‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 11 sur 270 · IRRIGATION CONTINUE · texte numérisé non relu

IRRIGATION CONTINUE

la plaie a besoin d’être excitée, l’on ajoute en diverses proportions, suivant les cas, une solution de sulfate de zinc au dixième. La plaie avec toute la partie correspondante du membre est enveloppée avec un morceau de taffetas ciré, maintenu luimême en place par quelques tours de 'bande. L’évaporation du liquide qui imprègne les compresses ne pouvant avoir lieu, les produits de l’évaporation insensible qui s’opère normalement à la surface de la peau étant retenus, le pansement se trouve transformé en une sorte de bain continu. On obtient, d’après lui, les avantages des bains de Mayor, de Langenbeck, de Valette, sans les ennuis d’appareils difficiles à manier, et qui ne sauraient être d’un usage général.

Quelques mots maintenant sur la deuxième manière de mettre en usage les pansements à l'eau froide. Je veux parler de l’irrigation.

Irrigation continue . — On doit entendre par irrigation continue l’écoulement uniforme d’un liquide à la surface d’une plaie. Ce mot est évidemment mieux choisi que celui d 'arrosement , que l’on trouve dans quelques auteurs. Cette dernière expression peut indistinctement servir pour désigner soit les douches, soit les injections avec une seringue, soit les lotions ordinaires faites avec un linge ou une éponge. Les irrigations continues exigent habituellement quelques appareils spéciaux. Le plus simple est le suivant : un vase rempli d’eau est placé près du patient ou suspendu au-dessus de lui ; un tube en caoutchouc ou une mèche de coton fait office de syplion ; une compresse étendue sur la plaie dissémine l’eau sur toute la surface; une toile cirée sert, en outre, à préserver le lit, et un baquet reçoit l’eau qui a servi. La partie blessée est souvent placée dans des gouttières particulières, gouttière de Leguin (d’Albi), appareil de Debourge. Bérard, qui contribua beaucoup à la vulgarisation de cette méthode, employait toujours de l’eau aussi pure que possible ; il prolongeait l’irrigation de six à quinze jours, suivant la gravité de la blessure. Pour ne pas interrompre

brusquement l’action de l’eau froide, il avait soin, le dernier jour, de faire ajouter de l’eau un peu plus chaude.

Quand une plaie est soumise à l’irrigation, voici, les phénomènes que l’on observe :

lu La température locale s’abaisse.

2° Tout d’abord, le malade éprouve une sensation douloureuse assez prononcée, qui persiste habituellement de dix-huit à vingt- quatre heures.

3° La douleur diminue ensuite, et si les symptômes inflammatoires ont eu de la tendance à se développer, ces symptômes disparaissent.

4° La peau, d’abord décolorée, prend bientôt une teinte rougeâtre violacée. Ce phénomène est dû au ralentissement de la circulation dans les vaisseaux capillaires de la partie refroidie.

5° L’épiderme s’épaissit ; on dirait, à un examen superficiel, que les parties sont étranglées ; mais cet épaississement n’est que le fait de l’imbibition des tissus. Dès que l’irrigation est suspendue, le phénomène cesse.

Les partisans de ce mode de pansement affirment que sous l’influence de ce moyen les bourgeons charnus se développent dans d’excellentes conditions, que la cicatrisation s’opère facilement, que même la réunion par première intention n’est nullement entravée lorsque les lèvres de la plaie ont été mises en contact.

Les adversaires de la méthode font, au contraire, valoir que les bourgeons charnus sont habituellement pâles, que la suppuration est fluide, de mauvais aspect, que la mortification des tissus survient fréquemment, que des accidents généraux d’une gravité exceptionnelle, le tétanos, par exemple, sont observés souvent dans ces circonstances.

En somme, comme appréciation générale, il est convenable de s’en tenir à une opinion moyenne. Les accidents que nous venons designàler surviennent effectivement souvent. Qu’ils soient occasionnés par l’emploi mal appliqué de la méthode, c’est possible; mais n’importe, il faut les redouter sérieusement. Dans les cas où

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