MORT RAPIDE PAR LE FROID
temps plus ou moins long- à l’action d’un froid intense, est placé dans des conditions de température meilleure. Une réaction générale trop violente s’effectue alors et se termine rapidement par la mort. Larrey rapporte des exemples de soldats engourdis par le froid, s’approchant des feux de bivouac et tombant presque aussitôt comme foudroyés. 11 cite entre autres l’observation du chirurgien en chef de la garde. Ce malheureux avait supporté toute une journée de froid très rigoureux ; on lui offre de se reposer le soir dans une chambre bien chauffée. Après quelques instants de repos, les membres qui avaient été engourdis se tuméfient, la figure se congestionne, et, en quelques minutes, il expire dans les bras de son fils.
Ces phénomènes généraux de réaction rappellent un peu ce que nous avons signalé comme réaction locale. Si l’on expose rapidement à la chaleur une partie du corps qui a subi l’influence du froid, la circulation devient plus active, une réaction violente a lieu, et souvent cette réaction conduit à la gangrène locale.
Mort rapide. — Quelquefois la mort est soudaine, instantanée. Des observations en ont été citées par Larrey, Virey, et Desgenettes. « Nous avons vu, dit ce dernier, des hommes, marchant avec toute l’apparence de l’énergie musculaire, se plaindre tout à coup qu’un voile couvrait leurs yeux. Ces organes, un moment hagards, devenaient immobiles, tout l’appareil musculaire du cou, et plus particulièrement le sternomastoïdien, se contractait fortement ; la raideur gagnait le tronc, et ces hommes tombaient à terre, offrant, pour compléter cet effrayant tableau, tous les symptômes d’une crise de catalepsie ou d’épilepsie ».
Ataxie catarrhale de congélation. — Quelquefois, à la suite d’un froid intense enduré pendant longtemps, surviennent des symptômes plus ou moins graves, que Larrey a décrit sous le nom de fièvre catarrhale de congélation. Ces symptômes ont
ôté aussi indiqués par Legouest qui les a observés pendant la campagne de Grimée. Ils constituent une affection caractérisée par des phénomènes fébriles avec congestion consécutive, soit du côté de la tète, soit du côté de la poitrine. Dans le premier cas, il y a ce que l’on peut appeler la forme céphalique, et dans le second, la forme thoracique.
Forme céphalique . — Dans la forme céphalique, les malades accusent une douleur compressive du côté de la tête, avec pesanteur. L’anxiété est excessive, la faiblesse considérable, on observe un peu d’hésitation dans les facultés intellectuelles.
Forme thoracique. — Dans la forme thoracique, la toux est fréquente, elle s’accompagne d’expectoration muqueuse abondante, le malade a la diarrhée. L’état fébrile est accentué. Larrey avait éprouvé ces accidents. Lorsque l’issue doit être favorable, la période inflammatoire est de courte durée, elle se termine par des hémorragies intestinales, ou un flux diarrhéique passager. Quelquefois des sueurs abondantes ont été observées. Dans quelques cas, on dirait un scorbut à marche très rapide. Lorsque l’issue doit être funeste, on voit survenir des symptômes d’apoplexie cérébrale marchant avec une rapi dité excessive. Les extrémités inférieures et la surface du corps se recouvrent de taches ecchymotiques qui prennent bientôt un aspect gangréneux; l’urine est noirâtre, les évacuations sont d’une fétidité excessive.
Anatomie et physiologie pathologiques. — Examinons maintenant le mécanisme de la production de ces divers accidents. G’est un sujet que la plupart des auteurs spéciaux ont laissé de côté. Il est évident que Larrey, au milieu de toutes les tristes péripéties de la retraite de Russie, ne pouvait s’occuper d’anatomie pathologique, en recherchant avec soin les lésions qui correspondaient à tel ou tel genre de mort; aussi, le plus souvent, il est simplement mentionné dans ses observations que les sujets succom-