PANSEMENTS A CIEL OUVERT
inflammatoires consécutifs, nous joindrons en dernier lieu les pansements à ciel ouvert.
Pansements à ciel ouvert. — Le pansement à ciel ouvert consiste à laisser la surface traumatique librement exposée au contact de l’air, dans une position convenable, sans aucune substance médicamenteuse, ni charpie, ni compresses, ni bandages. C’est un pansement, si l’on peut ainsi dire, sans pansement. Dès 1825, Syme, renonçant aux pansements compliqués, se contentait de réunir les plaies par la suture et de les recouvrir seulement de quelques pièces de protection. Plus tard, en 1856, Hermann Vezin, Burow, en Allemagne; Humphry, en Angleterre, érigèrent ce pansement à ciel ouvert au rang d’une véritable méthode. En 1867, Billroth, Esmarch, Rose, à Zurich, généralisèrent ce traitement non seulement pour les amputés, mais aussi pour les autres genres de traumatisme. Le pansement à ciel ouvert comporte, du reste, deux procédés spéciaux. D’une part, le docteur Rose, laisse la plaie béante complètement exposée à l’air ; d’une autre part, les chirurgiens de Moscou ne craignent point de tenter la réunion par première intention dans tous les cas où elle est possible.
Le pansement à ciel ouvert est. aujourd’hui accepté dans un grand nombre d’hôpitaux de premier ordre, adopté en Angleterre par James Taylor, Campbell (de Morgans), Prescott Hewett; en Amérique, par Dennis etWood (de New-York) ; à Varsovie, par Benni; à Saint-Pétersbourg, par Korzeniewski. Des résultats cliniques importants ont été mentionnés. Ainsi une monographie du docteur Kronlcin (1872) indique quelques renseignements statistiques vraiment exceptionnels. Les faits ont été fournis par les registres cantonaux de Zurich, pendant les périodes de 1860-67 et 1867-71.
Pendant la première période, Billroth était chirurgien de l’hôpital et n’avait pas encore adopté la pratique des pansements à ciel ouvert; pendant la seconde période, Rose, successeur de Billroth, mettait en pratique ce pansement chez tous ses opérés.
Or, pendant la première période, la mortalité avait été :
!de 51 0/0 après les grandes amputations; de 31 0/0 après les extirpations du sein; de 23 0/0 après les fractures compliquées.
Pendant la seconde période, la mortalité ne fut plus que de 20 0/0, de 13 0/0, de 21 0/0.
A l’hôpital de Bellevue, sur 14 grandes amputations, Dennis n’a pas perdu un seul malade. Il faudrait être bien exigeant pour ne pas se contenter de pareils chiffres.
Il est difficile de s’expliquer, au premier abord, pourquoi les pansements à ciel ouvert permettent d’arriver à des résultats semblables, puisque, d’une part, l’air a été considéré comme un excitant capable d’augmenter les phénomènes inflammatoires de la plaie, et, que d’un autre côté, c’est l’air que l’on peut accuser d’apporter les germes nuisibles.
Kostareff, chirurgien de Moscou, a proposé l’explication suivante :
L’air extérieur, dit -il, se trouvant en contact libre avec la plaie, rend inoffensifs les agents de la putréfaction, de la septicémie et des autres complications, soit peut-être parce que l’oxygène qu’il renferme les tue ou que le renouvellement incessant de cet air chasse dans l’espace les gaz et autres produits encore mal connus qui se forment à la surface de la plaie.
L’air serait donc nécessaire pour la marche régulière des plaies, mais l’air continuellement renouvelé. Dans le pansement simple, l’air se trouve confiné: il se forme alors une atmosphère des microbes pathologiques. « Le non-libre accès de l'air,» suivant l’expression dont se servent les chirurgiens russes, telle serait la vraie cause de la virulence des plaies. De cette manière de voir, dérive tout naturellement le principe fondamental de l’aération, et comme nous aurons à le constater bientôt ; si Lister et Guérin ont obtenu de bons résultats, c’est que, même sans aération constante, ils ont su cependant rendre leurs pansements inoffensifs.
Pansements caustiques. — Pansement au perchlorure de fer du docteur Bourgade (de Clermont). — Pansements antiseptiques. — Nous examinerons seulement le pansement à l'alcool, le pansement à l’acide phénique et le pansement à l’acide salycilique de Thiersch. — • Pansement à l’alcool. — Mode d'application. — Action générale de ce pansement. — Résultats cliniques obtenus. — Pansement de Lister.
— Indication des objets nécessaires pour pratiquer ce pansement. — Exécution du pansement. — Pour une plaie suite d’opération, précautions spéciales à employer avant, pendant et après l'opération. — Appréciation. — Opinion de Gosselin. — Opinion de Lefort. — Résultats cliniques dus au pansement de Lister. — Pansement antiseptique à l'acide salycilique du docteur Thiersch. — Pansements à l’iodoforme. —
— Pansement préservateur ou pansement à la ouate d'Alphonse Guérin. — Indicitions des pièces nécessaires pour réaliser ce pansement. — Modus faciencli. — Résultats cliniques. — Modifications indiquées par Ollier et Sarrazin. — Appréciation générale à propos des divers pansements.
Messieurs,
Il nous reste actuellement à étudier les pansements des trois dernières catégories que nous avons établies, c’et le sujet que nous traiterons dans cette leçon.
A une époque peu éloignée de nous, beaucoup de chirurgiens émirent l’idée que la plupart des accidents dépendaient essentiellement du passage dans le torrent de la circulation des liquides nuisibles secrétés au niveau de la solution de continuité.
Pour éviter ce passage, ils formulèrent tout naturellement le conseil, soit de détruire sur place les substances nuisibles, soit d’oblitérer le calibre des vaisseaux; cette pensée devint tout d’abord l’origine du pansement caustique.
L’emploi des pansements caustiques permet, en effet, de réa-
liser cette double indication. L’action d’une substance caustique au niveau do la surface d’une plaie détruit, d’une part, les substances nuisibles qui peuvent exister sur cette surface ; d’une autre part, elle coagule le sang dans les vaisseaux, et arrête ainsi la circulation.
Bonnet (de Lyon) préconisa surtout cette méthode, conseillant la cautérisation des plaies récentes et surtout des plaies d’opération, soit avec le ehlorure de zinc, soit avec le fer rouge; d’autres se contentèrent do cautérisations légères faites avec le nitrate d’argent.
Pansement caustique du docteur Bourgade. — Gomme pansement caustique, nous vous indiquerons d’une façon toute spéciale le pansement au perchlorure de fer du docteur Bourgade (de Clermont). Voici en quoi consiste ce mode de traitement. Supposons, par exemple, qu’il s’agisse d’une plaie d’amputation :
1° Une fois l’opération terminée, les ligatures faites avec le plus grand soin, la plaie bien épongée et séchée, on en recouvre la surface avec des bourdonnets de charpie fortement imbibés de perchlorure de fer; l’auteur emploie habituellement du perchlorure de fer des hôpitaux à 30°. Tous les points sont exactement recouverts, de telle façon que tous les tissus incisés, muscles, tissu cellulaire, aponévroses, vaisseaux, puissent subir b ien complètement l’action du liquide chloroferrique.
2° Par- dessus on applique un gâteau de charpie sèche ou légèrement mouillée ; ce gâteau doit être assez épais pour absorber l’excès de la solution ferrique qui pourrait couler et exercer alors une action irritante sur les bords cutanés. Le tout est maintenu en place par des bandelettes et quelques tours de bande.
Voici habituellement les phénomènes consécutifs qui se produisent avec ce pansement: 1° Le pansement détermine le plus souvent de la douleur ; cette douleur cède presque toujours après quelques heures et rarement nécessite une médication spéciale. Au dire de l’auteur, cett ) excitation de la sensibilité serait même salutaire dans certains cas particuliers, lorsque le blessé, par