‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 132 sur 270 · ÉTIOLOGIE DES ACCIDENTS DUS A LA FOUDRE · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIE DES ACCIDENTS DUS A LA FOUDRE

d’Eure-et-Loire, le chiffre 2 représente la mortalité ; tandis que dans celui du Puy-de-Dôme, ce chiffre s’élève à 48.

2° D’après des indications fournies par Sesticr, les cas de fulguration sont un peu moins fréquents en Angleterre : la moyenne y est seulement de 22 par an. Pour quelques années même, le chiffre de 17 n’est pas dépassé.

Dans certaines localités, le chiffre des décès est quelquefois insignifiant. Ainsi, à Paris, de 1800 à 1851, un seul décès a été noté. 11 en est de même à Londres.

3° Les accidents dus à la foudre sont plus fréquents à certainesépoques de l’année. C’est au mois dejuilletetau moisd’août que les orages les plus violents ont lieu, c’est aussi à ce moment que les accidents se produisent le plus fréquemment.

4° C’est la nuit qu’ils sont plus rares. Le minimum est de onze heures du soir à trois heures du matin.

5° Constatation assez bizarre en apparence, la statistique permet d’affirmer que le nombre des individus frappés par la foudre est plus considérable parmi les hommes que parmi les femmes. Sous ce rapport, les observations des divers pays concordent toutes, en Angleterre, en Allemagne, en France. Ainsi, en France, sur 77 morts, Boudin signale 67 hommes et 10 femmes. Cette proportion est un peu plus élevée que celle que l’on trouve dans le travail de Sestier.

En Angleterre, dans une statistique de Poey, il est indiqué 85 hommespour 15 femmes. Cette différence tient certainement à ce fait que l’homme est, de par sa profession et ses travaux, beaucoup plus souvent que la femme exposé à la vie au grand air. Un fait vient à l’appui de cette opinion pour le nombre des décès à domicile, cette proportion, en effet, n’existe plus. Ainsi sur 121 personnes frappées de la foudre dans la maison, on rencontre un nombre à peu près égal d’hommes et de femmes.

Lorsque la foudre frappe un groupe à peu près égal d’individus des deux sexes, elle atteindra sans doute plus souvent les hommes, parce qu’habituellement ils sont plus grands, plus volumineux,

et fournissent ainsi au tiuide électrique un conducteur plus facile.

6° La statistique indique que les enfants sont un peu moins sujets à ces accidents : Sestier n’a trouvé que 3 jeunes enfants sur un total de 136 morts.

7° Lorsque la foudre atteint une réunion d’individus, toutes choses égales d’ailleurs, elle atteint plus souvent celui qui, par sa stature ou par sa position, dépasse le niveau des autres.

8° 11 paraît que certaines personnes sont plus réfractaires que d’autres à l’action du fluide électrique. Humbolt avait observé, par exemple, que pendant une fièvre catarrhale il était devenu presque insensible àl’action électrique.

9° Quelquefois la vapeur qui entoure les individus couverts de sueur et qui forme au-dessus d’eux comme une colonne humide devient l’occasion d’une fulguration plus facile.

10° Lorsque l’homme porte un objet métallique, il semble qu’il y ait pour lui, dans ces conditions, une susceptibilité plus grande à être frappé.

1 1° Les accidents dus à la foudre sont beaucoup plus fréquents sur les personnes qui se trouvent dehors au moment d’un orage. Dans un appartement, les chances de fulguration diminuent de beaucoup.

12° Lorsque la foudre tombe sur des hommes ou sur des animaux disposés en file, les effets sont plus intenses aux deux extrémités de la chaîne.

13° Lorsque des accidents surviennent par suite de fulguration, l’individu peut être frappé directement, c’est la condition ordinairement la plus grave. C’est ce qui arrive, lorsque l’on est placé sur le trajet de l’éclair. Quelquefois la foudre vous atteint sous forme de boule de feu (foudre globulaire), le fait est beaucoup plus rare.

Le sujet qui n’est pas complètement sur le trajet de la foudre, éprouvera des effets plus ou moins graves, une commotion violente, quelquefois une paralysie partielle, d’autres fois une

perte de connaissance plus ou moins prolongée; mais il n’existe aucune observation prouvant que la foudre puisse être mortelle pour l’homme si elle tombe à une distance de moins de 30 centimètres. Sestier a même posé comme proposition générale que la foudre ne tue l’homme qd’autant qu’elle l’atteint directement.

Dans quelques circonstances, on peut être frappé par ce que l’on appelle le choc en retour ; c’est ce qui arrive lorsqu’un individu est placé à une distance assez considérable de l’endroit où la foudre est tombée. Le pronostic dans ces conditions, est beaucoup moins grave. Boudin, sur un total de 1.300 cas de fulguration n’a pu mentionner qu’un seul cas de mort. Théoriquement il semble naturel de penser que la quantité d’électricité refoulée dans le sol et revenant subitement dans le corps de l’individu foudroyé est en trop petite quantité pour produire des résultats graves.

Partie pathologique. — Examinons maintenant la partie pathologique de la question, en commençant par l’étude des effets divers que la foudre produit dans l’organisme humain. Nous y joindrons une appréciation du pronostic et des indications thérapeutiques. Quand on passe en revue la plupart des observations de fulguration, on voit que les lésions occasionnées sont des brûlures, des contusions, ou des plaies. Ces plaies peuvent ressembler soit aux plaies d’armes à feu par gros projectiles; soit à celles produites par des balles, ou par des plombs. Pour mieux spécifier ces divers effets, il nous a semblé convenable d’adopter la classification suivante :

A. Des lésions extérieures apparentes;

B. Des lésions internes ;

G. Des troubles généraux plus ou moins graves, sans lésions apparentes ;

D. La mort sans lésions extérieures apparentes.

A. Lésions extérieures. — Les lésions extérieures peuvent se diviser en trois catégories : lésions extérieures légères, graves et très graves. Les lésions légères sont de beaucoup les plus

fréquentes. Ainsi sur un total cle 327 individus frappés par la foudre, Sestier a relevé 129 fois des lésions extérieures légères, 110 fois des lésions extérieures graves et 88 fois des lésions extérieures très graves. Les lésions extérieures légères sont multiples ; nous vous les énumérerons d’abord, nous les décrirons ensuite avec un peu plus de détails.

Ces lésions peuvent être ramenées aux variétés suivantes :

1 0 Quelquefois de simples enduits fuligineux déposés sur la surface cutanée ;

2° Des colorations diverses de la peau ;

3° Des images particulières que l’on rencontre disséminées sur la peau;

4° Des lésions dites punctiformes lenticulaires ;

5° Des lésions sous forme de raies ;

6° Des lésions qui semblent être dues soit à la flagellation, soit à des incisions ;

1° Des altérations des cheveux et des poils ;

8° Des brûlures à divers degrés.

Un mot seulement sur chacune de ces diverses manifestations.

1° Enduits fuligineux. — La surface du corps des individus foudroyés est quelquefois recouverte dans une étendue variable d’une sorte d’enduit fuligineux. Cet enduit ressemble tantôt à delà suie, tantôt à une couche de poix, ou de jaune d’ocre. Il est difficile de donner une idée exacte de la nature de ces produits; jusqu’à présent aucune analyse chimique ou micrographique n’a été faite; il est probable que cette sorte de poussière est constituée par le transport sur les parties foudroyées de la matière des corps environnants, vêtements ou métaux que l’on peut avoir à côté de soi. Ges enduits ne subsistent que pendant peu de temps; de simples lotions peuvent suffire pour les faire disparaître. D’autres fois, le phénomène persiste pendant un temps beaucoup plus long.

2° Colorations diverses de la peau. — On aperçoit souvent à la surface de la peau des injections capillaires très fines; la

peau présente alors des teintes violacées plus ou moins prononcées.

On constate parfois de véritables ecchymoses ; ainsi on voit sur une grande partie de la surface du corps une coloration lie de vin, purpurine qui est presque caractéristique de la fulguration. Dans quelques circonstances, on a vu se produire une coloration noire généralisée. Ces taches, ces colorations diverses, bleu, bleuâtre, rouge, violacé, noir, ne s’accompagnent ni de douleur ni de tuméfaction ; elles surviennent presque toujours au moment même du coup de foudre, et disparaissent après quelques jours, cependant, dans quelques cas, on 11e les voit apparaître que plus tardivement.

A quel mécanisme faut-il attribuer ce phénomène ? Deux opinions peuvent être acceptées. Pour les uns, la coloration peut dépendre, comme nous l’avons dit à propos des enduits fuligineux, du transport sur la surface cutanée de substances variables empruntées aux corps voisins. D’autres ont émis la pensée que la décharge électrique, frappant en nappe la surface des corps, paralyse les capillaires. Les capillaires paralysés sont alors remplis d’un sang plus ou moins noirâtre.

3° Figures 'particulières tracées sur le corps. — Outre ces enduits fuligineux, ces ecchymoses, ces colorations diverses de la peau, on observe quelquefois sur les individus foudroyés, des figures spéciales qui peuvent être divisées en trois catégories : les arborisations vasculaires, les figures ou fleurs de Lichtemberg, les dessins électrographiques

a) Arborisations vasculaires. — Ces arborisations, comme leur nom l’indique, sont dues à l’injection de vaisseaux de divers calibres. On voit alors, reproduits sur la peau, des dessins tout à fait comparables aux injections de la choroïde ou de tel autre tissu très vasculaire. Le phénomène dépend évidemment de la paralysie d’un groupe de vaisseaux plus ou moins considérable.

Les vaisseaux paralysés sous l’influence de la décharge

Page 1