‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 117 sur 270 · GELURE - QUATRIÈME ET CINQUIÈME DEGRÉS · texte numérisé non relu

GELURE - QUATRIÈME ET CINQUIÈME DEGRÉS

que ce fait n’était pas possible. Ainsi, dans le Compendium de chirurgie, dont on cite cependant l’article sur la gelure, vous trouverez cette affirmation : « Quoique certains auteurs aient parlé de la congélation d’un membre entier, le fait ne peut avoir lieu. Avant que ce résultat puisse être obtenu, la vie générale serait anéantie . C’est ce qui résulte, ajoute l’auteur, d’expériences réalisées en 1785, par la Société royale d’Édimbourg. Jamais on ne put constater la congélation complète d’un membre entier avant la mort de l’animal. » Malheureusement, en pathologie humaine, le fait est possible, et pendant les hivers rigoureux de 1870 et 1871, il nous a été donné d’en constater plusieurs exemples. Les auteurs spéciaux, Legouest, Valette, admettent cette congélation totale et immédiate de tout un membre. Ce fait serait même assez fréquent, car, sur 494 observations dé gelures recueillies par Fremmert, 188 cas de ce degré ont été enregistrés.

Cette congélation totale ne se produit, le plus habituellement, que sur des parties peu volumineuses, atteignant surtout les orteils, l’avant-pied, les doigts, la main, le poignet, les oreilles, le menton, la verge. Legouest ne l’a jamais constatée plus haut qu’au niveau de la partie inférieure du mollet.

Voici les symptômes que vous observerez dans ces cas.

Les parties congelées sont humides, colorées en bleu foncé, un peu tuméfiées, d’une insensibilité complète. L’épiderme se soulève souvent comme sur un noyé ayant séjourné longtemps sous l’eau. Après un temps variable, on voit se réaliser très nettement soit une gangrène humide, soit une gangrène sèche. Le fait de la conservation ou de la destruction de l’épiderme entraîne souvent la réalisation de l’une ou l’autre de ces deux formes. Lorsque l’épiderme reste intact, les liquides s’évaporent moins, ils restent en plus grande quantité dans les parties tuméfiées : c’est alors qu’on observe surtout la gangrène humide. L’élimination des parties mortifiées se fait très lentement : dix -huit, vingt, trente jours et plus quelquefois, sont nécessaires

pour la chute d’un doigt où d’un orteil ; les os résistent même beaucoup plus longtemps au travail d’élimination.

Gomme remarques générales, vous noterez les quelques particularités suivantes :

1° La gangrène, dans ces conditions, se limite toujours exactement aux parties primitivement atteintes.

2° La marche du processus gangréneux est presque toujours beaucoup moins envahissante que dans les autres cas de gangrène traumatique.

3° La sensibilité est habituellement très grande au-dessus du sillon éliminateur. A ce niveau, les parties présentent des signes de gelure au deuxième degré, et la moindre irritation en ce point détermine des réactions inflammatoires dangereuses.

En résumé, nous acceptons pour la gelure la division suivante :

Un premier degré, caractérisé surtout par la rubéfaction et le retour facile des parties à l’état normal.

Un deuxième degré, avec production de phlyctènes, vésication.

Un troisième degré, qui comprend deux phases bien distinctes : une première phase à laquelle nous avons donné le nom de congélation temporaire, anoxémie temporaire du troisième degré; une deuxième phase, ou phase de gangrène, gangrène plus ou moins superficielle, ou profonde.

Un quatrième degré, marqué par une congélation immédiate et complète de toute une partie, congélation entraînant nue gangrène immédiate.

En jetant un coup d’œil sur le tableau suivant, vous vous rappellerez facilement la symptomatologie locale que nous venons de vous décrire .

SYMPTOMATOLOGIE DE LA GELURE

SYMPTOMATOLOGIE ET CLASSIFICATION DE LA GELURE

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