habituellement aigu, violent, profond, et s’annonce comme devant être d’une gravité extrême.
5° Lorsque la suppuration survient, comme le pus est placé entre l’os et la partie la plus interne du périoste, l’ouverture de la collection purulente à l’extérieur ne peut se faire que difficilement. Souvent l’on voit survenir des décollements d’unegrande
étendue et la vitalité de l’os est quelquefois compromise d’une façon sérieuse, cette lésion est fréquemment décritesousle nom d a •périostite pldegmoneuse, d ’ abcès sous-pdriostiques aigus.
6° Lorsque l’inflammation est moins violente et que cependant l’exsudât inflammatoire ne se résorbe pas d’une façon complète, on voit se substituer à l’os une couche embryonnaire qui s’imprègne rapidement de sels calcaires et qui ne tarde pas à s’ossifier. On constate alors des périostoses, des hypérostoses plus ou moins persistantes.
7° Notez en dernier lieu que les imfiammations chroniques des os et du périoste sont beaucoup plus communes que les inflammations aiguës. Souvent la périostite chronique s’accompagne d’une carie superficielle.
Inflammation des muscles. — Un mot actuellement sur l’inflammation des muscles. Cette inflammation est relativement rare, elle est décrite habituellement sous le nom de myosite. Dès 1826, Gendrin s’était occupé de cette question pathologique. Les recherches de cet auteur sont malheureusement en rapport avec l’anatomie de l’époque, et comme à ce moment les travaux micrographiques n’avaient pas encore relevé la disposition des divers éléments qui entrent dans la composition de ce tissu, il est difficile de déduire beaucoup d’indications de l’article auquel nous faisons allusion.
Lorsque l’inflammation survient au niveau du tissu musculaire, la fibre musculaire, le sarcolème, le tissu conjonctif interstitiel et les vaisseaux peuvent être également atteints. Les quelques observations suivantes peuvent, ce nous semble, résumer ce que vous avez d’essentiel à retenir.
1° Le tissu conjonctif interstitiel, le périmysium autrement dit, peut être considéré comme le point de départ le plus habituel des phénomènes inflammatoires. On observe ultérieurement le gonflement du faisceau musculaire, la prolifération des cellules plasmatiques interstitielles, et en certains points celle des noyaux du sarcolème.
INFLAMMATION DES MUSCLES
2° D’après la plupart des auteurs, la suppuration du tissu conjonctif interstitiel surviendrait rapidement dans les cas aigus. O11 constate ensuite la disparition de l’élément contractile par pression et par dégénérescence. Friedberg a décrit ce phénomène de la manière suivante: « La fibre musculaire primitive est tout d’abord entourée d’une masse exsudative. Elle se dé colore un peu plus tard, prend des stries transversales et l’on voit survenir en dernier lieu la dégénérescence graisseuse. »
3° Le processus inflammatoire dans les muscles peut conduire à la suppuration, à la transformation fibreuse et à la transformation osseuse.
Munchmeyer a publié récemment un mémoire important sur la myosite ossifiante multiple progressive. D’après lui, c’est une ossification de l’exsudât interstitiel.
Rindfleisch, professeur à Bonn, a cité quelques observations d’ossification du deltoïde survenant chez les soldats prussiens à la suite de la pression longtemps continuée du fusil sur l’épaule gauche. Pareille lésion a été signalée aussi au niveau des adducteurs delà cuisse chez les cavaliers.
4° L’atrophie du muscle est quelquefois constatée comme résultat définitif.
5° Souventl’on voit, au contraire, la fibre musculaire se régénérer. Les travaux de Hayem et de Zenker l’ont prouvé d’une manière complète.
6° La myosite peut survenir soit à la suite de conditions traumatiques, soit à la suite de conditions générales morbides antérieures. Ainsi, en 1866, Hayem a décrit des myosites symptomatiques survenues dans la plupart des maladies aiguës, fièvres éruptives et phleginasies franches. Ges myosites peuvent, d’après lui, se diviser en trois catégories.
Dans un premier degré, les altérations sont visibles seulement au microscope. Elles consistent essentiellement dans une congestion qui s’étend aux ramifications des vaisseaux capillaires les plus ténus ; la fibre musculaire est un peu plus gonflée,
plus sinueuse, plus irrégulière. A ce moment, les muscles tuméfiés sont un peu plus durs, d’une couleur plus rougeâtre, d’une friabilité plus accusée.
Dans un deuxième degré, la consistance du muscle est plus sérieusement modifiée; la friabilité devient excessive, et l’examen microscopique permet alors de reconnaître deux altérations :
( la dégénérescence granuleuse,
( la dégénérescence vitreuse.
Lorsque la dégénérescence granuleuse existe, la fibre musculaire se convertit pour ainsi dire en une masse granuleuse.
Dans le cas de dégénérescence vitreuse, le contenu de la fibre musculaire, se transforme en blocs ou cylindres semblables à de petits morceaux de verre. Ges masses vitreuses ne sont pas, du reste, toujours homogènes ; presque toujours, au contraire, elles sont fendillées en divers sens.
Au troisième degré, les fibres dégénérées granuleuses s’atrophient; les blocs vitreux se fragmentent, se morcellent, se désagrègent ; puis la dégénération se fait (Hayern, 1870, t. III,
Zenker a décrit à peu près dans les mêmes termes une myosite typhique. On la rencontre principalement dans le typhus abdominal, où elle intéresse surtout les muscles adducteurs de la cuisse. La substance contractile se désagrège en morceaux, en grumeaux que l’on voit apparaître dans la gaine du sarcolème. C’est à peu près l’état vitreux que nous venons de signaler. Ges grumeaux disparaissent ensuite peu à peu par résorption, puis en même temps de nouvelles fibres musculaires se forment et remplacent les anciennes.
7° L’inflammation des muscles se rencontre surtout au niveau de la langue, dans le psoas, le pectoral, les muscles de la région fessière, ceux de la cuisse, du mollet. Sans vouloir entrer dans des détails trop complets de symptomatologie ou de thérapeutique, vous noterez que, pendant l’évolution d’une
INFLAMMATION DES MUQUEUSES
myosite, la contraction musculaire devient toujours excessivement douloureuse. Souvent la contractilité disparaît. Gendrin avait déjà signalé ce fait. Cette perte de la contractilité volontaire est si accentuée au niveau des muscles enflammés que, dans les cas où l’on a déterminé cette inflammation soit par l’application d’un séton, soit par une irritation quelconque, le muscle reste contracté, immobile, et souvent même, malgré l’influence de l’irritation provoquée du nerf ou de l’application du galvanisme ; il faut savoir, à un moment donné, réveiller cette contractilité par l’emploi de l’électricité.
Ces faits devront surtout être présents à votre mémoire, dans les cas de myosite traumatique. A la suite d’une contusion, par exemple, un muscle s’enflamme, devient douloureux, il s’immobilise. Plus tard, si vous ne cherchez pas à réveiller par quelques douches électriques la contractilité, cette propriété s’éteint, puis l’élément musculaire arrive à s’atrophier et à disparaître complètement.
Inflammation des muqueuses. — Pour l’inflammation des muqueuses quelques considérations méritent aussi d’être notées.
1° Le plus souvent l’inflammation des muqueuses comporte des phénomènes congestifs intenses. Au début, vous constaterez presque toujours une sécheresse excessive de la partie enflammée, puis la sécréton augmente; cette sécrétion contient habituellement une plus forte proportion de mucus ; on dit assez volontiers dans ces cas, qu’il y a inflammation catarrhale .
2° L’inflammation se propage quelquefois au tissu cellulaire sous-muqueux, elle devient alors phlegmoneuse.
3° L’inflammation des muqueuses est, pour ainsi dire, plus médicale que chirurgicale ; vous la verrez survenir le plus souvent sous l’influence d’un état diathésique, à la suite, par exemple, de la syphilis, de la scrofule. Dans ces cas, l’inflammation de la peau et des muqueuses se manifeste presque toujours simultanément.
4° Les muqueuses enflammées produisent très facilement du
pus ; ce pus, pour les muqueuses à épithélium pavimenteux, proviendrait, d’après la plupart des auteurs, des cellules épithéliales. Ranvier pense, au contraire, que la plus grande partie des globules purulents provient des vaisseaux, après la destruction de la couche épithéliale.
5° Des indurations, des épaississements plus ou moins prononcés se rencontrent souvent au niveau des muqueuses enflammées. Ces phénomènes pathologiques peuvent dépendre soit de l’organisation du tissu inflammatoire, soit des ulcérations que l’inflammation a pu déterminer à un moment donné.
6° C’est au niveau des muqueuses que l’inflammation spécifique dite diphtéritique se rencontre.
7° Dans l’inflammation aiguë, les muqueuses revêtent une coloration rouge très vive, très prononcée ; mais, après la mort, cette coloration disparaît presque toujours, comme nous avons vu le fait se produire au niveau delà peau dans les cas d’érysipèle. Dans l’inflammation chronique des muqueuses, la coloration est, au contraire, brunâtre, d’une teinte violette, gris ardoisé ou noire. Ces colorations persistent généralement sur le cadavre.
8° L’inflammation d’une muqueuse s’accompagne souvent du gonflement du tissu cellulaire sous-muqueux, surtout dans les régions où le tissu cellulaire sous-jacent est très lâche. C'est ainsi que l’on voit se former autour de la cornée transparente un bourrelet volumineux, constituant ce que l’on appelle le chemosis. L’œdème de la glotte survient de la même manière dans les cas d’inflammation de la muqueuse laryngienne
9° Gomme conséquences de l’inflammation au niveau des mu queuses l’on peut voir se réaliser l’état :
( atrophique,
\ hypertrophique,
) granuleux,
\ fongueux.
Il nous semble inutile d'insister sur ces détails, ce que nous