ACTION DE L’ABCÈS CHAUD SUR LES PARTIES VOISINES
lamelleuse, sur le dos du pied ou de la main, dans les gaines musculaires, on ne constate alors aucun noyau d’engorgement ; le pus n’est pas alors renfermé dans une enveloppe complète, car la lymphe plastique déposée à la périphérie ne suffit pas pour donner du soutien au tissu cellulaire trop lâche, trop lamelleux qui entoure la suppuration. 11 n’y a pas, dans ces conditions, de véritable membrane pyogénique uniformément constituée, et ce n’est qu’en des points limités que l’on trouve quelques parties où la réaction, plus intense, a permis une organisation plastique plus complète. En définitive, la prétendue membrane pyogénique est donc, au contraire, une membrane consécutive à la formation du pus. C’est le résultat de l’organisation de la lymphe plastique qui s’est déposée tout d’abord autour du liquide purulent. Mais pour que cette organisation puisse s’effectuer, il faut, comme nous venons de l’indiquer, des conditions spéciales.
Le contenu de l’abcès, c’est-à-dire le pus, nous est déjà connu, inutile d’insister sur ce point.
Notez en dernier lieu que l’abcès détermine habituellement quelques phénomènes importants au niveau des parties voisines.
a) Le tissu cellulaire ambiant est infiltré de sérosité, quelquefois d’ un peu de sang. Il en résulte presque toujours de l’oedème et ce signe doit être connu du chirurgien, car sa constatation permet souvent d’établir le diagnostic.
b) Lorsque l’abcès existe dans le voisinage d’une membrane séreuse, cette séreuse se recouvre de couches membraneuses; en d’autres termes, elle s’épaissit. Cet épaississement est souvent d’une importance extrême, il en résulte tout d’abord une barrière qui empêche le pus de progresser dans cette direction, et souvent même les deux feuillets agglutinés permettent à la suppuration d’arriver à se faire jour dans des parties plus éloignées sans pénétrer directement dans l’intérieur de la cavité de la séreuse. Cette barrière n’est pas cependant toujours infranchis-
ONZIÈME LEÇON
sable. Ainsi le fils de J.-L. Petit mourut, dit-on, d’une pleurésie aiguë, par suite de l’ouverture dans la plèvre d’un abcès des parois delà poitrine. Fabrice de Hilden, Delamotte, Ravaton, Callisen ont aussi mentionné des faits semblables.
c) Les muscles, les aponévroses, les tendons restent le plus souvent indifférents au contact de l’abcès. Ce fait dépend des observations que nous avons consignées précédemment. Ges diverses parties sont isolées et préservées de la suppuration par le dépôt plus ou moins abondant des couches plastiques.
d) Les os sont habituellement défendus par le périoste, et comme cette membrane est résistante, il est douteux qu’une surface osseuse puisse jamais être dénudée par les progrès d’un abcès à marche aiguë. Dans le cas où l’os est dénudé et baigné par le pus, c’est presque toujours une raison d’affirmer que le pus s’est formé primitivement entre l’os et le périoste. Cette opinion était celle de Boyer qui, un des premiers, chercha à réagir contre l’idée ancienne longtemps acceptée que le pus, par son contact, dénudait les os et les ulcérait. En 1837, Maslieurat -Lagémard a bien essayé, dans un mémoire publié dans les Archives , et d’après quelques observations de Cloquet, de revenir à cette hypothèse; mais les faits semblent donner raison à la proposition que nous avons formulée : la dénudation osseuse par le contact du pus est excessivement rare ; quand elle survient, il y a tout d’abord inflammation du périoste qui résiste longtemps, et ce n’est qu’ultérieurement que l’os est attaqué.
e) On redoutait autrefois pour les gros vaisseaux le voisinage de la suppuration ; on craignait que les parois artérielles ne fussent ramollies, altérées, et, par cela même, plus sujettes aux lésions anévrysmatiques. Ges craintes semblaient justifiées, car, le plus habituellement, les parois artérielles enflammées perdent une partie de leurs propriétés. Il n’en est rien cependant : les parois artérielles sont protégées par le dépôt de lymphe plastique dont nous avons parlé, et, en somme, on peut