‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 120 sur 270 · GELURE - ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

GELURE - ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES

dans un instant, à propos clu traitement, qu’il ne faut jamais procéder tout d’abord par l’amputation, afin de ne pas provoquer au niveau des parties impressionnées par la gelure des réactions anormales et dangereuses.

Il nous reste à étudier la question des gelures au point de vue de l’anatomie et de la physiologie pathologiques. Nous examinerons ensuite le diagnostic, le pronostic et le trai— ement.

Anatomie et physiologie pathologiques de la gelure. — Lorsque le froid agit avec une certaine intensité sur une partie de l’organisme, on peut, en définitive, ramener tous les effets produits à des troubles de sensibilité, de circulation et de nutrition :

Douleur ou anesthésie ;

Contraction ou relâchement des vaisseaux ;

Phlyctènes, suppuration ; processus inflammatoire, embolique, gangréneux.

En d’autres termes :

Action temporaire du froid sur les nerfs ;

' Action temporaire du froid sur les vaisseaux ;

' Altération définitive des éléments du sang et des tissus.

Action sur les nerfs. — L’application du froid développe tout d’abord une sensation particulière, bien connue, la sensation de froid, qui devient ensuite douloureuse et peut être comparée assez exactement à une sensation de brûlure. Pour que ce fait se produise, il faut que l’action se fasse sentir sur les terminaisons nerveuses; lorsque cette action a lieu au niveau d’un tronc nerveux même, le blessé accuse de la douleur, mais il ne se plaint pas de la sensation de froid.

A la douleur succède l’anesthésie, et l’on voit successivement disparaître :

La sensibilité thermique,

— au contact,

— à la douleur,

Les physiologistes ont cherché à se rendre compte des modifications intimes qui correspondent à ces divers phénomènes; jusqu’à présent rien de certain n’est encore connu. On a parlé de modifications dans l’état électrique des filets nerveux ; mais ce qu’il y a de positif, c’est que cet état n’est que temporaire, puisque la sensibilité des parties peut redevenir normale. Nous étudierons plus tard les altérations définitives qui peuvent, dans quelques circonstances, se réaliser au niveau du tissu nerveux.

Action sur les vaisseaux. — L’action du froid sur les vaisseaux détermine des phénomènes importants. Les opinions, du reste, ont varié pour ce qui est de l’interprétation de ces faits.

Dans des mémoires lus à l’Académie des sciences, en 1834 et 1835, Poiseuille avait admis tout d’abord que les vaisseaux, sous l’influence du froid, ne changeaient pas sensiblement de volume, et que leur diamètre restait constant; seulement, d’après lui, la couche de liquide qui baigne la paroi des vaisseaux augmenterait et la circulation serait ainsi plus ou moins gênée. Suivant Després qui a écrit l’article Froid dans le dictionnaire de Jaccoud, on trouverait parfois des petits cristaux de glace obstruant les vaisseaux. Actuellement les expériences de Marey ont à peu près fixé l’opinion sur ce point. Marey a placé sous le champ d’une forte loupe la membrane de l’aile d’une chauve-souris, membrane qui présente une arborisation vasculaire très complète. Si on refroidit cette partie, on voit manifestement les vaisseaux se contracter. Que cette contraction dépende de l’abaissement de la température du sang qui agit sur le vaisseau et en provoque le resserrement, ou de l’action directe du froid sur la tunique musculaire ou sur l’élément nerveux vasculaire, peu importe. La contraction des capillaires sous l’influence du refroidissement, tel est le premier fait à noter. Cette contraction des capillaires chasse le sang des parties soumises au refroidissement ; celles-ci pâlissent et diminuent de volume.

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