EFFETS GENERAUX PRODUITS PAR LE FROID
tance dos Français ont semblé certainement bien fausses. Les Allemands ont supporté mieux que nos soldats les rigueurs de l’hiver. L’état moral, l’état hygiénique étaient excellents dans les camps ennemis. Pour nous, tout était dans les plus mauvaises conditions ; aussi les victimes par le froid ont-elles été bien plus nombreuses.
Symptomatologie. — Lorsque l’homme est soumis à l’influence d’une température très froide, il résiste tout d’abord; cette résistance se fait par une activitéplus grande imprimée aux diverses fonctions qui ont pour but de fournir les matériaux nécessaires pour les combustions intimes, et d’augmenter, par conséquent, la chaleur du corps : l’appétit devient plus prononcé, la digestion plus facile et plus prompte, l’assimilation plus parfaite. Les fonctions de la peau, ainsi que les fonctions biliaires, sont réduites à leur minimum. Le rein qui doit suppléer aux fonctions cutanées plus ou moins diminuées, produit un travail exagéré. La respiration est ample, fréquente, pour permettre une oxygénation plus complète. La circulation est ralentie, le pouls moins rapide, la tension artérielle élevée. L’innervation est moins active, la sensibilité un peu obtuse ; en d’autres termes, il se réalise un fonctionnement général en sens inverse de ce qui se passe lorsqu’il s’agit de résister à l’influence de la chaleur. En effet, nous avons vu dans ces conditions:
Les fonctions cutanées augmenter,
La respiration devenir plus fréquente,
La circulation s’accélérer.
Après une période de résistance plus ou moins grande, surviennent les phénomènes pathologiques. Voici la division que nous adoptons :
A. La mort survient quelquefois lentement;
B. La mort peut survenir après des phénomènes de réaction ;
G. La mort survient rapidement.
A. Mort lente. — On voit tout d’abord s’exprimer quel-
ques phénomènes locaux de gelure : le sujet devient engourdi; on constate successivement la perte des mouvements, la diminution de la sensibilité générale, la perte des sens. La description que Larrey nous a laissée de ces faits est un récit des plus émouvants : « La mort, écrit Larrey, était annoncée par la pâleur du visage, une sorte d’idiotisme, la difficulté de parler, la faiblesse de la vue et même la perte totale des sens. Quelques sujets ainsi affaissés continuaient à marcher, conduits par leurs camarades; puis, l’action musculaire s’affaiblissant, ils chancelaient sur leurs jambes comme des hommes ivres et tombaient pour ne plus se relever. Nous marchions, ajoute-t-il, dans un état d’abattement et de torpeur si grand, que nous avions peine à nous reconnaître les uns les autres. L’organe de la vue et la force musculaire étaient affaiblis à un tel degré qu’il nous était difficile de suivre une direction déterminée et de conserver l’équilibre. » Souvent il y a des émissions involontaires d’urine et des saignements par le nez.
Tous les observateurs ont noté, à un moment donné, un besoin irrésistible de sommeil qui saisit ceux que le froid engourdit. Si l’individu se laisse aller à ce besoin de dormir, il passe bientôt de l’assoupissement léthargique à la mort. Le docteur Solander, l’un des compagnons du capitaine Cook, surpris par le froid avec ses compagnons sur les côtes de Terre-Neuve, usait de toute son influence pour les empêcher de s’abandonner à ce sommeil. « Quiconque s’assiéra s’endormira, s’écriait-il, et quiconque s’endormira ne se réveillera plus. » Et cependant luimême, vaincu à son tour, oubliait bientôt son expérience et ses conseils, et suppliait ses amis de le laisser dormir.
Observation importante, dont vous devrez vous souvenir. La mort, dans ces conditions, n’a pas toujours lieu: l’individu peut rester parfois assez longtemps dans un état de mort apparente et revenir ensuite à la vie.
Mort après des phénomènes de réaction. — La mort survient quelquefois au moment où l’individu, soumis pendant un