‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 122 sur 270 · GELURE — ALTÉRATIONS DES ÉLÉMENTS DES TISSUS · texte numérisé non relu

GELURE — ALTÉRATIONS DES ÉLÉMENTS DES TISSUS

la réfrigération locale comme méthode antiphlogistique. Le froid modifie les globules blancs, qui, pour ainsi dire frappés d’inertie, franchissent alors plus difficilement la paroi vasculaire et ne peuvent se répandre dans le tissu conjonctif.

2° Le froid, à un degré modéré, agit sur le tissu musculaire; il commence par exciter les fibres lisses et striées. Lorsque son action est plus intense, il décompose la substance contractile en disques de Bowman ; enfin une série de congélations successives occasionne le départ de l’hémoglobine musculaire et delà myosine sous forme d’un plasma coagulable coloré. Tédenat, dans sathèse, a observé qu’après l'action d’un mélange réfrigérant sur les fibres musculaires, celles-ci augmentent d’abord de volume, les fibrilles deviennent plus distinctes. Les capillaires sont plus dilatés, et l’on distingue de petits foyers hémorragiques entre les éléments contractiles ; ultérieurement des myosites interstitielles apparaissent avec sclérose ou transformation graisseuse.

3° Les expériences de Tillaux et Grancher ont démontré d’une manière positive qu’au niveau des nerfs l’action du froid coagule la myéline. On constate aussi dans les troncs nerneux des troubles circulatoires, souvent des dilatations, des ruptures de capillaires et des hémorragies plus ou moins considérables. Le nerf lésé primitivement par le froid s’enflamme fréquemment ; la lésion, dans quelques cas, peut même devenir ascendante et s’accompagner alors d’altérations médullaires.

4° Au niveau des vaisseaux, outre la constriction et la dilatation des capillaires que nous avons déjà étudiée, quelques effets méritent encore d’être indiqués. Valette a signalé, par exemple, la transformation des artères en cordons pleins, durs, aplatis, et dans lesquels il est difficile de retrouver les traces de la cavité vasculaire habituelle. D’après Servier, les vaisseaux sont généralement diminués de volume, les parois vasculaires sont épaissies. Souvent aussi l’on constate des endartérites, des périartérites; souvent l’on rencontre des thromboses qui deviennent parfois l’occasion d’accidents graves ultérieurs.

5° Le tissu osseux présente assez fréquemment des lésions même à la suite de gelures superficielles, congestions variables, plaques hémorragiques sous le périoste. Dans les gelures profondes, Servicr a signalé la raréfaction du tissu osseux ; dans ces conditions, l’on voit survenir des phénomènes d’os-

téite, de nécrose ou de carie. Ce sont habituellement des altérations consécutives ; néanmoins comme nous avons admis les gangrènes immédiates de la totalité d’un membre, nous avons dû vous mentionner l’ensemble de ces lésions.

En définitive, les effets locaux du froid sur nos tissus se traduisent tout d’abord par un premier fait d’oligémie, d’ischéînie locale ; les vaisseaux se resserrent, le sang ne coule plus dans les tissus. Ce premier effet est très fugace, et l’on voit se produire une réaction avec hypérémie. Lorsque le froid est très intense, le premier effet d’ischémie peut persister ; de ce fait seul, la mortification peut survenir, puisque le sang ne circule plus. L’action du froid altère, en outre, directement les éléments et les tissus, les globules rouges, les leucocytes, les muscles, les nerfs, les vaisseaux, et probablement tous les éléments anatomiques.

On comprend donc et les accidents locaux immédiats et les accidents locaux consécutifs que nous vous avons décrits antérieurement sous le titre d’accidents tardifs.

En d’autres termes :

Au premier degré de la l Spasme primitif: oligémie temporaire, gelure ( Réaction légère: hypérémie consécu'ive.

(Hypérémie consécutive un peu plus accen'uée.

Au deuxième degre. . ,

( Phiyctenes, crevasses.

/ Quelquefois hypérémie consécutive avec proces-

\ sus plus ou moins profond.

Au troisième degré. . . < , „ .

j Quelquefois oligemie immédiate et gangrené

\ immédiate.

( Oligémie immédiate (anoxémie) conduisant à la

Au quatrième degré. . { gangrène de tout un membre.

Résumons en peu de mots cette étude d’anatomie et de physiologie pathologiques.

GELURE — ANATOMIE ETJ’HYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES

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