ÉTUDE DES ABCÈS — DÉTAILS BIBLIOGRAPHIQUES
spécialisé un peu plus complètement la question de l’abcès chaud et de l’abcès froid; mais ce ne fut que bien plus tard et déjà à une époque assez rapprochée de nous, que les travaux de Grashuis, de De Ilaen, de Morgan, d’Everard Home, de Hunter et toutes les recherches d’anatomie pathologique du commencement de notre siècle fixèrent l’attention sur la nature du pus, sur la formation et sur la constitution de l’abcès.
David en 1719, Bell en 1787, Abernethy distinguèrent les abcès par congestion. Delpech, un peu plus tard, décrivit la membrane pyogénique entrevue déjà par Chaussier, Dupuytren et Hunter. La question de l’abcès est, du reste, si intimement liée à celle de l’histoire du pus et de la suppuration, qu’il nous paraît inutile de vous rappeler à ce sujet des indications sur lesquelles nous avons déjà insisté.
Des idées toutes nouvelles ont été émises cette année même sur la nature des abcès froids. Nous tiendrons dans le cours de ces leçons à vous initier d’une façon toute particulière aux travaux si importants du docteur Lannelongue.
B. Définition. Division. — On désigne habituellement sous le nom d’abcès une collection de pus dans une cavité accidentelle. C’est la définition, par exemple, que vous trouverez dans l’ouvrage de Follin; l’existence de la cavité sépare les abcès des infiltrations purulentes, et l’on réserve le mot d’ épanchement de pus pour les cas où ce liquide se dépose dans une cavité naturelle, comme le péritoine, la plèvre, une articulation, le sinus maxillaire, la caisse du tympan.
Quelques auteurs ont donné de l’abcès une définition plus large, en considérant comme abcès toute collection de pus dans une cavité circonscrite, naturelle ou accidentelle. Denonvilliers, par exemple, accepte comme abcès toute collection de pus « dans une poche circonscrite, quels qu’en soient le siège et l’origine, que le pus remplisse une cavité de nouvelle formation creusée, soit dans le tissu cellulaire, soit dans un viscère quelconque, qu’il soit déposé dans une cavité naturelle
Bkrne. — Path. chir.
ONZIÈME LEÇON
telle qu’une articulation, le sinus maxillaire, la caisse du tympan, ou que, dans une cavité naturelle, comme celle d’une veine, par exemple, il occupe un espace circonscrit par des adhérences anormales ». Il n’y a d’exception qu’à l’égard des collections de pus libre dans les cavités des plèvres ou du péritoine, collections que l’on est convenu de distraire des abcès et de décrire sous les noms d’empÿême ou d’ épanchement purulent.
Billroth se rattache à cette manière de voir, en définissant l’abcès « toute tumeur formée par du pus, c’est-à-dire toute collection purulente circonscrite située sous la peau, à quelque profondeur que ce soit ».
Le mot d’abcès est dérivé du latin abscedere , s’écarter, s’éloigner. Ce mot exprime, ou que le pus est séparé des divers liquides du corps humain, ou que le pus écarte les parties au milieu desquelles on le trouve déposé.
La plupart des auteurs distinguent actuellement quatre espèces d’abcès :
I l’abcès chaud;
\ l’abcès froid ;
) l’abcès par congestion;
[ l’abcès métastatique.
Gomme, d’une part, ainsi que nous le verrons bientôt, l’abcès froid et l’abcès par congestion peuvent être considérés comme des abcès essentiellement tuberculeux; comme, d’un autre côté, fabcès métastatique n’est pas, à proprement parler, un véritable abcès, et que son évolution est intimement liée au processus de l’infarctus que nous aurons à étudier ultérieurement, notre première division se trouve, en définitive, ramenée à la seule distinction de l’abcès chaud et de l’abcès froid.
Commençons l’étude de l’abcès chaud.
Abcès chaud. — L’abcès chaud doit son nom à un dos symptômes qui est constant, c’est -à-dire à la chaleur observée dans le lieu- où il se forme. G’ést ce que l’on appelle l’abcès par fluxion. Boyer le décrivait sous le nom cV abcès phlegmo-
DE L'ABCES CHAUD — DEFINITION - ETIOLOGIE
neux. Toutes ces diverses dénominations peuvent, du reste, également convenir ; toutes expriment le caractère essentiel de ce genre d’abcès, sa production au milieu de phénomènes inflammatoires plus ou moins aigus.
L’étude de l’abcès chaud comporte :
1° L’examen des causes qui le produisent ;
2° L’examen du siège où il peut se rencontrer;
3° L’anatomie et la physiologie pathologique de cette lésion;
4° La symptomatologie, le diagnostic, le pronostic;
5° Le traitement.
1° Etiologie. — Au point de vue étiologique, l’abcès chaud peut se diviser en deux catégories: d’une part, l’abcès chaud traumatique; d’une autre part, Y abcès spontané, c’est-à-dire l’abcès que l’on voit survenir sans causes appréciables.
L’abcès chaud traumatique dépend de l’action irritative d’une cause physique ou chimique qui a suscité un processus inflammatoire plus ou moins intense. Souvent la cause irritative tient à l’organisme lui-même : ainsi des liquides d’excrétion qui viennent, à un moment donné, à être déversés dans le tissu cellulaire déterminent la formation d’abcès spéciaux. C’est ainsi que l’on voit se constituer les abcès urineux, biliaires, stercoraux. L’abcès peut quelquefois dépendre de la présence d’un corps étranger formé directement dans l’intérieur du corps; ainsi les calculs salivaires, biliaires et surtout urinaires occasionnent souvent des inflammations provocatrices à la suite desquelles une collection purulente se réalise.
Nous avons insisté antérieurement sur l’action phlogogène du pus; inutile de revenir sur ces détails.
Les abcès chauds spontanés se montrent pendant le cours ou au déclin des maladies générales, tantôt sans exercer aucune influence sur elles, tantôt en ajoutant à leur gravité, tantôt en s’accompagnant d’une telle amélioration qu’ils semblent en être la crise et la solution. On dit assez volontiers alors que l’abcès chaud est critique.
ONZIÈME LEÇON
Les auteurs ont donné peu d’explications sur le mode de formation de ces abcès spontanés. Pour nous, il nous semble logique d’expliquer leur présence par ce que nous savons de l’action des principes phlogogènes introduits dans le torrent circulatoire. A la suite d’une maladie grave, une variole, une pneumonie, par exemple, ou tout autre état pathologique, des principes phlogogènes passent dans le sang, l’adultèrent, et cette intoxication devient elle-même, à un moment donné, la cause d’abcès divers qui pourront survenir ou plus ou moins nombreux, ou plus ou moins volumineux. Des exemples fréquents pourraient être cités. Il y a peu de jours, nous donnions des soins à une jeune enfant atteinte de péritonite grave; dans le cours de son affection, un abcès volumineux s’ouvrait au niveau de la parotide, après avoir déterminé dans cette région une inflammation locale violente.
Des malades atteints de pneumonie peuvent, à la suite de la lésion pulmonaire, présenter des abcès dans diverses régions. Nous avons été appelé, il y a peu de temps, à ouvrir un vaste abcès de la région fessière survenu après l’évolution heureuse d’une pneumonie grave.
Nous savons qu’il paraît difficile, au premier abord, de comprendre comment une adultération générale du sang peut arriver à produire une localisation purulente dans telle ou telle partie spéciale; sans doute, une explication nette et précise ne peut pas être donnée ; mais si l’explication est difficile, des faits analogues n’en sont pas moins nombreux. Ainsi, à la suite de l’imprégnation du sang par des molécules de nitrate d’argent, la teinte noire caractéristique se réalise seulement au niveau de la conjonctive. Ainsi, quand un individu est syphilitique! c’est au niveau de tel ou tel tissu seulement que les localisations s’effectueront. Il en est de même, nous le répétons, pour la production des abcès chauds dits spontanés. Un malade est affecté d’une maladie grave, des molécules phlogogènes produites au niveau de tel ou tel organe altéré