MÉCANISME DE LA MORT PAR LE FROID
bent soit par asphyxie, soit par des congestions multiples du côté du cerveau ou de la poitrine.
Voici les indications que vous trouverez dans les divers auteurs.
Dans une thèse de 1821 et dans le Dictionnaire des sciences médicales , t. XVII, JaufFret et Virey considèrent la congestion et l’apoplexie cérébrales comme les causes de la mort par le froid.
En 1855 et en 1862, Ogston signale la congestion pulmonaire et la présence, dans le cœur et les gros vaisseaux, d’un sang fluide d’une teinte rouge comme le sang artériel. Cl. Bernard a expliqué cette coloration rouge du sang par l’inactivité du système musculaire : cette inactivité, jointe à l'affaiblissement des fonctions nerveuses, entraîne la diminution ou l’arrêt des combustions intimes : l’oxygène du sang n’est plus utilisé, et le sang reste rouge, artériel, même dans le système veineux.
En 1862, Walther ( Extrait de la Pathologie générale de Uhle et Wagner) démontre, au contraire, que la lésion dans ces conditions est une anémie cérébrale s’accompagnant de congestion pulmonaire et d’exsudation séreuse dans les plèvres. Gomme signe spécial, il signale dans les cas de mort par le froid la décoloration du fond de l’œil et la blancheur spéciale du cristallin. Le cœur est distendu par le sang et des suffusions sanguines existent dans divers organes internes.
En 1865, dans un premier article inséré dans la Gazette hebdomadaire et un second dans le Journal de physiologie, Pouchet fit jouer le rôle capital, dans les accidents causés par le froid, à l’altération des globules sanguins. Voici, d’après cet auteur, comment les phénomènes s’enchaînent:
1° Sous l’influence du froid, il se produit tout d’abord une contraction des vaisseaux capillaires. Les globules sanguins, chassés par cette contraction, abandonnent les vaisseaux capillaires
externes et engorgent les vaisseaux capillaires des organes internes.
2° A un moment donné, le froid continuant son action, le globule sanguin s’altère : le sang se congèle; si ce phénomène se réalise sur une grande étendue, la vie peut s’éteindre. Ainsi, pour Richter, lorsque le sang arrive à se coaguler dans le cœur, la mort est inévitable.
3° D'autres fois, la vie continue, mais les globules sanguins, altérés tout d’abord au niveau des capillaires externes, repassent dans le torrent circulatoire: il y a une véritable intoxication. C’est ce qui survient surtout dans les cas d’ataxie catarrhale de congélation. On voit alors des suppurations multiples se réaliser dans diverses parties de l’économie ; des exemples de ces faits ont été signalés dans une thèse de 1869, du docteur Savreux Lachapelle (des Suppurations multiples à la suite de V influence prolongée du froid).
Cette explication semble juste dans bien des cas; mais l’idée de la congélation du sang ne peut pas être acceptée complètement. Des expériences de Magendie ont démontré, en effet, que la mort survient à la suite de l’action du froid lorsque la température s’est abaissée de manière à atteindre à peu près la moitié de ce qu’elle était primitivement lorsqu’une température habituelle de 35° est descendue, par exemple, à 17° 1/2. Or, à cette température, la congélation du sang est loin de pouvoir se réaliser. En définitive, la mort peut être due à la congestion cérébrale, à l’apoplexie, à la congestion pulmonaire, à l’asphyxie, à l’anémie cérébrale, à l’altération du sang.
Au milieu de ces explications diverses et de ces résultats différents, quelles conclusions tirer? où est la vérité? Il y a quelques années, il était difficile de ne pas se contenter d’une opinion simplement éclectique. Aujourd’hui, depuis la thèse de Linarès, en partie inspirée par de savantes leçons de notre collègue le docteur Lacassagne ( Etude sur le mécanisme de la mort par le froid extérieur, 1875), la vérité semble faite, et
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sans vouloir entrer dans des détail trop complets, nous vous devons les quelques remarques suivantes :
L’action du froid entraîne des terminaisons fatales qu’il est possible de ramener à quelques catégories spéciales. Gomme nous l’avons indiqué déjà, tantôt la mort est lente, tantôt elle est rapide, tantôt elle s’effectue au moment même de la réaction générale. Ajoutons qu’elle peut survenir parfois au moment où la réaction locale tend à se faire au niveau d’une partie gelée. Entiu la terminaison fatale peut avoir lieu à la suite de l’ataxie catarrhale par congélation.
Des accidents spéciaux, une anatomie pathologique particulière correspondent à chacun do ces cas de mort.
1° Dans les cas de mort survenue lentement et progressivement, vous observerez que, par suite du ralentissement de la respiration, une quantité moins grande d’oxygène entre dans la circulation; en même temps, il s’élimine moins d’acide carbonique. L’influence sur le cœur se fait sentir peu à peu, des stases sanguines se réalisent, et l’on voit des symptômes de congestion cérébrale. Le sujet est pris de ce besoin invincible de sommeil qui se termine par une mort calme et sans secousse.
En résumé, ralentissement de la circulation, diminution de la quantité d’oxygène du sang, arrêt des combustions, gêne de la circulation, congestion cérébrale, suspension des mouvements, état léthargique. Mort.
Des autopsies de Virey et de Jauffret viennent à l’appui de ce que nous venons d’avancer.
2J Lorsque la mort est rapide, les accidents dépendent de l’anémie cérébrale. Les autopsies et les expériences de Walther ( Journal de 'physiologie , 1862, t. V.) et celles d’Ogston confirment pleinement cette manière de voir. L’anémie cérébrale peut être considérée comme le résultat de la diminution de l’activité du cœur. Nous avons dit que l’on peut voir survenir alors des phénomènes de catalepsie ou d’épilepsie: ces
phénomènes sont sous la dépendance de l’altération du sang et de l’action de ce sang altéré sur les centres nerveux. L’altération du sang s’explique, du reste, par suite de l’accumulation dans le torrent circulatoire de l’acide carbonique.
3° Lorsque la mort arrive au moment de la réaction, l’interprétation suivante peut être acceptée. Sous l’influence de la chaleur à laquelle le sujet est soumis, une partie de l’acide carbonique qui était dissous dans le sang devient libre et détermine alors des coagulations sanguines spontanées. Les petits caillots qui se forment sont entraînés dans le courant sanguin et arrêtés dans les capillaires du poumon, ils empêchent la circulation, et occasionnent, à un moment donné, la suspension des mouvements du cœur. Il y a, dans ces cas, asphyxie pulmonaire.
4° Si la mort survient à la suite de la congélation d’une partie du corps, deux opinions peuvent être admises. Pouchet, par exemple, soutient que les globules du sang altérés par l’action du froid passent dans le torrent sanguin et l’intoxiquent en déterminant des accidents mortels. Pour Michel (de Strasbourg), la mort est due à des embolies qui se forment au niveau des parties congelées. Ces embolies sont entraînées, à un moment donné, et deviennent l'occasion de troubles respiratoires et circulatoires souvent mortels. Quelques autopsies viennent à l’appui de cette théorie.
5° Dans les cas mortels d’ataxie catarrhale par congestion, l’on constate surtout des phénomènes de congestion encéphalique. Le sang est altéré, soit par suite des modifications des globules sanguins, soit par suite des embolies, comme nous venons de le signaler d’après les idées de Michel (de Strasbourg) .
Ce que nous venons de vous exposer peut se résumer dans le tableau suivant.