‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 98 sur 252 · GANGRENE HUMIDE (PROCESSUS PUTRIDE · texte numérisé non relu

GANGRENE HUMIDE (PROCESSUS PUTRIDE

qui se produit pendant la putréfaction; sous cette influence, il se forme de l’eau par combinaison de l’oxygène et do l’hydrogène. Les composés albuminoïdes se transforment, en effet, engraisse. Wurtz, en faisant putréfier la fibrine, a obtenu plusieurs composés des acides gras, et l’on a pu constater, dans les mêmes conditions, la transformation de l’albumine cuite. Enfin une partie du carbone est transformée en acide carbonique.

La gangrène humide comporte donc surtout le caractère distinctif suivant :

A la destruction des tissus s’ajoutent en plus les symptômes du processus putride. Ces symptômes aboutissent :

: à la présence de la sanie gangréneuse ; à la formation des gaz ;

— des granulations pigmentaires ;

— des corpuscules granuleux;

des produits insolubles tels

la margarine, la tyrosine, la leucine,

aux trois modifications chimiques que nous venons de signaler

^uej le phosphate ammoniaco - magnésien .

à l’apparition de mycrozoaires;

la plus grande proportion d’eau,

l’augmentation de la graisse, la diminution du carbone.

Ainsi présenté, j’espère que ce tableau, quoique restreint, vous permettra de bien fixer dans votre esprit l’ensemble de cette symptomatologie habituellement assez difficile à étudier dans les auteurs.

Physiologie pathologique comparée de la gangrène sèche et de la gangrène humide. — Après avoir examiné la gangrène sèche et la gangrène humide, rappelons quelques traits distinctifs de ces deux formes, pour mieux saisir le mécanisme de leur physiologie pathologique.

QUATORZIÈME LEÇON

1° Dans la gangrène sèche, avons-nous dit, il y a : Augmentation du carbone,

Dessèchement des parties,

Diminution considérable de la quantité d’eau.

2° Dans la gangrène huftiide :

Diminution du carbone,

Augmentation de la quantité d’eau,

Augmentation de la proportion des graisses.

3° Dans la gangrène sèche :

L’arrêt de la circulation artérielle est complet;

Les liquides peuvent se résorber par les veines et les lymphatiques qui continuent à fonctionner dans une certaine limite; ils s’évaporent sur place, l’épiderme étant détruit. Le carbone reste en excès, ne trouvant plus d’oxygène pour se combiner et faire de l l'acide carbonique.

4° Dans la gangrène humide :

Les veines et les lymphatiques sont oblitérés, l’épiderme est conservé;

Les liquides séjournent, le processus putride s’affirme; Un certain mouvement de décomposition permet au carbone de disparaître sous forme d’acide carbonique;

\ Les substances protéiques se changent en graisse.

Gudin avait essayé de soutenir, en s’appuyant sur quelques observations assez peu nombreuses, du reste, que la gangrène humide correspondait à un trouble circulatoire survenu au niveau des veines; que la gangrène sèche dépendait, au contraire, d’une oblitération artérielle. Cette théorie ne peut être soutenue.

L’opinion de Racle semble plus juste. D’après cet auteur, la gangrène sèche nécessiterait pour sa production une interruption complète de la circulation. Dans les cas de gangrène humide, la circulation ne serait interrompue, au contraire, que d’une manière incomplète.

GANGRÈNE PHLEGMONEUSE — NÉCROBIOSE 359

Il nous reste à vous parler des deux dernières formes de la gangrène que nous avons admises, la gangrène phlegmoneuse et celle qui constitue les infarctus viscéraux.

Quatrième forme de gangrène. Gangrène phlegmoneuse. ___ Cette forme de gangrène paraît spéciale à certaines inflammations, surtout à celles du tissu lumineux. Les parties mortifiées représentent les bourbillons du furoncle, de l’anthrax, du phlegmon diffus. Nous aurons à nous en occuper plus tard d’une manière plus complète.

D’après Robin, on trouverait dans les tissus ainsi gangrenés un grand nombre de granulations jaunes, irrégulières, en partie de nature graisseuse, en partie de nature protéique. L’on ne constate habituellement ni odeur ni processus putride. Nous décrirons, du reste, plus complètement ces phénomènes quand nous nous occuperons des tumeurs inflammatoires phlegmoneuses.

Cinquième forme de gangrène. Nécrobiose. — La cinquième forme de gangrène est constituée par ce que Picot a appelé le ramollissement simple. C’est le processus auquel les Allemands ont donné le nom de nécrobiose. Nous aurons l’occasion de le décrire bientôt en nous occupant de la question des infarctus viscéraux. Ce processus est intimement lié à ce fait qu’une partie d’un organe soustraite à l’influence de l’air atmosphérique se trouve, à un moment donné, privée de circulation.

Le mot de nécrobiose, pour désigner l’ensemble des phénomènes qui se produisent dans ces condition s est certainement assez bizarre; qu’il signifie mort d’un organe vivant, vie d’un organe mort, peu importe. Mais le mot ne fait rien à la chose et il est surtout nécessaire de spécifier si ces phénomènes sont bien une forme de la gangrène ou s’ils constituent un acte pathologique complètement différent. Or, les raisons suivantes permettent, nous croyons, de conclure dans un sens d’identité :

1° La cause est exactement la même: cette cause est, dans les deux cas, l’oblitération artérielle.

QUATORZIÈME LEÇON

2° Ce fait fondamental aboutit également à la cessation progressive de la nutrition dans les parties privées du liquide nutritif.

3° Souvent la véritable gangrène des organes externes coïncide avec des infarctus viscéraux, et, depuis que cette dernière question est mieux connue, les observations de coïncidence sont de plus en plus fréquentes. Bien souvent même il est possible de constater à la fois dans le même organe des traces de véritable gangrène et en même temps des lésions d’infarctus.

Donc la nécrobiose est bien une forme de gangrène se faisant à l’abri du contact de l’air.

Nous avons dû vous indiquer simplement pourquoi nous acceptions cette cinquième forme de gangrène. Nous nous réservons, nous le répétons, de la décrire bientôt complètement, à propos des infarctus viscéraux.

Gangrène ulcéreuse. — Nous ne ferons que mentionner aussi la sixième forme de gangrène que nous avons admise. Nous aurons à nous en occuper seulement lorsque nous traiterons de l’ulcération.

L’étude que nous venons de faire des formes de la gangrène nous permet de ne pas insister sur la marche et sur la terminaison de ce processus morbide. Ajoutons cependant que la gangrène peut être quelquefois circonscrite, quelquefois diffuse, et qu’ enfin les formes diverses que nous avons décrites peuvent souvent se combiner entre elles. Ainsi, dans la gangrène des vieillards, vous rencontrerez quelquefois la forme sèche à la surface des tissus mortifiés, tandis que les parties profondes présenteront les symptômes de la gangrène à processus putride. D’autre part, nous venons de vous faire observer que l’on rencontre fréquemment chez le même malade des symptômes de gangrène et des symptômes d’infarctus.

Le tableau général vous permettra d’envisager d’un seul coup d’œil ces formes diverses.

FORME DE LA GANGRÈNE

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