‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 105 sur 270 · PRONOSTIC DIS LA BRULURE · texte numérisé non relu

PRONOSTIC DIS LA BRULURE

tisme déterminé par une brûlure, l’inflammation peut toujours se développer et augmenter ensuite dans des proportions quelquefois considérables.

Gomme conclusion pratique, souvenez-vous que les lésions sont presque toujours plus profondes qu’on ne le pense tout d’abord; ayez par conséquent l’habitude d’exagérer un peu lorsque vous serez appelés à vous prononcer sur le degré de gravité d’une brûlure.

Il est souvent très difficile d’établir la distinction entre le quatrième et le cinquième degré; quelques chirurgiens ont conseillé, dans ces cas douteux, de traverser les escarres avec des aiguilles à acupuncture, de façon à juger de la profondeur à laquelle on trouve une sensibilité normale. Il nous semble inutile, pour ne pas dire dangereux, de tenter l’application de ce moyen de diagnostic.

3° Pour affirmer si une brûlure a été produite sur le vivant ou sur le cadavre, la présence des phlyctènes, celle du pus, la constatation du cercle de Ghristison vous permettront souvent de résoudre le problème. Nous n’avons pas à insister sur ces questions de médecine légale.

Pronostic. — Le pronostic d’une brûlure varie beaucoup suivant

I l’étendue, le degré,

l’importance des parties brûlées, l’âge des sujets et leur valeur constitutionnelle. L’examen de l’étendue d’une brûlure est d’une importance capitale ; la classification de Gerdy mérite, sous ce rapport, d’être prise en grande considération, parce qu’elle permet de formuler d’avance des appréciations de pronostic assez exactes. Ainsi, aux brûlures d’une petite étendue correspond habituellement un pronostic de peu de gravité. Dans le cas de brûlure d’une étendue moyenne le pronostic sera plus grave ; si la brûlure est d 'immense étendue , la gravité est toujours exceptionnelle.

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Le pronostic, avons-nous dit, est subordonné au degré. Les brûlures des deux premiers degrés sont habituellement peu graves, à moins qu’elles ne soient très étendues ou que des parties très importantes n’aient été compromises. Plus la brûlure sera d’un degré élevé, plus il y aura d’inflammation, de suppuration, de perte de substance. 11 est évident que le siège de la brûlure modifiera beaucoup la gravité du pronostic. Il est d’observation clinique que les brûlures au niveau des parois thoraciques offrent toujours, toutes conditions égales, une gravité plus grande ; les complications ultérieures, soit du côté du poumon, soit du côté du cerveau, sont, dans ces cas, plus à redouter. Lorsque les brûlures siègent au niveau des membres dans le sens de la flexion, le pronostic doit être considéré comme plus grave. Les rétractions consécutives, provenant de la cicatrisation, sont alors plus à craindre. Dupuytren insistait particulièrement sur ces divers détails.

Par rapport à l’âge, voici quelques observations importantes à retenir. Guersant, dans son traité de pathologie externe des jeunes enfants, a cherché à démontrer la gravité toute spéciale de la brûlure dans le jeune âge. A cette période de la vie, en effet, les congestions consécutives sont plus faciles ; en outre, au moment même où l’accident se produit, le jeune enfant est plus fortement atteint, il sait moins échapper à l’action combu rante. Chez le vieillard, le pronostic est aussi plus grave, les forces vitales sont diminuées, et l'on comprend bien qu’il ait une résistance moindre à opposer aux effets pathologiques que la brûlure entraîne.

La question du pronostic comporte tout naturellement l’appréciation de la durée d'une brûlure ; cette appréciation ne peut jamais être faite que d’une manière approximative. V oici cependant quelques données qui pourront vous servir pour résoudre ce problème.

1° La durée d’une brûlure du deuxième degré est habituellement de treize à dix-sept jours, quinze jours en moyenne.

TRAITEMENT DE LA BRULURE

2° Une brûlure clu troisième degré dure à peu près vingt-lmit jours.

3° Au quatrième et au cinquième degré, l’évolution nécessite environ trois mois. Du reste, il faut tenir compte de ce qu'en général la cicatrisation de la plaie provenant d'une brûlure se fait rapidement dans les premiers jours, et que la réparation se continue ensuite avec plus de lenteur. En un mois, par exemple, au début, 5 ou 6 centimètres peuvent être facilement cicatrisés; plus tard, pour obtenir le même résultat, il faudra souvent le double de ce temps.

Une dernière remarque doit être faite : quelques observations prises dans le service de Dupuytren semblent faire penser que des brûlures assez considérables peuvent être l’occasion de la guérison de crises épileptiques invétérées. Portai a cité aussi quelques faits de guérison à la suite de brûlure accidentelle, ils dépendent peut être de modifications effectuées par le fait de l’accident au niveau des extrémités nerveuses chargées de transmettre Y aura aux centres nerveux. L’observation suivante relatée dans la Gazette des Hôpitaux do 1866, semblerait venir à l’appui de cette opinion. Une petite fille âgée de neuf ans, épileptique depuis sa naissance, contiacte une angine; des cautérisations très énergiques sont pratiquées dans la gorge, et l’épilepsie est arrêtée. Il ne faudrait pas cependant attacher à ces faits une trop grande importance, car, dans quelques circonstances, des observateurs ont noté que l’épilepsie succédait parfois à des brûlures très graves.

Traitement. — Il nous reste, en dernier lieu, à vous parler du traitement de la brûlure. Cette lésion partage avec quelques autres affections le privilège d’avoir excité à un haut degré l’imagination des thérapeutistes. Il n’est peut-être pas de lésion chirurgicale en faveur de laquelle on ait recommandé l’emploi d’un aussi grand nombre de remèdes. Nous n’essaierons

pas de les passer tous en revue; pour nous, la brûlure, loin de se présenter comme une maladie simple dans sa nature et dans ses phénomènes, est une lésion éminemment complexe qui ne doit pas être guérie par un moyen unique et invariable ; elle exige des traitements différents en rapport avec les divers degrés, et au lieu de vous détailler plus ou moins longuement tous les remèdes qui tour à tour ont été proposés, il nous paraît plus logique de vous énoncer les indications qui doivent être réalisées.

La brûlure déterminant des accidents locaux et des accidents généraux, on devra tout d’abord distinguer un traitement local et un traitement général. Le premier est destiné à combattre les phénomènes locaux, le second s’adresse aux phénomènes généraux .

Traitement local. — Le traitement local comporte les indications suivantes :

1 1° Donner les premiers soins au brûlé ;

2° Combattre directement la douleur;

13° Lutter contre l’inflammation consécutive;

4° Favoriser le détachement des parties escarrifiées ; 5° Activer la cicatrisation ;

6° Surveiller ce travail pour éviter, autant que possible, les difformités cicatricielles ;

7° Pratiquer parfois l’amputation de la partie brûlée.

1 0 Premiers soins. — Il faut tout d’abord débarrasser les parties brûlées des corps étrangers, enlever les restes de vêtements. Vous aurez soin de procéder avec des ménagements extrêmes, en évitant de déchirer les phlyctènes et d’enlever l’épiderme. S'il existe des phlyctènes volumineuses, vous devrez les percer avec un stylet très fin, faire écouler la sérosité, et permettre à l’épiderme de protéger les surfaces profondes en se replaçant sur

elles.

2° Combattre directement la douleur. — De nombreux moyens ont été prop osés pour réaliser cette indication. Heister,

TRAITEMENT LOCAL DE LA BRULURE

qui s’était occupé de cette question d’une façon un peu spéciale, les divisait en deux catégories : des émollients et des résolutifs. Nous préférons la classification suivante :

a) Réfrigérants;

b) Bains tièdes ;

c) Astringents ;

d) Moyens capables de soustraire les parties au contact de l’air extérieur.

a) Réfrigérants. — Parmi les réfrigérants, choisissez surtout l’eau froide, l’eau quelquefois légèrement glacée, employée en lotions, en irrigations, en bains. L’usage des réfrigérants est indiqué surtout quand il s’agit de brûlures des membres, surtout de celles des membres inférieurs. Lorsque la brûlure siège au niveau des parois du tronc, l’application des réfrigérants doit être le plus souvent laissé: de côté. Thomson a, dans ces cas, signalé un des premiers le danger de soumettre le blessé à un refroidissement un peu sérieux. Hervez de Chégoin ( Union médicale , 1850) conseillait, l’emploi de l’eau froide dans les seules brûlures du premier degré, et Guersant n’employait ce moyen que dans celles de peu d’étendue.

Gomme l’application du froid entraîne dans quelques circonstances une anesthésie assez complète, on a cherché tout naturellement à en utiliser le bénéfice pour le traitement; ainsi Horvath conseille, pour calmer les douleurs de: parties brûlées, l’alcool ou la glycérine refroidis à zéro ou audessous.

b) Bains tièdes. — Il est souvent préférable de plonger le brûlé dans un bain tiède de 25°, 30° ou 32°. Cette température suffit pour que le malade éprouve un grand soulagement, sans que l’on détermine cependant un abaissement de température trop considérable. Hébra a conseillé parfois la prolongation des bains pendant plusieurs jours. En employant le bain tiède pendant longtemps, on diminue la douleur, on

obtient, pour ainsi dire, la macération de l’escarre, et l’on favorise son détachement ultérieur; on empêche ainsi le pus de s’accumuler dans les parties déclives.

En réchauffant le bain, on peut s’opposer dans quelques circonstances à l’abaissement d température qui tend souvent à se produire.

c) Astringents. — On peut maintenir quelquefois sur les parties blessées de l’eau avec addition de substances médicamenteuses, le plus souvent astringentes : eau légèrement vinaigrée ou additionnée d'alun, d’acétate de plomb. Lisfranc donnait la préférence à une solution de sel ordinaire. Pour lui, le chlorure de sodium calmait les douleurs et agissait en même temps comme résolutif; il recouvrait tout d’abord les parties avec des compresses fenêtrées enduites de cérat, par-dessus lesquelles il appliquait des plumasseaux de charpie fortement imprégnée de la solution saline.

En 1845 (Gazette médicale de Paris), le docteur Masherpa a obtenu de très bons effets d’une solution étendue de créosote, 20 à 30 gouttes pour 125 grammes d’eau. L’application de cette solution continuée pendant quelques jours diminue la douleur dans des proportions considérables.

L’eau de laurier-cerise à la dose de 10 à 12 grammes pour 100 grammes d’eau donne quelquefois de bons résultats.

Gomme topiques légèrement astringents, nous vous signalerons encore deux moyens d’une certaine valeur: l’emploi de la gelée de groseilles et l’application de pomme de terre râpée. Bonnet (de Lyon) conseillait souvent cette dernière substance, qui agit, en effet, comme réfrigérant et comme astringent, à cause du tannin qu’elle renferme.

d) Moyens protecteurs. — Souvent on arrive à calmer la douleur en soustrayant la partie bridée au contact de l’air extérieur. On emploie alors ce que l’on peut dénommer les topiques protecteurs, et ils sont nombreux. Chassaignac se

TRAITEMENT LOCAL DE LA BRULURE

contentait de saupoudrer simplement les parties avec de la poudre d’amidon ; d'autres chirurgiens ont employé la poudre de riz, de lycopode, le sous-nitrate de bismuth, le talc, le carbonate de chaux. On utilise quelquefois dans les campagnes la toile d’araignée.

Parmi les moyens les plus importants, il en est un qui agit dans ce sens, le coton, déjà connu des anciens, et remis en honneur par le docteur Anderson (de Glasgow). C’est à l’hôpital de cette ville que les essais ont été tentés sur une grande échelle. Anderson recommande tout d’abord d’évacuer avec précaution la sérosité des phlyctènes, ensuite il conseille de laver soigneusement les parties soit avec de l’eau tiède, soit, dans les cas de brûlures peu profondes, avec de l’alcoolat de lavande ou de l’huile de térébenthine. Le coton est ensuite appliqué par couches régulièrement superposées.

Le duvet du typha a été employé aussi de la même manière. Ce duvet peut être mélangé avec une certaine quantité d’axonge. Le docteur Vignat, dans sa thèse (Paris 1833), a indiqué ce procédé. Legouet dit l’avoir mis en usage avec un plein succès.

Le professeur Laugier plaçait sur les parties traumatisées un morceau de baudruche, il étalait par-dessus une solution de gomme, et répétait ce pansement deux ou trois fois. Lorsque la suppuration avait lieu, il conseillait de pratiquer quelques petites ouvertures pour favoriser l’écoulement des liquides nouveaux qui se sécrètent à ce moment. Bretonneau, Richerand, Velpeau ont préconisé l’emploi de la compression méthodique en appliquant sur les parties brûlées des bandelettes de diachylum, après avoir soigneusement percé les phlyctènes. Quelquefois, pour préserver les parties brûlées, on met en usage l’emploi de corps gras’ tels que des compresses enduites de substances graisseuses, les bains locaux d’huile. En 1860, le docteur Wislet a rapporté dans la Gazette des hôpitaux plusieurs observations où l’emploi de l’huile d’olives a fourni

les meilleurs résultats. La douleur est calmée, les parties deviennent beaucoup plus pâles et semblent comme macérées, un peu gonflées, mais elles restent à peu près indolores. Dans la relation des blessures produites par l’explosion de la chaudière du yacht royal, le Comte d'Eu , le docteur Moras trempait dans de l’huile des draps de lits et en enveloppait les malheureuses victimes de l’accident. Le docteur Cahoun ( Gazette médicale des hôpitaux, 1866) recommande de faire dissoudre dans l’huile le principe actif du mélilot bleu.

Le Uniment oléocalcaire, mélange d’huile de lin et d’eau de chaux est un topique huileux dont on se sert bien fréquemment. Il est facile et convenable d’y ajouter une certaine quantité de substances calmantes, opium ou eau de lauriercerise. Ainsi Guersant conseillait habituellement chez les enfants brûlés le topique suivant :

Décoction de laitue 150 grammes.

Huile d’amandes douces 20 —

Essence d’amandes amères 2 gouttes.

En 1850, Valette employait le collodion. L’emploi du collodion ordinaire est loin d’avoir une efficacité réelle. Si l’on voulait user de ce procédé, mieux vaudrait se servir d’un collodion plus doux, mélangé avec une certaine quantité d’huile de ricin.

Pour les brûlures au premier degré et de petite étendue, Hunter conseillait d’approcher de nouveau les parties d’une source de calorique assez intense. L’action de la chaleur agirait dans ces conditions en déterminant la contractilité des vaisseaux, et la douleur augmenterait un instant pour disparaître définitivement.

En 1870, le docteur Marin (de Genève) a cherché à favoriser la sortie du liquide des phlyctènes par l’exosmose. Il prescrit pour cela d’appliquer sur les brûlures du deuxième degré des liquides plus denses que la sérosité des phlyctènes, une liqueur

TRAITEMENT LOCAL DE LA BRULURE

sucrée, par exemple, ou une solution de sel. Pour lui, l’emploi de l’eau pure est contre-indiqué; l’eau, en effet, est absorbée, et la phlyctène tend plutôt à augmenter. Il est également convenable d’éviter les pansements avec les corps gras. L’application de ces corps empêcherait, suivant cet auteur, le courant exosmotique de se produire.

3° Combattre V inflammation. — 11 faut souvent chercher à s’opposer dès le début aux accidents inflammatoires. Pour arriver à ce résultat, vous pourrez appliquer quelques cataplasmes émollients. Comme moyen antiphlogistique substitutif, on conseille parfois l’emploi du nitrate d’argent; ainsi vous trouverez dans les Archives de Médecine de 1851 (t. XXVII) une observation due au docteur Katt. Un homme avait été brûlé au visage, à la poitrine et au ventre ; on étendit sur les parties brûlées une mixture faite avec de l’huile de lin contenant une certaine quantité de nitrate d’argent. Une heure après le premier pansement, les douleurs avaient presque disparu, la surface était recouverte d’une couche brunâtre sèche à peu près insensible. Le nitrate d’argent, ainsi employé avec l’huile, forme une couche protectrice qui a l’avantage en même temps d’être élastique.

Billroth conseille un moyen à peu près analogue, il place sur les parties brûlées soit une solution légère de nitrate d’argent (50 centigrammes pour 100 grammes d’eau), soit une pommade au nitrate d’argent, avec une faible proportion de nitrate.

Quelques auteurs conseillent parfois l’application de sangsues. Vous devrez toujours être très réservés dans l’emploi de ce moyen, surtout dans les cas où vous aurez à traiter des brûlures du troisième et du quatrième degré; ménagez les forces du blessé qui devront suffire à une longue réparation ; mieux vaut combattre les symptômes inflammatoires par des applications plus douces, plus protectrices, ou par l’emploi mieux combiné de la médication locale réfrigérante.

Nous venons jusqu’à présent de passer en revue le traitement local applicable surtout aux brûlures du premier, du deuxième et même du troisième degré, c’est-à-dire des brûlures dans lesquelles il n’y a pas de production d’escarres ou du moins dans lesquelles les escarres produites ne sont que de peu d’importance. Pour les brûlures du quatrième, du cinquième et du sixième degré, le chirurgien devra, en outre, réaliser les indications que nous avons signalées antérieurement :

4° Favoriser le détachement des escarres ;

5° Favoriser la cicatrisation ;

6° Surveiller cette cicatrisation pour éviter autant que possible des cicatrices difformes;

7° Réaliser quelquefois l’amputation des parties bridées.

Voici, sur ces divers points, quelques indications restreintes; nous ne pouvons pas évidemment entrer dans des détails trop complets.

Au moment où les escarres se détachent, deux partis peuvent être pris; l’un, conseillé par Dupuytren, consiste à employer surtout un traitement antiphlogistique local; l’autre, conseillé par Larrey, a pour but, au contraire, d’exciter à ce moment la vitalité des tissus par des pansements à la pommade au styrax. Réservez-vous d’agir dans tel ou tel sens, suivant la nature des symptômes.

Gomme conseil général, vous vous souviendrez de ne pas trop vous hâter pour enlever les escarres; vous risqueriez souvent, en agissant ainsi, de déchirer des vaisseaux susceptibles de laisser écouler du sang. Si des liquides putrides séjournent au niveau des parties profondes, sachez favoriser leur écoulement. C’est alors qu’il faudra employer les pansements antiseptiques. Rusch (de Ronn) a montré, au sixième Congrès de la Société allemande (Revue de Langenbeek) tout le parti que l’on pouvait tirer, dans ces cas, du pansement à l’acide phénique.

TRAITENENT LOCAL DE LA BRULURE

Quand il s’agira de favoriser la cicatrisation, rappelez vous que le travail de réparation se fait toujours très lentement au niveau des plaies à la suite de brûlures. Changez souvent le mode de pansement pour réveiller la tendance cicatricielle. Dans ces conditions, les bourgeons charnus devenant souvent exubérants, fongueux, touchez-les fréquemment avec le crayon de nitrate d’argent. Guersant recommandait pour les enfants de saupoudrer la plaie avec un mélange de poudre d’alun et de sucre. C’est un moyen que nous avons eu l’occasion d’employer très souvent dans notre service de chirurgie, et que nous considérons comme un des meilleurs procédés pour hâter la cicatrisation de ces plaies bourgeonnantes.

Vous surveillerez surtout la cicatrisation au niveau des orifices naturels. Souvent, au niveau des membres, vous pourrez, pour hâter le travail de réparation, avoir recours à l’application des greffes épidermiques.

Lorsque les brûlures des membres sont très considérables et que, selon toute vraisemblance, le blessé ne pourra suffire aux frais delà réparation, l’amputation peut être jugée indispensable. Les auteurs du Compendium ont donné à ce sujet des renseignements assez complets :

1° L’amputation est souvent nécessaire, dans les cas où une grande articulation a été ouverte .

2° Lorsque l’escarre comprend dans son épaisseur les nerfs et les vaisseaux les plus importants d’un membre, on voit presque toujours apparaître, à un moment donné, des symptômes de gangrène : il faut alors procéder rapidement à l’amputation.

3° Dans les brûlures du sixième degré, lorsque toute l’épaisseur d’un membre est réduite en une véritable masse charbonneuse, l’opération est indiquée pour soustraire le blessé à tous les accidents que comporte l’élimination naturelle des parties lésées.

4° Lorsque vous serez obligés d’inter venir par une amputation, souvenez-vous de ne jamais pratiquer l’opération dans les pre-

Bernb. — Pat/i. chir ., II.

micrs moments qui suivent l’accident, lorsque le blessé est encore plongé dans l’état do stupeur; n’intervenez pas non plus au moment de la réaction inflammatoire, surtout lorsque les symptômes inflammatoires généraux se sont développés. Pendant la période d’attente, si des phénomènes de putréfaction surviennent, imbibez les parties mortifiées de liquides antiseptiques, embaumez-les en quelque sorte, afin de pouvoir agir plus tard sans avoir à redouter les effets locaux de la putridité.

Traitement général. — Nous venons de vous exposer le traitement local de la brûlure, il nous reste maintenant à vous indiquer en quoi consiste le traitement général.

Pendant la première période, la douleur est aussi le symptôme général qu’il faut combattre; le traitement local doit être, avonsnous déjà dit, dirigé dans ce sens; tantôt la douleur s’accompagne d’une vive excitation, administrez, dans ce cas, de l’opium à haute dose; tantôt les forces du blessé sont complètement accablées, administrez alors quelques alcooliques, du punch, du vin chaud.

Dans la période de réaction, vous aurez à combattre les localisations inflammatoires qui peuvent survenir.

Dans la période d’affaissement, soutenez les forces du malade, (alimentation reconstituante vin de quina), modifiez aussi rapidement que possible l’état du sang pour diminuer d’autant la possibilité de voir se produire les embolies qui souvent, comme nous l’avons indiqué, deviennent l’occasion des morts subites que l’on observe à ce moment.

En résumé:

TRAITEMENT DE LA BRULURE

TRAITEMENT DE LA BRULURE

A. Traitement local.

B. Traitement général.

Premiers

soins.

A. Traitement, local. .

2° Combattre la douleur.

4° Moyens protecteurs.

B Traitement] général. .

Débarrasser les parties brûlées des débris de vêtements, des corps étrangers.

Précautions extrêmes pour ne pas crever les phlycténes ; les percer. Laisser l’épiderme se replacer sur les parties profondes.

1° Réfrigé- ( Compresses d’eau froide, rants j Bains locaux fx-oids.

( Irrigation.

Émollients I Pa'MS ti®des» quelquefois pendant ( plusieurs jours (Ilebra).

Eau vinaigrée.

3» Astringents. ( Solution de sel marin (Lisfranc).

Solution étendue de créosote.

Pomme de terre râpée (Bomxel).

/ Ie Poudre d’amidon, poudre de lycopode, bismuth, camphre.

2° Coton (Anderson).

3° Baudruche gommée (Laugier).

4° Compresion. Bandelettes de diachylum (Bretonneau, Velpeau).

5° Corps gras. Liniment oléocalcaire. Bains locaux.

6° Collodion (Valette).

7° Comp. imbibées d'eau sucrée (Marin, de Genève). Favoriser l’exosmose du liquide des phlyctènes.

3° S’opposer à l’inflammation/ consécutive.

4° Favoxûser la chute de l’escarre.

5° Favoxûser la cicatrisation.

6° Surveiller cette cicatrisation * pour empêcher la difformité.

7° Quelquefois indication d’amputation.

/ 1° Pendant la première période moyens généraux pour calmer la douleur.

Sides phénomènes d’excitation I q ont lieu. j

Si, au contraire, ce sont des) gubsthnces alcooliques et opium, phénomènes d’accablement. )

) 2° Pendant la période de réac-i Lutter contre les localisations intion. ) flammatoires qui peuvent survenir.

3° Pe“da111 la l)él’iode d'afl'ais’ ( Soutenir les forces du blessé, sement.

Pour les brûlures seulement des troisième, quatrième, cinquième et sixième degrés.

Brûlures par le grisou. — Symptômes locaux. — Symptômes généraux. — Résumé des caractères des brûlures par le grisou. — Brûlures par la vapeur d’eau. — Symptomatologie spéciale. — Souvent ces brûlures ne sont pas tout d'abord très douloureuses. — Brûlures occasionnées par la déflagration de la poudre. — Teinte noirede ces brûlures. — Du coup de chaleur. — Définition. — Division. — Coup de soleil et coup de chaleur. — Etude du coup de soleil. — Premier degré. — Deuxième degré. — Troisième degré. — Le troisième degré constitue le coup de chaleur proprement dit. — Etude du coup de chaleur. — Symptomatologie. — Période vague. — Période prodromique. — Trois symptômes. — Chaleur excessive à la peau. — Constriction épigastrique. — Envies fréquentes d'uriner. — Quelquefois, après ces symptômes, mort rapide. — Quelquefois retour àla santé. — Formes diverses admises par quelques auteurs. — Formes asphyxique, — syncopale, — mixte du professeur Lacassagne. — Pronostic. — Diagnostic. — Anatomie pathologique. — Pathogénie : 1° Pour les uns, l’altération du sang peut rendre compte de la mort. — Théorie de Bonnyman. — Théorie de Wood. — Théorie d’Obernier. — Théorie d’Eulemberg et Yohl. — Théorie de Chossat.— 2° Pour quelques auteurs, l’altération première existe du côté du système nerveux. — Opinions de Baxter, de Nordfield, Jones, Robert Little. — 3° Pour d’autres, la lésion existe tout d’abord du côté du système musculaire. — Observations de Cl. Bernard, de Kuhne, de Yalin. — Enchaînement des divers symptômes. — Expérimentation sur l'animal. — Traitement. — Combustion spontanée. — Historique. — Théories explicatives. — La combustion spontanée n’est qu’une brûlure du sixième degré.

Messieurs,

Après l’étude de la brûlure en général, nous vous donnerons aujourd’hui quelques détails sur certaines brûlures en particulier : les brûlures par le grisou, celles occasionnées par la vapeur d’eau, et par la déflagration de la poudre. Nous terminerons cette leçon par quelques considérations sur la combustion spontanée et sur l’insolation.

Brûlure 'par le grisou. — Les brûlures par le grisou ont

donné lieu, dans ces dernières années, à quelques mémoires spéciaux. Nous vous signalerons, entre autres, un travail du docteur Bourguet, publié en 1875 dans la Gazette des Hôpitaux de Paris.

Dans les cas d’explosion de grisou, il y a trois sortes d’accidents à considérer :

ILa brûlure proprement dite,

L’asphyxie résultant de la production du gaz délétère, Des lésions traumatiques.

La brûlure est occasionnée par la tiamme résultant de l’explosion ; cette tiamme est à une température des plus élevées, 500° environ, d’après le docteur Bourguet. Néanmoins, grâce à l’instantanéité avec laquelle le phénomène de la combustion se produit, les parties ne présentent souvent que des brûlures du premier et du deuxième degré. Le docteur Bourguet n’a jamais été témoin de brûlures au troisième degré.

L’instantanéité de la combustion explique aussi pourquoi la brûlure des cheveux et de la barbe est souvent incomplète, c’est aussi le motif pour lequel certains points du corps sont rarement atteints, le conduit auditif, par exemple, le creux axillaire, les espaces interdigitaux. Si certains points de la surface du corps jouissent d’une sorte d’immunité, à plus forte raison les cavités muqueuses doivent-elles échapper à l’action comburante; c’est effectivement ce que l’expérience démontre. Ainsi les paupières elles-mêmes ne sont jamais brûlées à leur surface interne, pas plus que les globes oculaires qu’elles recouvrent. Les brûlures de la muqueuse respiratoire sont aussi très rares, et les lésions que l’on rencontre du côté du larynx ou des bronches ne sont que des lésions consécutives. Pour ces dernières parties cependant, quelques auteurs ont émis une opinion différente. Ainsi le docteur Riembaud (de Saint-Etienne) dit avoir constaté assez fréquemment des brûlures de la bouche et de l’arrière-bouche. Voici les symptômes que vous noterez :

1° Les parties brûlées présentent de l’érythème, des phlyctènes; souvent l’épiderme est enlevé sur quelques points.

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