‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 133 sur 270 · Q U AR ANT R-DEU X I KM K LRCON · texte numérisé non relu

Q U AR ANT R-DEU X I KM K LRCON

électrique se laissent distendre par une quantité plus grande de sang, et apparaissent alors d’une façon plus nette, comme s’ils avaient été injectés violemment.

b) Fleura de Lichtenberg . — Ce sont des lignes sinueuses, légèrement recourbées à leur extrémité, et représentant dans leur ensemble, soit un bouquet, soit une étoile, soit un pinceau.

Ces dessins n’occupent parfois qu’une petite portion du corps; d’autres fois, ils s’étalent sur une grande surface; dans d’autres cas enfin, on en rencontre plusieurs séparés les uns des autres, Souvent le foudroyé accuse à ce niveau une douleur vive, avec sensation de brûlure.

c) Images électrographiques. — En troisième lieu, on peut voir apparaître sur la surface du corps des foudroyés des images représentant des objets quelconques placés dans les environs. C’est ce qu’on appelle des figures électrographiques. Des observations assez nombreuses ont été relatées par Sestier, mais elles semblent cependant laisser à désirer sous le rapport de l’authenticité; aucun fait personnel n’ayant été contrôlé par l’auteur lui-même.

4° Lésions punctiformes lenticulaires . — Vous verrez quelquefois sur la peau ce que l’on a dénommé les lésions punctiformes lenticulaires. Ces lésions se présentent sous trois formes principales. Une première variété est celle où les taches lenticulaires disséminées et un peu rouges simulent assez bien la variole à une certaine phase de son évolution. Une seconde variété semble produite par des grains de poudre à canon incrustés dans la peau; tantôt la peau est complètement brûlée à ce niveau, tantôt il n’existe qu’une tache ecchymotique. La troisième variété peut être comparée aux traces que produiraient des grains de plomb enfoncés au niveau du derme. Parfois les trous sont en petit nombre, mais le plus ordinairement on dirait ({ue la charge entière d’un fasila atteint le foudroyé. Tantôt le tissu dermique est à peineentamé, tantôt la lésion est profonde.

Les bords des trous sont presque toujours noirs, secs, évidemment bridés; une rougeur érythémateuse les entoure et s’étend sur une zone plus ou moins large.

5° Raies. — On rencontre plus fréquemment que toutes les altérations dont nous venons de vous parler les lésions connues sous le nom de raies. Un mot sur leur situation, leur nombre, leur largeur, leur longueur, leur direction, leur coloration. Le plus ordinairement les raies affectent les régions antérieures et latérales du corps; elles contournent assez fréquemment le tronc et les membres, elles se présentent parfois sur les deux membres avec une symétrie parfaite. Le nombre en est variable : souvent on n’en rencontre qu’une ou deux, l’une et l’autre partant d’un même point et s’étendant plus ou moins loin. Parfois les raies sont placées parallèlement les unes à côté des autres; dans d’autres circonstances, de nombreuses raies sont disséminées sans ordre sur le tronc et les membres.

Les raies sont habituellement étroites, de quelques millimètres de largeur seulement; exceptionnellement elles ont un ou deux pouces de largeur. Une disposition assez fréquente mérite d’être signalée: la raie peut s’étaler et s’épanouir brusquement sous forme de taches bleuâtres ou noires. La longueur varie beaucoup: parfois elle s’étend de la tête aux pieds ; d’autres fois, elle ne correspond qu’à la moitié du corps. Les raies sont rarement transversales, mais le plus souvent longitudinales ; on en voit souvent d’obliques et comme jetées en écharpe. Sestier en a décrit sous forme d’hélices. La raie contourne quelquefois en spirales une certaine longueur du tronc ou des membres. Cet auteur rapporte, par exemple, lofait suivant. Un gardien de phare fut trouvé seul et mort à son poste: il avait été frappé de la foudre pendant son sommeil. On crut tout d’abord à un crime, mais en examinant le cadavre avec plus d’attention, on trouva une raie qui contournait le tronc en spirale, et dont la présence permit de porter le diagnostic. Gomme coloration, les raies se présentent de diverses manières, noires ou couleur de

suie, rouge vif ou obscur, brun bleuâtre; rarement elles sont d’une teinte jaune. De Quatrefage en a vu une argentée.

Habituellement la lésion sous forme de raies est superficielle; d’autres fois, l’épiderme est enlevé comme à la suite d’une écorchure, et les parties du derme sont plus ou moins altérées.

Vous noterez, en outre, l’observation suivante:

La nature de la lésion varie à l’origine, à la terminaison et au niveau du trajet de la raie. Ainsi, au point d’origine et au point de terminaison vous constaterez souvent des phénomènes de contusion très prononcés; dans les parties intermédiaires, au contraire, les traces de contusion sont aussi superficielles que possible. Gomme dans les cas de fulguration des corps inertes, c’est presque toujours à l’entrée et à la sortie que l’on rencontre les dégâts les plus graves.

6° Incisions des tissus. — Quelquefois la foudre produit des effets qui se rapprochent beaucoup de ceux que l’on détermine en égratignant, en flagellant, en coupant ou en dilacérant les tissus. Ces détails ont, comme vous le pensez, une importance très grande en médecine légale. Les incisions que l’on observe sont parfois superficielles, peu étendues ; d’autres fois, elles sont, au contraire, remarquables par leur profondeur et leur longueur. Elles s’accompagnent souvent alors d’hémorragies graves .

7° Altérations des poils. — Un des effets les plus fréquents de l’action de la foudre sur l’homme consiste dans des altérations diverses du système pileux. Les cheveux peuvent être roussis, brûlés, arrachés, coupés comme avec des ciseaux. Sestier à même cité l’observation d’un homme foudroyé, dont les cheveux avaient être rasés comme avec un rasoir. La lésion des poils a lieu le plus souvent à l’aisselle, à l’aine, dans les endroits où la surface cutanée est un peu humide à cause de la transpiration. Quelques auteurs ont signalé parfois des colorations diverses que l’on voit survenir subitement ; ainsi les cheveux, la barbe ont pu blanchir quelquefois instantané-

ment. On voit parfois l’épiderme s’exfolier dans une étendue considérable.

8° Brûlures. — Des brûlures sont fréquemment le résultat de l’action de la foudre sur le corps de l’homme, brûlures du premier, du second, ou du troisième degré. Quelques observations spéciales peuvent être faites dans ces diverses conditons. Ainsi pour les brûlures avec érythème, la teinte est plus violette, plus purpurine. Lorsque la brûlure siège, par exemple, à la figure, on dirait que le blessé a été exposé à un coup de soleil. Dans les cas do brûlure avec phlyctènes, vous remarquerez que les phlyctènes sont peu considérables; elles dépendent quelquefois de la combustion des vêtements, et présentent alors des dimensions plus grandes. En général, les phlyctènes se forment presque immédiatement après le coup de fuudre.

Dans les cas de brûlures avec escarification, voici les quelques faits à retenir :

Les escarres ont une certaine mollesse, elles ressemblent aux escarres produites par l’ammoniaque. Le plus souvent elles sont bornées à l’épaisseur du derme, ce sont simplement des escarres du troisième degré. Il est rare, très rare de les voir dépasser le tissu cellulaire sous -cutané; ce tissu cellulaire plus ou moins imprégné de graisse joue le rôle de corps isolant. Presque toujours la délimitation est nette, bien accentuée, c’est un des caractères distinctifs des brûlures par la foudre. Très souvent ces brûlures offrent une analogie très grande avec celles qui sont occasionnées par la déflagration de la poudre à canon. Les douleurs ressenties au niveau de ces lésions sont variables, tantôt très intenses, tantôt très modérées.

Gomme lésions graves et très graves vous noterez que la foudre produit parfois des arrachements de tissus, des fractures, des résections, des traumatismes, simulant ceux occasionnés par les armes à feu. On a cité l’observation

cl’un foudroyé chez lequel la langue fut enlevée avec la mâchoire inférieure.

Les fractures par la foudre peuvent être observées au crâne, à la face, au tronc, aux membres. Ces fractures ont lieu le plus souvent sans que la peau ou les parties molles soient endommagées. Dans une observation citée par Sestier, le crâne avait été perforé comme par une balle entrant d’un côté et sortant de l’autre. On a parlé du ramollissement des os, suite de fulguration, c’est une opinion généralement accréditée, mais les faits à l’appui de cette affirmation ne sont pas assez précis pour qu’on puisse les accepter d’une façon complète. Gomme luxation à la suite des coups de foudre, Sestier en a cité seulement une de la hanche et une du genou.

Pour la production des divers accidents que nous venons de passer en revue, voici quelques particularités à retenir.

Habituellement ces lésions s’accompagnent de peu d’écoulement de sang. Dans la collection si complète des observations de Sestier, deux seuls exemples d’hémorragie grave sont rapportés.

Il est, en outre, extrêmement rare de voir la gangrène s’emparer des tissus frappés par la foudre. Ce fait est d’autant plus important à retenir que très souvent l’état des parties foudroyées simule parfaitement la mortification. Ces parties sont tout d’abord privées de sensibilité, de mouvement, de chaleur ; elles sont tuméfiées livides, bleuâtres ou noires ; la gangrène semble déjà réalisée, et cependant vous verrez souvent le mouvement, la sensibilité et la chaleur revenir.

B. Gomme lésions internes, vous constaterez :

Des épanchements sanguins dans les divers organes. Ges épanchements plus ou moins considérables se rencontrent soit au milieu du parenchyme des muscles, soit dans la masse cérébrale, soit aussi dans le parenchyme pulmonaire.

Des lésions intéressantes ont été signalées du côté de l’œil. Ainsi une tache triangulaire, livide, apparaît sur la sclérotique,

la cornée transparente devient opaque, enfin quelquefois on a noté la formation cl’une cataracte. Deux observations en ont été indiquées par Sestier. L’une très importante est due à un ancien oculiste de Lyon, le docteur Rivaud-Landrau. Suivant Rivaud, la cataracte par fulguration serait due à la rupture des attaches du cristallin et des vaisseaux qui te nourrissent. 11 est probable que l’action de la foudre détermine sur la lentille cristallinienne une modification physico-chimique qui entraîne de suite une altération de structure.

Rappelons qu’en 1840 le docteur Krussel affirmait qu’il pouvait à volonté produire des cataractes par l’action du pôle négatif d’une pile sur le cristallin, le pôle positif agissant en sens inverse et ramenant les parties à un état normal. Quelques expériences ayant démontré que le fluide électrique peut coaguler l’albumine sans entraîner une modification déstructuré dans cette substance, ce retour à l’état normal d’un cristallin rendu opaque peut être, par conséquent, accepté comme un fait possible.

G. Troubles généraux plus ou moins graves sans lésions apparentes. — Quelquefois le blessé semble avoir été soumis à une véritable intoxication, comme à la suite, par exemple, de l’impression du froid, mais rien d’assez précis n’a été signalé pour que nous insistions sur cette idée.

Souvent le blessé manifeste une série de symptômes graves du côté du système nerveux, des douleurs, des névralgies, des troubles intellectuels, des convulsions. Les sensations douloureuses occasionnées par l’action de la foudre varient dans leur nature, et se présentent à des moments différents. Tantôt elles sont ressenties au moment même de la fulguration, tantôt un peu plus tard. Quelquefois le foudroyé accuse une douleur qu’il compare à une brûlure très violente; d’autres fois, la sensation est celle d’un picotement très accusé, comme si des aiguilles pénétraient dans les tissus; le foudroyé peut éprouver une sensation de commotion violente, quelquefois

locale, cjinme un coup de bâton frappant une partie du corps; d’autres fois, commotion générale : souvent alors l’individu est renversé. Le foudroyé reste quelquefois immobile, comme hébété; la stupeur est, du reste, très variable comme durée: de quelques minutes parfois, elle peut se prolonger plusieurs heures et même plusieurs jours.

La perte de mémoire à été signalée dans bien des observations. Ingenhoux a cité à ce sujet un fait arrivé à lui-même. Frappé au front parla décharge d’une forte batterie électrique, il se retire chez lui étourdi, essaie d’écrire, mais sans pouvoir se souvenir d’aucune idée.

Le foudroyé peut délirer : délire furieux, délire de terreur et d’épouvante. Souvent, en sortant de l’état de stupeur que nous vous avons signalé, le blessé est pris de mouvements convulsifs qui s’expriment sous des formes différentes, tremblements des membres, convulsions cloniques. Nous avons été témoins d’un fait de ce genre, il y a quelques années. Au moment d’un orage, un étudiant en médecine éprouve une commotion violente, en percevant comme la sensation d’un torrent de flammes partant d’un nuage et venant frapper le sol. Il ne fut pas foudroyé directement, mais impressionné probablement par le phénomène du choc en retour, fut pris presque subitement d’une sueur générale, comme s’il y avait eu chez lui une paralysie des vaso-moteurs, et présenta alors des phénomènes convulsifs intenses.

On voit fréquemment se produire des convulsions toniques. La raideur tétanique s’empare instantanément du foudroyé : tantôt elle est partielle, tantôt elle est générale. Ce symptôme est d’ordinaire de peu de durée ; en effet, dans dix-sept observations analysées par Sestier, ce phénomène n’a pas dépassé quelques heures. Souvent même l’intelligence n’est pas encore revenue alors que la raideur est déjà dissipée.

Le foudroyé est souvent frappé de paralysies diverses, le plus souvent ces paralysies siègent aux membres inférieurs ; la

foudre atteint, en effet, beaucoup plus fréquemment les membres inférieurs que les membres supérieurs. Le corps étant debout, avec les bras pendant, forme avec le sol un conducteur non interrompu, laissant en quelque sorte les membre supérieurs de côté. Nous nous rappelions cependant un cas de paralysie faciale que nous avons observé dans le service deNélaton.

Les paralysies par fulguration sont, du reste, d’un pronostic bénin : souvent elles ne persistent que pendant quelques heures, quelques jours, deux ou trois mois au plus.

Dans quelques circonstances, l’individu foudroyé reste en état de mort apparente, cet état pouvant persister depuis quelques minutes jusqu’à une, deux ou même trois heures. Cette dernière observation devra, comme vous le comprenez, vous rendre très circonspects toutes les fois que vous aurez à donner des soins à un sujet frappé par la foudre. Conservez toujours de l’espoir toutes les fois que vous ne constaterez pas de lésions capables de ne vous laisser aucun doute sur la terminaison fatale.

D. Mort sans lésions apparentes . — En dernier lieu, la mort peut être observée et l’individu ne présenter cependant aucune lésion apparente. Le plus souvent, dans ces conditions, la mort est instantanée. A quel mécanisme attribuer ces cas de mort ? Pour quelques auteurs, la foudre dilate l’air ambiant, fait ainsi le vide, et l’homme, placé comme sous le récipient d’une machine pneumatique, succombe presque instantanément. La raréfaction de l’air, à supposer qu’elle existe, est de si courte durée, que vraiment cette opinion ne peut être acceptée.

On a dit, en sens inverse, que le courant électrique refoulait l’air ambiant, exerçait une pression violente sur la colonne gazeuse contenue dans les voies respiratoires ; de là, distension et déchirures des cellules pulmonaires. Gomme les recherches anatomiques n’ont pas permis de vérifier ces lésions, cette explication doit être abondonnée.

QUATANTE-DEUXIEM E LEÇON

On a parlé de la décomposition instantanée du sang, de l’asphyxie provenant de la disparition subite de l’oxygène de l’air ; mais quelles sont les analyses chimiques capables de justifier de semblables théories? Il nous semble, en définitive, plus logique de faire dépendre la mort de la paralysie du cœur ou de celle des muscles respirateurs. L’expérience semble, en effet, démontrer que la foudre a pour effet de détruire l’irritabilité musculaire ; il est, du reste, bien évident que souvent la mort peut être due à des lésions internes que rien tout d’abord ne permet d’affirmer.

Pronostic. — Après cette étude symptomatologique, apprécions d’une façon générale le pronostic des accidents dus à l’action de la foudre.

1° La mortalité générale s’élève à 41 0/0. Sur un total de 601 personnes atteintes par la foudre, Scstier a noté 251 décès. Ce chiffre est probablement un peu trop élevé. Pour résoudre très complètement cette question, il faudrait nécessairement tenir un compte exact de tous les cas de fulguration. Ce relevé n’est pas fait, et comme les auteurs ont probablement cité plutôt les cas funestes, la vérité, on le comprend, n’est pas encore définitivement établie.

2° Quand la mort n’a pas été immédiate, il y a bien des chances pour que le blessé revienne à la vie et même à la santé. La foudre épuise, pour ainsi dire, immédiatement son action sur l’homme; si la mort ne survient pas de suite, le sujet peut être considéré comme sauvé. La statistique vient à l’appui de cette proposition. Sur un total de 365 individus atteints par la foudre et qui ont survécu au premier choc, 15 seulement ont péri plus tard.

3° Le pronostic ne semble pas varier suivant les sexes.

4° La gravité semble plus considérable chez l’enfant que chez l’adulte.

5° Le danger est plus ou moins grand suivant la région du corps primitivement atteinte; ainsi, les deux tiers des cas sont

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