GANGRENE SECHE
4° Cette persistance clans la configuration extérieure est quelquefois remarquable jusque clans les moindres détails; ainsi les rangées des papilles de la peau apparaissent souvent plus qu’à l’état normal, à cause de l’amincissement do l’épiderme.
5° En sectionnant les parties, on trouve au milieu des tissus de petits grains noirs, quelquefois de la grosseur d’une tête d’épingle, habituellement de 3 g à 7 g. Ces grains sont d’ordinaire d’une dureté si grande qu’en les laissant tomber ils rebondissent comme une petite pierre. On les prendrait pour de petits morceaux de charbon : ce sont des concrétions sanguines. Valentin et Demmeleur ont donné le nom de corpuscules gangréneux. Raynaud les a considérés comme des éléments normaux des tissus, éléments déformés et incrustés de matière colorante ; cette opinion n’a pas prévalu.
Lorsque l’on parvient à séparer du corpuscule gangréneux une petite portion et qu’on l’examine au microscope, on voit apparaître une belle couleur purpurine. Si l’on ajoute de l’éther on la dissout, et le liquide prend alors une teinte rose.
6° Quelquefois on voit à la surface des parties gangrenées ' apparaître des phlyctènes; le fait est rare, du reste. Raynaud a consigné une observation particulière, c’est que le liquide de la phlyctène peut quelquefois ne pas être placé directement sous l’épiderme, mais bien dans les premières couches du derme.
7° Les éléments mêmes des tissus présentent souvent fort peu d’altérations ; quand ces altérations existent, ce sont les modifications destructives que nous avons indiquées déjà, en particulier pour les fibres musculaires striées, la destruction en disques de Bowman.
8° La gangrène sèche existe plus particulièrement aux membres ou du moins au niveau des parties placées à l’extérieur. Cruveilhier a rapporté cependant quelques exemples de gangrène qu’il a décrits sous lenom de gangrène sèche des poumons.
9° L’odeur de la gangrène sèche est habituellement beaucoup moins fétide que celle de la gangrène humide.
QUATORZIÈME LEÇON
10° Consignons en dernier lieu l’observation suivante : comme les produits septiques sont en moins grande quantité et que les vaisseaux sont presque toujours complètement obli- 1 3rés, les accidents septiques sont moins à redouter, et l’on peut voir souvent des malades atteints de gangrène sèche conserver pendant un temps quelquefois très long les parties ainsi mortifiées, sans présenter des phénomènes généraux très graves. Cruveilhier a cité, par exemple, l’observation d’un jeune enfant qui conserva pendant plusieurs années une jambe momifiée. Le malade continuait à se servir de son membre comme il aurait fait d’une jambe de bois.
En résumé ce qui caractérise surtout la gangrène sèche, c’est :
Sla diminution considérable de la quantité d’eau, le dessèchement des parties, la proportion plus grande du carbone.
La diminution de l’eau au niveau des parties gangrenées peut s’expliquer assez facilement : l’épiderme est habituellement détruit, l’évaporation des parties aqueuses se fait alors facilement ; de plus, comme de nouveaux liquides ne peuvent plus pénétrer au niveau des parties malades par le fait de l’oblitération artérielle réalisée complètement dès le début, et que la résorption des veines et des lymphatiques peut encore continuer à faire disparaître ceux qui existaient, on comprend très bien le dessèchement qui se prononce d’une façon si accentuée.
Pour se rendre compte de la proportion plus grande de carbone, on peut accepter l’interprétation suivante :
Lorsque la gangrène sèche se manifeste à la suite de l’action du calorique, dans les brûlures profondes, la combinaison de l’hydrogène et de l’oxygène des tissus s’effectue sous l'influence de la haute température : le carbone dégagédes combinaisons protéiques est alors mis à nu. Il en est à peu près de même lorsqu’un acide puissant mortifie les tissus j l’hydrogène et