GANGRENE SECHE
l’oxygène des parties atteintes se combinent pour fournir l’eau que l’acide absorbe et le carbone reste. Quand il s’agit de gano-rènes sèches produites d’une façon différente, par oblitération artérielle, par exemple, les oxydations interstitielles se modifient, le peu d’oxygène qui reste suffît pour oxyder l’hydrogène et l’azote des combinaisons protéiques. Le mouvement est trop imparfait pour qu’il puisse se produire de l’acide carbonique, et dans ces cas le carbone apparaît en plus grande quantité.
3° Gangrène humide. — Les parties gangrenées peuvent se présenter sous une forme spéciale qui constitue ce que l’on appelle la gangrène humide.
La gangrène humide ne diffère pas essentiellement de la > gangrène sèche que nous venons de décrire, mais les tissus affectés présentent en plus tous les caractères des matières animales en putréfaction.
Les phénomènes que cette forme de gangrène comporte peuvent se diviser en deux catégories, suivant que la gangrène humide est superficielle ou profonde.
Dans le premier cas, la gangrène existe au niveau de la peau , des muqueuses, ou au niveau d’une plaie. Dans le second, la mortification compromet une épaisseur plus ou moins considérable des tissus ; elle procède habituellement par îlots irréguliers qui finissent peu à peu par se confondre.
Dans l’un et l’autre cas, on voit survenir ce que l’on désigne souvent sous le nom de putrescence, c’est-à-dire que la coloration des parties devient d’un gris terne à peu près uniforme, que la fétidité est plus accentuée, et qu’il se produit une véritable dissociation moléculaire.
Voici, du reste, un exposé plus complet de la scène pathologique.
1° Les tissus se dissocient rapidement, leurs éléments mêmes se détruisent, en présentant les modification-s que nous avons déjà indiquées, et l’on voit apparaître ce que l’on appelle la sanie gangréneuse. Cette sanie gangréneuse est le résultat de
Bürne. — Pulli. chir.
QUATORZIÈME LEÇON
la putréfaction des parties mortifiées. La composition de ce liquide dépend naturellement du siège de la gangrène, et l’on pourrait dire d’une façon assez juste qu’il existe autant de sanies gangréneuses que de gangrènes particulières de telle ou telle partie. Ainsi la gangrène du poumon fournit nécessairement un liquide autre que la gangrène des parties périphériques; l’odeur repoussante et la couleur sale, gris verdâtre, constituent cependant deux caractères généraux et communs. Virchow, un des premiers, a indiqué, en outre, que l’addition d’acide nitrique déterminait habituellement une teinte rosée.
2° La putréfaction entraîne des modifications chimiques spéciales qui aboutissent à la création de produits particuliers. Les uns sont gazeux : lorsqu’ils se développent en grande abondance, ils s’infiltrent dans les tissus et produisent un emphysème considérable. L’on perçoit souvent au niveau des tissus gangrenés une crépitation fine et serrée qui est l’indice de cette infiltration gazeuse au milieu des tissus en voie de destruction. Quelquefois les gaz s’infiltrent dans le tissu cellulaire même des parties saines ; nous insisterons davantage sur la production de ce phénomène en nous occupant des gangrènes traumatiques. La présence des gaz explique l’odeur fétide des parties gangrenées. Ainsi l’on constate habituellement de l’acide sulfhydrique, de l’ammoniaque, du sulfhydrate d’ammoniaque, de l’acide valérianique et de l’acide butyrique, plus rarement de l’hydrure de phosphore et des carbures d’hydrogène inflammables (Demme). D’autres fois, les produits nouveaux se précipitent sous forme solide, et l’on trouve alors une nouvelle quantité de corps nouveaux : des urates, du butyrate d’ammoniaque, de la margarine. La margarine consiste, on le sait, en une combinaison de deux corps gras : la stéarine et la palmitine ; elle se dépose à l’état cristallin. On la voit alors sous forme de fines aiguilles isolées ou réunies autour d’un centre commun à la façon des rayons d’une étoile.
Dans la gangrène du poumon, du foie, de la rate et du pan-