COUP DE CHALEUR
comprend. C’est, en effet, une maladie peu connue dans nos climats, mais qui se rencontre cependant et que l'on observe assez souvent chez les soldats qui font partie d’une armée en marche.
Le Traité de Pathologie externe de Jamain contient quelques indications assez précises sur cette question, et depuis ces dernières années des travaux importants ont été produits sur ce sujet; nous vous signalerons surtout les leçons de Cl. Bernard, ( Revue des cours scientifiques , 1871), un mémoire de Valin publié dans les Archives de Médecine de 1870, une excellente thèse de Hestres (Paris 1872), et de nombreux mémoires anglais et allemands, que nous aurons bientôt l’occasion d’apprécier.
Voici l’ordre que nous proposons de suivre :
1° Nous vous décrirons tout d’abord le coup de soleil;
2° Nous examinerons ensuite le coup de chaleur.
Coup de soleil. — Le coup de soleil peut se diviser en trois degrés.
Le premier constitue le coup de soleil vulgaire, c’est une brûlure du premier degré. La peau présente une rubéfaction légère, un érythème plus ou moins accentué avec une sensation assez forte de chaleur, de cuisson ou simplement de démangeaison. On constate très rapidement une desquamation épidermique prononcée. Il n’y a pas habituellement de symptômes généraux.
Au deuxième degré, les symptômes locaux sont un peu plus graves : on trouve sur la peau qui a été soumise à l’action du soleil des vésicules , des phlyctènes à contenu tantôt incolore, tantôt sanguinolent. C’est la brûlure du deuxième degré ; les symptômes généraux sont à peu près nuis.
Au troisième degré, surviennent des symptômes généraux plus ou moins graves, c’est alors le coup de chaleur proprement dit, pouvant survenir, comme nous venons de le dire, sous 1 influence des rayons solaires, mais pouvant dépendre aussi de 1 action de toute chaleur excessive quelle qu’en soit
qu’en soit l’origine. Les chauffeurs, les fondeurs, les verriers peuvent souvent en ressentir les effets.
Passons en revue l’étiologie, la symptomatologie, le pronostic, l’anatomie pathologique, la pathogénie et le traitement du coup de chaleur proprement dit.
Coup de chaleur proprement dit. — Gomme il est facile de le prévoir, le coup de chaleur se rencontre surtout dans les pays de la zone torride. A Cayenne, ces accidents sont fréquents; ils sont aussi fréquents en Chine, dans les Indes et pendant la traversée de la mer Rouge. On observe néanmoins le coup de chaleur dans nos climats, sur les moissonneurs, par exemple, et, pendant les jours de l’été, sur les soldats en marche. En 1877, notre collègue, le professeur Lacassagne a relaté, à la Société des hôpitaux de Paris, 130 cas de coups de chaleur survenus à la suite d’une revue. Du reste, les expériences de Valin ont démontré que, sous notre latitude, la chaleur est beaucoup plus considérable que ne semblerait le faire penser l’élévation thermométrique. La boule du thermomètre est lisse, polie ; elle constitue ainsi un véritable miroir convexe, sur la surface duquel viennent frapper les rayons lumineux. Il y a donc toujours une perte considérable de chaleur par réflexion, et, comme conséquence, le degré indiqué par l’instrument peut être appréciécomme bien au-dessous du degré réel. Pour Valin, par exemple, alors que le thermomètre placé au soleil marque 31°, un autre thermomètre placé sous une feuille de ouate noire atteint 80°.
Les effets de la ’ chaleur sont ressentis plus vivement par des sujets fatigués, placés dans de mauvaises conditions hygiéniques. L’affection se produit surtout pendant les journées accablantes qui précèdent les orages : lorsque, en effet, l’air est saturé d’humidité, la sudation est moins facile, et la résistance à la chaleur plus faible. Lorsqu’une troupe de soldats est en marche, la plupart des médecins militaires ont observé que ce sont habituellement les hommes placés au centre de
COUP DE CHALEUR — SYMPTOMATOLOGIE
la colonne qui sont le plus souvent frappés; car, à cet endroit, Pair circule plus difficilement, et la chaleur, par conséquent, y est plus forte.
Symptomatologie. — Lorsqu’un sujet est soumis à une température élevée due à l’ardeur des rayons du soleil ou à toute autre cause, on voit, surtout s’il est déjà dans de mauvaises conditions de santé, se produire tout d’abord quelques phénomènes assez vagues de malaise; l’individu se plaint de pesanteur de tête, il accuse un sentiment de faiblesse générale, principalement aux membres inférieurs; il présente de l’inaptitude à tout travail et ressent un grand besoin de sommeil. Il survient alors une période prodromique s’accusant par quelques phénomènes bien nets, bien précis au nombre de trois :
IUne chaleur excessive à la peau,
Une constriction épigastrique énergique,
Des envies fréquentes d’uriner.
Quand un sujet présente ces trois symptômes, on peut assurer que la vie est sérieusement menacée.
Après un temps plus ou moins court le patient est quelquefois subitement emporté. Il perd connaissance, il est pris de quelques mouvements convulsifs, et succombe en quelques minutes.
Ces cas sont fréquents dans les Indes. Le plus souvent, après que l’individu menacé a présenté au plus haut degré les symptômes prémonitoires que nous venons d'énumérer, il délire avec une tendance remarquable au suicide, puis il tombe dans un état comateux. La respiration s’accélère, le pouls devient rapide. Hestres, qui a fait à ce sujet des recherches sérieuses, signale diverses observations où le pouls s’élève à 120, 130, 140, 150 pulsations. La cornée est terne, comme dans les cas de choléra et les morts par asphyxie. Les sphincters sont relâchés, la pupille est dilatée ; il y a des émissions involontaires d’urine et de sperme.
La température axillaire est toujours très élevée, 4lu, 42°, 45°.
On ne constate presque jamais de phénomènes de paraplégie.
Quelquefois la maladie se termine par la guérison; alors on voit habituellement survenir une véritable crise qui s’exprime par des symptômes exagérés de fonctionnement cutané et urinaire, le malade transpire beaucoup, des émissions abondantes d’urine ont lieu et en même temps l’intelligence revient. Le rétablissement complet est quelquefois très rapide, souvent après huit, dix ou douze heures. Néanmoins, même lorsque ce résultat a lieu, il faut bien se garder d’abandonner le malade à luimême, une nouvelle attaque pouvant survenir et devenir l’occasion delà mort. Fréquemment après la guérison, le sujet reste encore fatigué, il accuse de la céphalalgie, se plaint de lassitude générale, et de quelques troubles du côté de la vision. Le pouls reste souvent petit, rapide, irrégulier. Le docteur Mac Lean a signalé parfois une ataxie localisée aux muscles de la main et de l’avant-bras, et le docteur George T hinn (de Shanghaï) a observé que dans quelques circonstances il y avait une horreur marquée pour la lumière solaire. La lumière solaire devient, pour ainsi dire, à l’individu, même guéri, ce que l’eau est à l’hydrophobe.
Les symptômes multiples que nous venons de vous exposer ont dû nécessairement se prêter à quelques divisions spéciales, qui ont permis à certains auteurs de distinguer plusieurs formes dans l’évolution du coup de chaleur. Ainsi, pour Morehead, il existe une forme cardiaque, une forme cérébro-spinale ët une forme mixte. D’autres auteurs ont admis une forme asphyxique, une forme sthénique, une forme asthénique. Dans l’article que nous vous avons déjà indiqué, le professeur Lacassagne a cru devoir décrire une forme asphyxique, une forme syncopale et une forme mixte. Nous préférons admettre simplement les divers degrés que nous venons de passer en revue :
Période vague ,
Période prodromique,
Période confirmée souvent avec accidents mortels.