‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 125 sur 270 · EFFETS GÉNÉRAUX PRODUITS PAR LE FROID · texte numérisé non relu

EFFETS GÉNÉRAUX PRODUITS PAR LE FROID

ganisme, les couches d'air qui se renouvellent plus fréquemment devenant l’occasion d’une soustraction plus importante de calorique. L’observation le démontre bien complètement : par un temps calme, une température de — 42° est souvent très bien supportée ; si le vent est violent, une température de — 29° seulement devient intolérable.

La pureté de l’air exagère aussi, par un rayonnement plus intense, les effets du froid. Larrey a indiqué cette particularité que la mortalité pendant la retraite de Russie était toujours plus considérable la nuit, par un ciel clair et étoilé. L’état hygrométrique de l’air doit être pris également en considération : l’air humide et froid soustrait évidemment plus de calorique, mais cette humidité n’agit pas pour les températures froides très intenses ; à — 40°, en effet, l’air est toujours sec.

Causes internes. — Les causes internes dépendent du mouvement, de l’alimentation, des conditions d'âge, de sexe, de race, enfin des conditions morales du sujet.

Mouvement. — Lorsque nos membres sont engourdis par le froid, nous les remuons: nous pressentons que le mouvement développe de la chaleur. Les expériences de Becquerel et Rodier ont prouvé ce fait d’une façon scientifique : en introduisant des aiguilles thermo -électriques au niveau des muscles, on constate que la température s’élève lorsque des mouvements s’exécutent pendant un certain temps. Si l’on place la boule d’un thermomètre entre les orteils, la température devient plus élevée après une marche de quelques instants. Dans un voyage au Spitzberg, des Hollandais surpris par les glaces résistèrent pendant plusieurs mois; ceux qui gardèrent le repos succombèrent presque tous ; ceux, au contraire, qui furent assez intelligents pour faire beaucoup d’exercice, résistèrent jusqu’à la fin de l’hiver. Il faut cependant, dans ces conditions, éviter que le mouvement ne conduise à une fatigue excessive; celle-ci produirait l’affaissement et provoquerait la

tendance au sommeil, tendance au sommeil à laquelle il faut à tout prix résister.

Alimentation , âge, sexe, race. — L’alimentation plus ou moins restreinte rend les sujets plus susceptibles à percevoir les effets du froid; aussi les navigateurs au pôle ont-ils soin de prendre toujours pour matelots des sujets dont l’activité digestive soit considérable.

Pour les conditions d’âge, de sexe et de race, voici quelques observations à retenir :

L’enfant et le vieillard, présentant une activité moins grande, sont plus aptes à percevoir l’action du froid.

Le sexe féminin peut être, sous ce rapport, rapproché de l’enfance.

Quelques remarques ont été faites pour les hommes du Nord et du Midi. D’après Larrey, le Français supporterait admirablement l’influence du froid. « Les Français, dit-il, pouvaient seuls se promener impunément dans les rues de Moscou par un froid rigoureux, munis seulement de vêtements ordinaires, alors que les habitants eux- mêmes, pouvaient à peine résister, bien couverts cependant de leurs chaudes pelisses. Nous avons vu, ajoute-t-il, les Hollandais du troisième régiment des grenadiers succomber presque tous au nombre de plus de 2.000. Les deux autres régiments presque tous composés de Français, conservèrent, au contraire, une partie de leur effectif. » L’influence morale explique peut-être en partie ces résultats: la frayeur, le chagrin, le découragement, la nostalgie, rendent le sujet beaucoup moins résistant; la gaieté, la joie, l’espérance produisent, au contraire, un résultat inverse. Le fait suivant vient à l’appui de cette affirmation. Francklin, Ross, Pary ont supporté des températures de — 50°. Leurs provisions étaient abondantes, les abris bien disposés, les vêtements chauds; ils étaient joyeux, remplis de confiance, espérant mener à bonne fin leur entreprise. Qu’est-il resté, au contraire, de la grande armée? En 1870, les observations de Larrey sur la résis-

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