GELURE — ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES
Eu un mot, il se produit un état d’anémie locale, un état d’oligémie et d’ischémie. Ce phénomène, il est vrai, peut, au premier abord, sembler paradoxal, car nous avons indiqué, il n’y a qu’un instant, comme symptômes du premier degré de la gelure :
IL’hypérémie locale,
La rougeur,
L’augmentation du volume des parties.
Voici l’explication de cette contradiction apparente :
Dans la gelure du premier degré, l’état d’ischémie dure très peu. Au resserrement immédiat des vaisseaux succède bientôt une dilatation qui entraîne l’hypérémie que nous avons signalée. Gomme cette période de resserrement immédiat des vaisseaux est très rapide et qu’elle se constate à peine, nous l’avons négligée dans notre description générale; pour être complètement exact, il eût été convenable de diviser le premier degré de la gelure en deux phases :
Première phase : resserrement immédiat des vais- ) seaux, ischémie.
j Deuxième phase : dilatation consécutive des vais- \ seaux, hypérémie.
La réaction hypérémique dépasse quelquefois la simple dilatation vasculaire et l’on voit survenir, suivant la susceptibilité des parties ou le degré de la réfrigération, l’œdème consécutif et les inflammations plus ou moins vives et plus ou moins désorganisatrices : gelures du deuxième et du troisième degré.
Lorsque l’action du froid a été plus persistante et plus intense, soit que le premier resserrement vasculaire ait été plus complet, soit que le froid, comme nous allons le voir, ait altéré directement la cellule musculaire ou nerveuse, le mouvement de réaction peut ne pasw s’opérer ; la circulation est, à ce moment, complètement entravée; le sang n’aborde plus la trame organique des tissus, les échanges moléculaires n’ont plus lieu, et l’on voit survenir les gangrènes immédiates que nous avons signalées.
Bkrne. — Palh. chir., II.’ Ü 1
Altérations définitives des éléments du sang et des tissus sous r influence du froid. — Los altérations que le froid détermine sont de deux ordres. Les unes tiennent aux inflammations consécutives que la réaction occasionne ; nous n’avons pas à nous en occuper particulièrement, ces altérations vous ayant été néces. sairement indiquées à propos de l’inflammation et de la gangrène; les autres dépendent de l’action immédiate du froid sur les divers éléments de nos tissus. Voici, sur ce sujettes observations que vous devrez retenir.
1° Le sang soumis à une température inférieure à zéro se solidifie, se congèle ; cette congélation est, du reste, rare dans les vaisseaux vivants, la colonne sanguine étant protégée par la paroi vasculaire et les tissus ambiants. Le sang qui a subi cette action présente dès lors des modifications spéciales. Il perd, par exemple, la propriété de se coaguler et ses globules s’altèrent. Dès 1844, Pouchet avait étudié ces altérations sur les globules du sang de la grenouille; actuellement ces recherches sont plus complètes. Il y a dissociation de l’hémoglobine et du stroma, la matière colorante abandonne le globule et se dissout dans le plasma. Les globules se déforment, se hérissent de pointes, ils se divisent en petites masses granuleuses, jaunâtres et légèrement réfringentes (Observations du docteur Clavier, thèse de Tédenat).
La lymphe peut aussi se congeler sous l’influence du froid, et les mêmes phénomènes s’observent sur les globules blancs du sang. Quelques physiologistes, comme nous aurons l’occasion de vous le dire bientôt, ont expliqué par ces altérations du sang le mécanisme des accidents qui surviennent à la suite de gelures, ainsi que la mort que l’on voit, arriver quelquefois dans la réfrigération générale. Le globule sanguin privé d’hémoglobine deviendrait désormais impropre à fixer l’oxygène; de laies accidents et même la mort, si ces altérai ions ont compromis un grand nombre de globules. La connaissance de ces faits permet, en outre, d’expliquer l’influence de