GANGRÈNE PAR CADA VÈRISATION
3° La gangrène humide ou gangrène avec processus
putride;
4° La gangrène spéciale de l’anthrax, du furoncle, et
J du phlegmon diffus ;
[ 5° La gangrène par nécrobiose : infarctus;
\ 6°La gangrène ulcéreuse ou moléculaire.
Nous vous décrirons les cinq premières formes; nous laisserons de côté seulement la gangrène ulcéreuse ou moléculaire que nous indiquons, mais dont nous aurons à vous présenter l’histoire d’une manière complète seulement à propos de l’ulcération.
1 0 Gangrène par cadavérisation. — Cette dénomination a été proposée par Cruveilhier. La gangrène par cadavérisation, par dessèchement simple, d’après l’expression de Picot, représente, pour ainsi dire, la mort instantanée des parties et leur conservation connue si elles avaient été embaumées. Les parties mortes apparaissent sous l’aspect de celles d’un cadavre frais ou d’un membre que l’on vient d’amputer. Quesnay avait déjà décrit ce qu’il appelait la gangrène blanche. Les exemples en sont, du reste, très rares. La plupart des auteurs de chirurgie n’en citent [aucune observation; Cruveilhier en a cependant rapporté un fait dont il a été témoin, et qui peut donner une idée assez précise de la symptomatologie de cette forme gangréneuse : « Une malade de quatre-vingt-quatre ans, affectée d’une hypertrophie du cœur, depuis plusieurs années, est prise tout à coup d’une douleur très vive au pied et à la jambe gauches, douleur qui va en augmentant et arrache des cris aigus. Le pied et la jambe sont d’un froid glacial, d’une pâleur cadavéreuse, et pourtant la pression la plus légère ne peut être supportée; paralysie complète du pied. »
Pour Cruveilhier, la cause de cette gangrène, dépendrait surtout d’une interception complète et rapidement survenue du cours du sang artériel. Si l’état des parties gangrenées se maintenait ainsi, la définition que nous avons critiquée se trouverait,
QUATORZIÈME LEÇON
au contraire, justifiée, et l’on pourrait dire avec raison que la gangrène est la mort d’une partie de l’organisme ; mais, le plus souvent, l’état de cadavérisation peut être considéré seulement comme la première période de la gangrène. A cette première période en succède bientôt une seconde, qui peut aboutir soit à la gangrène sèche, soit à la gangrène humide.
Picot a fait observer avec assez de justesse que cette sorte de mortification s’observe dans les os nécrosés, qui conservent effectivement leur forme, leur aspect, et dont les ostéoplastes restent parfaitement intacts.
Quelques auteurs regardent aussi comme un phénomène semblable le dessèchement du fœtus dans les grossesses extrautérines ou quelquefois gémellaires lorsque la mort à été prématurée. Dans ces cas, la masse fœtale est presque toujours entourée d’une enveloppe calcaire. Le fait indique que les éléments qui existaient en premier lieu ont continué à subir quelques modifications spéciales.
2 o Gangrène sèche. — Les parties gangrenées se présentent souvent avec les caractères qui constituent ce que l’on a appelé la forme sèche de la gangrène.
Voici à propos de cette forme de gangrène les indications que vous aurez à retenir:
1° La peau prend tout d’abord une teinte violacée qui arrive bientôt à la teinte d’ébène, à la couleur du noir le plus foncé, celle que l’on voit, par exemple, dans les brûlures au sixième degré. Cette coloration paraît tenir à la destruction des globules rouges et à la pénétration des tissus par des granulations d’hématosine.
2° Les parties molles se ratatinent et prennent un aspect semblable à celui de la viande fumée.
3° Tout en conservant à peu près leur forme primitive, les parties molles desséchées, racornies, contractent une dureté ligneuse; on dirait une momie égyptienne, et comme l’indique Cruveilhier, elles en conservent l’inaltérabilité.