‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 65 sur 252 · ÉTUDE DE L’ABCÈS FROID — ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

ÉTUDE DE L’ABCÈS FROID — ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

Pour lui tout se passe seulement plus lentement que dans l’abcès chaud.

« Il se fait, par exemple, dit-il, à un endroit quelconque du corps, une végétation de jeunes cellules qui restent rondes avec formation d’une substance intercellulaire liquide; dans ce cas le tissu dans lequel les cellules se sont montrées périt , comme c’est toujours le cas lorsque la végétation des cellules est circonscrite et qu’elle se fait par foyers isolés.

Le tissu environnant est également infiltré de cellules et commence aussi à se transformer en un tissu liquide, à cellules prenant le caractère du pus ; le tissu infiltré est d’autant plus disposé à la suppuration et à la fonte, que les vaisseaux moins développés n’y amènent pas des matériaux nutritifs suffisants, sous le rapport de la qualité et de la quantité, pour entretenir la continuation de l’existence morbide du tissu.

De cette manière, se forme peu à peu un abcès, une cavité purulente circonscrite, dont les parois sont sans cesse en voie de transformation purulente. »

D’après Billroth, il semble, en définitive, que ce soient les propres tissus d’une région qui se changent en pus. Cependant une fois un abcès froid ouvert, et après l’écoulement du pus, il est impossible de constater la moindre disparition des tissus.

Anatomie et physiologie pathologiques. — Au point de vue de l’anatomie et delà physiologie pathologiques, les observations des auteurs ont, avec juste raison, constaté les différences suivantes :

1° La disposition kystique de la poche est habituellement plus marquée dans l’abcès froid.

2° La membrane pyogénique est plus apparente, lisse, ou tomcnteuse, tantôt grisâtre, tantôt rougeâtre, quelquefois marquée de plaques ardoisées.

3° Le pus de l’abcès froid diffère du pus de l’abcès chaud. Nous aurons à retracerbien tôt, d’après Lannelongue, toutes ces différences; contentons-nous aujourd’hui de vous indiquer les

DOUZIÈME LEÇON

caractères différentiels les plus importants que la plupart des pathologistes ont constatés. Ainsi, d’après eux, le pus de l’abcès froid

est plus fluide ;

— plus clair ;

il contient des cellules purulentes moins nombreuses; — des granulations moléculaires plus apparentes ;

il exhale souvent une odeur plus désagréable due à la présence d’acide gras;

il peut tenir en suspension des flocons de fibrine et des lambeaux de tissus mortifiés.

4° La marche de l’abcès froid est aussi toute spéciale; ainsi, il faut quelquefois des mois et môme des années avant que la peau soit amincie et perforée. Le travail ulcératif peut même ne jamais se réaliser : la collection purulente alors s’enkyste pour un temps indéterminé. La marche de l’abcès froid est donc presque toujours essentiellement lente.

5° Quelquefois cependant l’abcès froid se développe avec une rapidité excessive, c’est ce que Delpech a décrit sous le nom d 'abcès soudain. Ces abcès soudains sur viennent habituellement chez des sujets d'une faiblesse excessive, par suite de l’âge avancé, de la misère ou d’autre causes affaiblissantes. Ils s’accompagnent presque toujours de diarrhée abondante et fétide, d’un état fébrile à forme adynamique et l’on voit le malade dans ces conditions succomber à bref délai. Il est difficile d’être bien renseigné sur la nature de la lésion; les observations en sont, du reste, peu nombreuses. Ces abcès, suivant nous, devraient être considérés plutôt comme des abcès phlogogènes à marche très rapide et chez lesquels les symptômes inflammatoires locaux sont très peu marqués.

Gomme diagnostic, comme pronostic et comme traitement, voici ce que vous trouverez de spécial dans l’histoire de l’abcès froid .

Page 1