TERMINAISON DE L’ABCÈS FROID (LANNELONGUE
ou telle partie, en envoyant ses ramifications embryonnaires autour d’elle.
Sans doute, d’une manière générale, on a eu raison de dire que les abcès froids simples, comme les abcès froids par congestion, obéissent dans leur accroissement aux lois de la pesanteur; cette cause agit dans une certaine limite, mais dans une limite très restreinte.
D. Terminaisons. — Que devient l’abcès ainsi constitué? Voici ce que l’observation permet d’indiquer :
1° Quelquefois l’abcès subit des oscillations appréciables, et l’on voit la poche présenter, à des moments différents, un volume, une distension plus oumoins considérables. Lannelongue a cité sous ce rapport un fait excessivement probant. Pendant une période de dix-huit ans, l’abcès se présentait avec des aspects tout à fait divers, tantôt semblant complètement guéri, tantôt reprenant, au contraire, les allures d’un abcès en voie de progrcssion.il est peu de chirurgiens qui n’aient eu l’occasion de faire des observations semblables.
2° Lors même que l’abcès a pris un grand développement, il peut encore guérir par résolution ; le contenu se résorbe, la diminution arrive progressivement et la poche revient à l’état de tissu conjonctif pur. La nature tuberculeuse de cette membrane semble au premier abord s’opposer à la réalisation d’un fait semblable; mais les observations nouvelles de Grancher ne permettent plus de mettre en doute cette terminaison pour la néoplasie tubercule. « Le tubercule élémentaire, dit cet auteur, n’est pas exclusivement l’objet d’un .travail de désorganisation : obéissant à une tendance inverse, la néoplasie se transforme et devient un tissu conjonctif ou fibreux qui n’a rien de spécial ni de spécifique. » Les données de physiologie pathologique générale permettent ainsi de se rendre compte du mé- : canisme de ces guérisons que, du reste, bien des chirurgiens ont eu souvent l’occasion d’observer.
La peau présente habituellement quelques traces qui permet-
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tcnt longtemps encore après la disparition de l’abcès, d’en reconnaître sûrement l’existence antérieure. Ce sont le plus souvent des taches rosées, rougeâtres, violacées, des marbrures, des ecchymoses.
La peau reste à ce niveau déprimée en cupule. Elles est plus lisse au toucher, quelquefois plissée et gaufrée. Ces taches cutanées ont souvent une importance extrême pour le diagnostic de l’abcès froid. Si vous les rencontrez sur une partie de la surface cutanée, cherchez avec soin dans d’autres régions, presque toujours vous pourrez constater la présence d’autres abcès à divers degrés d’évolution, les uns encore à l’état de gommes plus ou moins dures, d’autres déjà franchement fluctuants.
3° Quand l’abcès froid abandonné à lui-même ne s’est pas résolu, souvent il aboutit alors à l’ouverture spontanée. Le mécanisme de cette ouverture comporte seulement une explication différente de l’explication que nous avons acceptée pour vous rendre compte de l’abcès chaud.
Pour l’abcès chaud, avons-nous dit, la peau distendue amincie, modifiée dans sa nutrition, arrive à s’ulcérer en un point.
Pour l’abcès froid, la peau s’ulcère, parce que la poche envahit la trame cutanée ; les éléments de cette poche modifient, par leur présence, la nutrition de la peau et l’ulcération survient absolument comme dans le cas d’une tumeur qui arrive à subir ce travail pathologique.
En d’autres termes, la paroi de l’abcès se substitue peu à peu à la peau et en amène la destruction. Le fait de l’ulcération dépendrait si peu, d’après Lannelongue,de la distension cutanée, qu’après l’ouverture de la couche tégumentaire on constate souvent que la poche elle-même est encore intacte. Du reste, à un moment donné, cette poche cède à son tour, soit parce qu’elle se déchire quelquefois brusquement sous l’influence d’une condition traumatique quelconque, soit parce qu’elle s’ulcère dans une partie où sa nutrition à été compromise.
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Après cette ouverture, le liquide s’écoule, on voit alors persister pendant un temps plus ou moins long des ulcérations taillées à pic, présentant un fond et des parois bourgeonnantes recouvertes de détritus pulpeux et caséeux, des ulcérations, en un mot, dites scrofuleuses. L’ulcération aboutit à la cicatrisation, quand la source qui fournit le pus, indique l’auteur, est tarie, quand la poche de l’abcès a été détruite spontanément ou par l’intervention chirurgicale. Les cicatrices restent longtemps molles, rouges, humides, recouvertes de croûtes jaunâtres qui en dissimulent la présence.
Gomme pour l’abcès chaud, et à plus juste raison même, pourrait-on dire, la cicatrisation peut ne pas s’opérer après l’ouverture de l'abcès froid, et l’on voit alors persister pendant un temps plus ou moins long un trajet fistuleux.
Les phénomènes locaux liés habituellement à l’évolution de l’abcès froid s’opèrent sans réaction appréciable, le malade n’en est guère averti que par l’apparition d’un gonflement anormal: quelquefois cependant des douleurs locales éveillent l’attention. Thomson a indiqué aussi une certaine élévation de température et les observations de Lannelongue ont constaté ce fait d’une manière précise.
Voici les conclusions qu’il a pu nettement formuler :
1° La température générale du corps présente deux ou trois dixièmes de degré d’augmentation sur l’état normal.
2° Localement, l’augmentation est un peu plus forte.
3° La température s’élève davantage lorsque le travail d’activité de la paroi est plus considérable.
Pour compléter l’étude que nous venons de faire, il est bon de noter encore les observations suivantes :
1° L’abcès froid peut quelquefois se transformer en kyste. La paroi, dans ces conditions, subit une transformation cellulofibreuse, et parallèlement à ces changements, le liquide de la cavité présente de nouveaux caractères. Il devient plus fluide, moins visqueux, quoique toujours un peu filant il se décolore ;
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en devenant plus transparent. Des exemples assez nombreux ont été indiqués par Lannelongue, et tout dernièrement le docteur Ledentu en fournissait aussi une observation à la Société de chirurgie (29 juin 1881). Ges faits ont été souvent regardés par les auteurs comme des observations de kystes du tissu cellulaire ou de kystes du périoste.
2° L’abcès froid devient quelquefois caséeux. Cette modification se rapproche de ce que Paget, dans ses Leçons de clinique chirurgicale, a décrit sous le nom d’abcès résidueux, abcès à contenu solide. Dans ce cas, le liquide se résorbe et le contenu n’est plus alors qu’un amas de substance caséeuse. Alors les caractères de l’abcès froid se modifient, la fluctuation fait défaut et se trouve remplacée par une certaine mollesse, accompagnée d’élasticité; souvent l’on constate aussi une crépitation fine, analogue à celle que l’on remarque au niveau des épanchements sanguins de date récente.
3° Lannelongue a fait ressortir avec beaucoup de sens que les abcès froids, manifestation secondaire d’un état constitutionnel, étaient le plus souvent multiples ; mais, de même que dans le cas d’une tumeur maligne primitive, on voit d’autres tumeurs secondaires apparaître dans d’autres parties de l’économie et dépendre de l’infection locale déterminée par la première tumeur, de même on voit quelquefois des abcès froids survenir à la suite d’une première lésion tuberculeuse qui joue alors le rôle de tumeur primitive. L’abcès froid est dit alors concomitant. C’est ce qui arrive, par exemple, durant le cours des affections chroniques des os.
L’affection chronique des os est habituellement une lésion tuberculeuse. Cette première lésion tuberculeuse joue le rôle de tumeur primitive, et l’on voit ultérieurement survenir, dans des parties plus ou moins éloignées, d’autres grains tuberculeux secondaires qui conduiront, par le processus que nous avons décrit antérieurement, à la création de l’abcès froid. C’est ce qui arrive, par exemple, fréquemment dans les casde spinaventosa.