‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 91 sur 252 · PÉRIODE DE DÉLIMITATION ET D’ÉLIMINATION · texte numérisé non relu

PÉRIODE DE DÉLIMITATION ET D’ÉLIMINATION

3° La motilité se perd à un moment donné comme la sensibilité. Les désordres anatomiques que nous avons signalés au niveau des fibres musculaires rendent compte de ce symptôme. 4° La circulation cesse complètement. En un mot, la chaleur diminue, la sensibilité s’éteint, la motilité cesse, la circulation s’abolit.

A ce moment, les parties exhalent une odeur particulière. Nous reviendrons sur l’étude de ce phénomène à propos de l’examen de la gangrène humide en particulier.

Nous venons d’analyser les phénomènes anatomiques et phy- ■ siologiques de la gangrène confirmée dans les deux premières périodes; viennent ensuite ce que nous avons appelé la période de délimitation et la période de restauration.

Voici, en peu de mots, en quoi ce dernier travail pathologique consiste.

G. Période de délimitation et d’élimination. — 1° Sur les limites des parties gangrenées, lorsque la marche du processus n’est pas fatalement progressive, on voit, à un moment donné, apparaître une ligne d’un rouge plus ou moins vif.

2° Cette ligne rouge cesse brusquement au niveau des portions gangrenées ; elle se perd par des dégradations de teinte de plus en plus normales dans la zone encore intacte. On peut donner à cette ligne la dénomination de ligne congestive : elle acquiert habituellement de 1 à 5 centimètres de hauteur.

3° Après trois ou quatre jours, on voit se former à la limite extrême une petite crevasse, qui ne tarde pas à se creuser pour constituer alors un sillon (sillon d'élimination). Il semble vraiment à ce moment que l’on ait pris un bistouri pour creuser la séparation entre les parties restées saines et celles qui ont été mortifiées.

4° De la profondeur de ce sillon suinte constamment un pus sanieux, mélangé de pus normal et de détritus gangréneux. Ce

QUATORZIÈME LEÇON

sillon creuse peu à peu les tissus plus profonds et pénètre meme au-dessous de l’escarre. L’escarre se trouve ainsi, à un moment donné, complètement séparée, et peut alors s’éliminer.

5° Cette séparation s’opère, en général, en douze ou quatorze jours ; mais bien souvent ce travail d’élimination comporte un temps beaucoup plus long, surtout lorsque la mortification a été plus profonde et qu’elle a frappé des aponévroses et des tendons. La gangrène des os exige toujours plusieurs mois, et lors qu’une grande portion d’un membre a été atteinte, il faut également plus de temps pour que la séparation puisse s’effectuer.

En résumé, cette séparation dépend :

a) Du volume des parties mortifiées ;

c) De l’état général du malade, de ses forces, de son énergie vitale.

6° En même temps que le sillon est le siège de cette inflammation disjonctive ou éliminatrice, il se fait à ce niveau un travail de sécrétion plastique. Ce travail joue, dans le processus gangréneux, un rôle des plus importants. Grâce à lui, les vaisseaux sont oblitérés. Cette oblitération, d’une part, empêche l’hémorragie de se produire, à mesure que la division se fait ; d’une autre part, elle empêche dans une certaine limite l'absorption des produits septiques.

Il y a là vraiment un phénomène de physiologie pathologique des plus importants et des plus spéciaux. Ce sillon d’élimination a pour ainsi dire deux fonctions à remplir :

ia) Une fonction de dissociation, de séparation; b) Une fonction de préservation ; préservation de l’hémorragie et préservation de l’empoisonnement septique.

Dans certains cas, cette dernière fonctionne se réalise, du reste, qu’incomplètcment, et l’on voit alors survenir soit des

b) De leur nature:

Page 1