SYMPTOMES PRECURSEURS DU TETANOS
Symptômes 'précurseurs locaux. — Les symptômes précurseurs locaux sont les suivants :
1° Souvent les malades commencent à ressentir des douleurs limitées à la région qui a été le siège du traumatisme. Ces douleurs, que les malades comparent à des piqûres ou à des brûlures, s’étendent rapidement aux parties voisines et s’irradient dans tous les sens revenant par accès et s’accompagnant souvent de légers mouvements de iiexion ou d’extension.
2° La plaie est plus douloureuse. Le moindre attouchement à ce niveau détermine quelques symptômes réflexes.
3° La suppuration diminue et devient quelquefois fétide.
4° Les bourgeons charnus perdent leurs caractères normaux.
Symptômes précurseurs généraux, — Gomme symptômes précurseurs généraux, quelques auteurs ont indiqué la céphalalgie, l’anorexie, la perte de sommeille docteur Liébaud, qui a pu observer le tétanos sur lui-même, signale une douleur tensive perçue au niveau de l’appendice xyphoïde. Nous avons tenu à insister sur ces phénomènes précurseurs, ils permettent de reconnaître plus tôt les premières atteintes du mal, et de faciliter, par conséquent, l’emploi d’une thérapeutique plus utile. Arloing et Tripier, dans un mémoire publié en 1869 par la Société de biologie, et Budin, dans une thèse de 1872, ont eu le mérite de mettre en relief quelques-uns de ces symptômes. Malheureusement ils passent le plus souvent inaperçus et la maladie s’exprime soudainement par les phénomènes suivants :
Période de début. — a) Le malade accuse une raideur douloureuse à la nuque, s’accompagnant d’une certaine difficulté dans les mouvements de la tête.
b) Symptôme plus caractéristique, le malade vous avertit qu’il ne peut plus ouvrir la bouche. Les mâchoires présentent une constriction modérée, les dents s’écartent à peine, la mastication est impossible, et si l’on cherche à ouvrir la bouche, on provoqueun léger paroxysme qui, au contraire, la ferme davan-
Berne. — P o t h , chir., II.
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tage. Gc symptôme constitue ce que l’on appelle le trismus. 11 est convenable d’ajouter que cette contraction des mâchoires est douloureuse, et que la douleur s’exprime surtout au moment où l’on cherche à écarter les maxillaires. Pour Roger et la plupart des auteurs, le trismus aveccette douleur dont nous venons de parler est un symptôme pathognomonique du tétanos.
c) Dès ce moment, vous constaterez aussi quelques phénomènes de contracture légère du côté des muscles du pharynx, de l’œsophage et meme du larynx. La déglutition est un peu pénible, et la voix du malade prend un peu plus d’acuité.
cl) Un dernier symptôme doit être indiqué: les glandes salivaires sécrètent une salive plus abondante, et l’on voit s’écouler de la bouche du blessé un liquide écumeux et blanchâtre.
Peu à peu la scène s’accentue davantage, et le malade entre dans la période d’état.
Période d’état. — i° Le trismus augmente, les mâchoires restent fortement serrées l’une contre l’autre, et c’est à peine si, dans l’intervalle des accès, on peut faire passer quelques aliments liquides.
2° La rigidité se propageaux muscles de la face : les sourcils se rapprochent, le front se ride, les paupières se ferment â moitié, les commissures labiales sont tiraillées en dehors et la physionomie présente alors le caractère du rire sardonique.
3° La rigidité s’étend ensuite, avec un certain ordre, aux muscles plus éloignés, à mesure qu’elle s’accentue davantage dans le groupe musculaire précédemment envahi : après les muscles de la tète, ceux du cou, puis les muscles du tronc et ceux des membres inférieurs. Les muscles du tronc ne se faisant pas toujours parfaitement équilibre, il peut en résulter des attitudes diverses: la contracture musculaire plie le corps tantôt en avant, tantôt en arrière, ou enfin sur les côtés, il y a alors ce que les auteurs ont appelé empi'ostholonos , opisthotonos, pleur ostholonos. De toutes ces attitudes, Yopist/iotonos est la plus fréquente; le malade, dans ces conditions, se replie en
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arrière, en s’appuyant sur la partie postérieure de la tète et sur les talons.
La contracture envahit en dernier lieu les membres supérieurs, plus vite atteints dans les cas de tétanos très grave, épargnés jusqu’à la terminaison heureuse dans les cas bénins ; les muscles de ces parties ne se raidissent, dans les cas d’intensité moyenne, qu’après ceux des régions précitées.
A ce moment, le spasme musculaire est à peu près généralisé, le corps entier est inflexible, on dirait une statue de marbre, un cadavre rigide. Les parois du ventre se rapprochent de la colonne vertébrale et compriment mêmeles viscères abdominaux, soit dans la fosse iliaque, soit sous les fausses côtes.
4° Les muscles de la respiration et ceux de la vie organique participent bientôt àla contracture générale; lorsque le spasme, à un moment donné, survient au niveau du larynx, le malade 11e peut plus articuler aucune parole, et au milieu de ses souffrances, lorsque le blessé veut exprimer son angoisse, il ne fait entendre que des plaintes sourdes et étouffées. Du moment où le spasme envahit ces parties, la terminaison fatale est imminente.
5° Observation importante, les contractions présentent des moments d’exacerbation et de détente relatives. De temps à autre, la convulsion s’exagère, la douleur devient alors excessive, le moindre attouchement, le plus petit mouvement imprimé au lit, le moindre effort pour parler ou avaler, l’impression la plus fugitive, un léger bruit, une lumière un peu vive, même une impression morale très légère, suffisent pour éveiller cette réaction, cet acte réflexe; la volonté elle-même, la simple intention d’un mouvement, ainsique le fait observer Pointcarré, suffisent pour déterminer ce phénomène. Parfois les accès se rapprochent et arrivent à se succéder sans cause appréciable.
6° Les paroxysmes peuvent être moins violents pendant la nuit, et le malade dormir assez paisiblement.
En envisageant la contracture tétanique en elle-même, vous vous souviendrez des observations suivantes.
Au début, cette contracture est légère, permanente, sans paroxysmes ; plus tard, permanente avec paroxysmes très marqués; la contracture est, en d’autres termes, tonique; elle est violente, soutenue, toujours plus ou moins généralisée. 11 esta remarquer, en outre, que la contraction est ce que l’on appelle sans travail effectué. En 1866 ( Comptes rendus de la Société de biologie ), Charcot et Bouchard ont établi une distinction importante entre les maladies à convulsions toniques (tétanos, épilepsie) et les maladies à convulsions cloniques (chorée, paralysie agitante). Dans les premières, il y à élévation de la température à un haut degré ; dans les secondes, la température ne s’élève pas.
7° Au milieu de cette scène de contracture généralisée, les autres symptômes n’ont rien de bien particulier. Le cerveau conserve son intégrité fonctionnelle complète; Larrey avait été frappé de ce fait, et il en cite de nombreux exemples. Le docteur Liébaud, s’exprime ainsi, en racontant sa propre observation: « Mon imagination ne s’est jamais égarée, je distinguais les personnes qui se présentaient auprès de moi, seulement il m’était impossible d’articuler mes propres pensées. »
8° Le pouls est habituellement très accéléré, en rapport avec la maladie, avec la fréquence et l’intensité des spasmes.
9° L’urine présente des modifications, mais les observations dans ce sens sont encore contradictoires : ainsi Wunderlich avait indiqué que les produits de la combustion des tissus ne se montrent pas en excès dans l’urine; Charcot et Bouchard ont noté, au contraire, une augmentation de l’urée.
Suivant Martin de Pedro (de Madrid), l’ urine peut contenir de l’acide carbonique : l’auteur indique ce symptôme comme un signe de la convalescence ; nous aurons à discuter plus tard sa théorie, mais les recherches modernes semblant avoir prouvé que, contrairement à l’opinion de Helmoltz, la quantité d’urée n’augmente pas dans le muscle par le fait de la contraction musculaire et que celle de l’acide carbonique