PANSEMENTS A L'EAU
temps une barrière infranchissable aux germes qui voltigent dans le milieu où le malade respire. On dégage en même temps dans le récipient des vapeurs phéniquées soit en plaçant dans son intérieur un sachet d’acide phénique cristallisé, soit en pulvérisant une solution phéniquée.
Pour achever l’étude des pansements que nous avons placés dans notre première catégorie, il nous reste à examiner les pansements à l’eau et le pansement à découvert.
Pansements à l'eau. — Les pansements à l’eau remontent à une époque très éloignée. Ce moyen si simple a dû, comme vous le pensez, être employé dès les débuts de la médecine. Hippocrate conseillait déjà l’emploi de l’eau pour des affections nombreuses et en particulier pour les plaies.
Gelse se servait comme pansement d’éponges qu’il imbibait d’eau fraîche et qu’il maintenait sur les surfaces blessées.
Au moyen âge, l’eau fut souvent conseillée comme agent de pansement, seulement l’esprit de l’époque était vraiment trop enclin au merveilleux pour que cette pratique d’une simplicité si grande fût acceptée sérieusement. Le moyen âge fut plutôt, au contraire, l’époque où les chirurgiens, sans bien se rendre compte de ce qu’ils faisaient, employaient surtout les divers topiques excitants.
Dans les temps modernes, Tlieden et Lamorier ont appelé l’attention de leurs contemporains sur les bons effets que l’on obtient en se servant de l’eau comme agent de pansement; mais le véritable fondateur du procédé fut Lombard, chirurgien militaire. Lombard consigna ses recherches expérimentales dans des opuscules de chirurgie; son travail date de 1786. Percy, Larrey, Trerello usèrent largement de cette manière de faire, mais leur exemple n’entraîna pas l’ensemble des chirurgiens. Boyer, par exemple, dans son Traité classique, ne mentionne même pas leurs idées. Ce ne fut guère qu’en 1835 que Bérard, alors chirurgien à l’hôpital Saint- Antoine, fît paraître un mémoire très important sur l’emploi des irrigations continues.
Ce mémoire a été très certainement, au moins en France, la principale cause des pansements à l’eau cpii ont été faits depuis. On peut diviser en trois grandes catégories toutes les applications de l’eau au traitement des plaies :
1° Les pansements plus spécialement appelés pansements à l’eau;
2° L’irrigation;
3° L’immersion.
Pansements plus spécialement appelés pansements à Veau. — La description de ces pansements comporte les détails suivants :
1° Placer sur une plaie un objet mouillé.
2° Maintenir cet objet humide pendant un temps plus ou moins long. Les anciens se servaient surtout des éponges. Cette pratique remonte même à Galien. Les praticiens modernes emploient principalement dans ce but la charpie bien préparée. Percy avait institué quelques expériences pour bien se rendre compte des diverses substances capables de conserver le plus longtemps possible leur humidité. Ainsi il prenait des disques de toile, de coton, de futaine, de flanelle, de molleton, tous d’égale grandeur, les imbibait d’eau, puis les suspendait à une même hauteur en ayant soin d’avoir une épaisseur semblable. Dans ces conditions, la toile se sèche très rapidement, la futaine un peu moins vite, la flanelle trois fois moins. Eu définitive, c’est le molleton qui conserve son humidité pendant le temps le plus long. Percy recouvrait quelquefois le morceau de molleton d’une partie de vessie huilée ou d’un peu de taffetas gommé. En agissant ainsi, l’évaporation était encore moindre, l’on obtenait de cette manière le contact de l’eau pendant un temps très long, une température uniforme et une douceur de contact aussi complète que possible.
A l’hôpital de l’Université de Londres, le pansement à l’eau, toater dressing, est à peu près exclusivement employé. Pour le pratiquer, on prend une compresse de lin ou tissu charpie,
PANSEMENT A L’EAU (aMUSSAT)
on la trompe dans l’eau simple, on place par-dessus une pièce de gutta-percha ou de soie huilée pour empêcher l’évaporation du liquide. De temps à autre on arrose la charpie d’une nouvelle quantité d’eau, et si à un moment donné la suppuration est très abondante, on applique une nouvelle quantité de charpie.
Pansement à l'eau cl’ Amassât. — En dernier lieu, Amussat avait recommandé un pansement à l’eau où toutes les indications que l’on se propose de réaliser avaient été remplies; ainsi pour Amussat, le chirurgien qui emploie ce pansement doit chercher à obtenir les résultats suivants :
(1° Humectation constante de la plaie;
2° Empêcher l’eau de s’évaporer;
3° Faire en sorte que les liquides sécrétés puissent
(s’écouler;
4° Favoriser l’absorption de ces liquides à mesure qu’ils s’éliminent.
Pour arriver à ce résultat, son appareil complet comprenait ce qu’ilappelait {'humectant, le crible, Y absorbant et Yinévaporant. Gomme humectant, Amussat employait un disque d’amadou ; sous un petit volume, cette substance est, en effet, susceptible d’absorber une grande quantité d’eau ; son contact est, en outre, d’une douceur exceptionnelle, et sous l’influence de la pression la plus légère, elle cède facilement l’eau dont elle est imbibée.
Le crible aurait pu, à la rigueur, être constitué par un linge légèrement fenêtré légèrement cératé, placé par-dessus le disque d’amadou. Amussat préférait le tulle commun à larges mailles ; l’indication était ainsi mieux remplie.
L’absorbant ôtait habituellement du vieux linge de toile ou de coton plusieurs fois replié sur lui-même.
Pour empêcher le plus possible l’évaporation du liquide, Amussat avait conseillé d’appliquer par-dessus ces diverses pièces que nous venons de décrire une vessie de porc préalablement huilée. Voici, eu dernier lieu, quelques autres détails auxquels l’auteur attachait une grande importance :
1° Autant que possible, l’eau que l’on employait devait être pure, contenir peu de sels en solution.
2° La température devait être à peu près indifférente.
3° Du reste, suivant les effets que l’on désirait obtenir, l’eau pouvait être froide ou chaude.
4° L’appareil devait être renouvelé toutes les cinq ou six heures.
5° Lorsque l’on doit cesser le pansement à l’eau, on ne doit pas procéder brusquement. On commence tout d’abord à diminuer la quantité d’eau que l’on emploie, on change l’appareil moins souvent ; puis l’on arrive peu à peu à suspendre complètement ce mode de pansement.
Sous le titre de pansement simple par balnéation continue, le professeur Lefort a présenté, en 1870, à l’Académie de médecine de Paris, un mémoire dont voici les principales conclusions :
Les indications les plus importantes que le chirurgien doit chercher à réaliser pour le traitement des plaies, peuvent être ramenées aux suivantes :
Mettre la plaie à l’abri du contact de l’air, la modifier, quand il y a lieu, par l’application de certaines substances médicamenteuses.
Entretenir autour d’elles une certaine humidité.
Empêcher la décomposition du pus qui imbibe le pansement.
Maintenir la plaie dans un grand état de propreté.
Prévenir l’adhérence des pièces de pansement.
Détruire les germes qui pourraient être le point de départ d’une infection.
L’auteur rejette d’une manière absolue l’usage des corps gras quels qu’ils soient; dans aucun cas il n’emploie la charpie. La charpie, en effet, à cause de sa faculté absorbante, peut être le réceptacle de germes infectieux. La plaie est recouverte d’une ou de plusieurs compresses trempées dans un mélange d’eau et de un dixième environ d’alcool ordinaire ou d’alcool camphré. Si