‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 119 sur 270 · DE LA GELURE — SYMPTOMES TARDIFS · texte numérisé non relu

DE LA GELURE — SYMPTOMES TARDIFS

vous faire remarquer, à propos du tétanos, que quelques auteurs ont signalé la fréquence du tétanos à la suite des gelures. Ainsi Valette, sur 361 gelés, eut 101 morts, dont 6 par le tétanos. En 1852, dans l’expédition de Bougie, Ghotart observa 15 morts à la suite de gelures, et, sur ces 15 morts, 12 étaient dues au tétanos. D’un autre côté, cette complication n’a pas été observée une seule fois dans les hôpitaux de Paris pendant l’hiver 1879-1880. Dans la statistique de Fremmert, sur 42 cas de mort, une seule est due au tétanos. Gomme nous le dirons plus tard, le tétanos est surtout le produit d’alternatives brusques de chaud et de froid.

Symptômes tardifs. — Signalons, en dernier lieu, les accidents ou les symptômes tardifs qui accompagnent les gelures. Ces accidents ont été très bien étudiés dans la thèse de Germain (Paris, 1879) ; vous en trouverez aussi une description complète dans l’excellente thèse d’agrégation de Tédenat (1880). Nous ne pouvons pas entrer dans tous les détails que comporte cette partie de notre sujet, voici seulement les observations les plus générales que vous aurez à retenir :

Ces accidents sont habituellement des troubles trophiques divers qui surviennent surtout pendant la période de réparation des lésions produites par la gelure. Nous distinguerons principalement.

A. Des lésions de la peau ;

B. Des lésions du tissu cellulaire, des tendons, des muscles, des vaisseaux et des nerfs.

Lésions de la peau. — Les lésions de la peau portent sur les divers éléments anatomiques qui entrent dans la composition du tégument externe. Ordinairement l’épiderme présente une certaine hypertrophie, souvent la peau est luisante, d’une teinte rouge ; l’épithélium semble enlevé par places et n’est plus représenté que par quelques furfurs. Lorsque la gelure a été ressentie au niveau des extrémités, de la main ou du pied, les ongles offrent des altérations ma-

nifestes : on dirait les ongles que l’on rencontre dans l’extrême vieillesse.

Le derme est souvent aminci, atrophié. Il est facile de comprendre que, dans ces conditions d’altérations trophiques, l’on voie fréquemment survenir des ulcérations cutanées consécutives plus ou moins profondes.

Lésions du tissu cellulaire et des parties profondes. — Au niveau du tissu cellulaire et des parties profondes, nous vous indiquerons :

L’œdème simple,

L’œdème à forme éléphantiasique,

L’atrophie simple ou scléreuse,

La rétraction des tendons,

L’atrophie musculaire.

Ce dernier symptôme se produit quelquefois très rapidement; parfois, en quelques semaines, le volume des muscles est considérablement amoindri; cette atrophie musculaire peut être attribuée soit à une anémie des troncs nerveux par suite du spasme des vaisseaux, soit à une lésion directe exercée par le froid sur l’élément musculaire ou sur l’élément nerveux. Dans ce dernier cas, l’influence peut se faire sentir au niveau des troncs nerveux eux-mêmes ou au niveau des ramifications nerveuses terminales. Lorsque des gelures ont existé aux membres inférieurs, l’œdème consécutif dont nous venons de parler semble faire croire, au premier examen, que les blessés sont sous l’influence d’une lésion cardiaque. Nous nous rapelons en avoir vu plusieurs exemples sur des soldats en 1870.

En terminant l’étude de la symptomatologie des gelures, il nous paraît convenable de vous décrire en quelques mots l’action du froid sur les parties traumatisées. Au niveau d’une plaie, le froid agit généralement en retardant la réparation ; il favorise souvent la suppuration et la tendance au processus gangréneux. Une 'plaie gelée est une plaie au niveau de laquelle les accidents sont plus fréquents. Nous verrons

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