CAUSES DE L’ÉLÉVATION DE LA TEMPÉRATURE
s’élève notablement, l’observation do ce phénomène serait donc toute naturelle.
9° La température est presque toujours très élevée. Les anciens observateurs avaient noté le fait, mais sans insister beaucoup sur ce phénomène; aujourd’hui les recherches sur ce sujet sont beaucoup plus nombreuses et méritent un examen spécial.
Quelquefois le trismus initial ne s’accompagne d’aucun changement dans la colonne thermométrique, puis une légère élévation survient au moment de l’envahissement musculaire. La chaleur monte alors à 38°, 38°, 5, 39°, et reste stationnaire à peu près pendant tout le temps de la maladie. Quelquefois le tracé est variable, irrégulier, fantaisiste, pour ainsi dire.
D’autres fois, la température monte seulement pendant la période la plus grave, au moment même des accidents mortels. Dès 1861, Wunderlich avait signalé que souvent dans le tétanos la température montait, au moment de l’agonie, dans des proportions excessives; ainsi l’auteur cite l’observation d’un tétanique chez lequel la température s’éleva à 44°, 75.
Il y a presque toujours une recrudescence légère au moment des paroxysmes; quelques observateurs cependant n'ont pas constaté ce fait.
Gomme nous le verrons bientôt en nous occupant du pronostic, les températures élevées font habituellement prévoir une évolution fatale; les températures faibles sont, au contraire, de bon augure.
Causes de V élévation de la température . — Il nous paraît tout naturel de rechercher la cause de ce symptôme. Des raisons nombreuses ont été invoquées pour en rendre compte; malheureusement jusqu’à présent la véritable raison est encore à trouver. Les opinions émises sur ce sujet peuvent se ramener aux suivantes.
Pour quelques auteurs, la contraction musculaire est la seule cause des températures élevées. Cette explication est sans aucun douté celle qui s’offre la première à l’esprit et qui
paraît on rapport avec les travaux -des physiologistes et les opinions enseignées au sujet de la chaleur animale. Ainsi vous savez que d’après Béclard les contractions statiques produisent plus de chaleur que les contractions dynamiques. Or, dans le tétanos, les muscles se contractent avec énergie, mais sans déplacer les membres ; quoi de plus naturel, par conséquent, d’admettre que tous ces efforts musculaires sans travail accompli concourent à une ascension considérable de la température. Mais alors pourquoi l’ascension thermométrique 11e se fait-elle pas chez tous les tétaniques? Pourquoi la chaleur produite 11e devient-elle souvent sensible qu’au moment de la dernière période ?
Pour quelques pathologistes, la véritable cause dépend de phénomènes intimement liés à la période de l’agonie. La température s’élève, disent-ils, parce qu’à ce moment les combustions s’exagèrent, la paralysie des vaso-moteurs amène l’ampliation vasculaire. L’agonie, il est vrai, peut bien entraîner, comme Cl. Bernard l’a indiqué, une augmentation passagère de la chaleur; mais que signifient ces oscillations de quelques dixièmes de degré pour nous rendre compte des élévations si considérables observées pendant l’évolution du tétanos?
Giraldès, Arloing et Tripier ont pensé que cette cause dépendait d’une modification des centres nerveux. Le phénomène serait l’analogue de celui qui se produit dans les cas de lésion de la portion cervicale de la moelle.
Pour Verneuil, l’élévation de la température devrait être attribuée, soit à une lésion inflammatoire consécutive que le tétanos entraîne du côté de l’appareil pulmonaire, soit aux lésions traumatiques quelquefois très importantes qui ont été la cause première de la maladie. Dans sa thèse (Quelques considérations sur la température dans le tétanos, Paris, 1876), Thomas a rapporté six observations dans lesquelles la complication pulmonaire a pu être considérée comme positive. De toutes ces causes, la plus importante est, sans aucun doute, la
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contraction musculaire; mais il est bien possible, que clans beaucoup cle cas, les explications que nous avons données contribuent aussi à produire ce résultat. Acceptons aussi une théorie éclectique.
La scène pathologique que nous venons d’esquisser se termine le plus habituellement par la mort, très souvent même le malade succombe dans des cas qui tout d’abord semblent seulement de moyenne intensité. La mort arrive soit par asphyxie au moment d’un paroxysme plus violent, soit par la gêne progressive des mouvements respiratoires ; quelquefois, par suite d’une contracture du cœur; d’autres fois, l’obstacle apporté à la déglutition par les muscles du pharynx et du cou entraîne la mort par inanition. Souvent la mort dépend de l’épuisement des centres nerveux par l’exagération même de leur activité pendant l’évolution de la maladie. Notons encore que des lésions graves peuvent se réaliser dans divers organes, les poumons, par exemple, ou le cerveau : la terminaison fatale dépend alors de ces diverses localisations.
Quelquefois cependant la guérison a lieu. Dans ce cas, les paroxysmes sont moins fréquents, leur intensité diminue, la permanence dans la contracture cesse, et les muscles se reposent au moins dans l’intervalle des accès. Dans ces conditions favorables, on voit ordinairement survenir des sueurs abondantes. Quelquefois un prurit général est ressenti par tout le corps. Pinel, Richerand, Dumas ont insisté sur le fait suivant : les malades ressentent quelquefois un fourmillement qui a son point de départ au niveau de la colonne vertébrale, et qui se dirige dans toutes les parties du corps. On a cité aussi des exemples dans lesquels le tétanos s’est amélioré rapidement à la suite d’évacuations critiques, soit du côté des urines, soit du côté du tube digestif. Peu à peu, tout rentre dans l’ordre, mais avec une grande lenteur. La moindre imprudence, le moindre courant d’air peuvent tout remettre en question, et pendant longtemps, alors que le malade jouit déjà d’un sommeil
réparateur, qu’il parle, qu’il marche, il sent encore de temps à autre des contractions un peu douloureuses, rappelant vaguement les contractions légères de la période prodromique. Nous aurons, du reste, à insister d’une façon particulière sur les symptômes qui accompagnent cette issue favorable, lorsque nous nous occuperons plus spécialement de la terminaison et du pronostic.
Les symptômes, tels que nous venons de les décrire, constituent ce que l’on peut appeler le tétanos type, le tétanos classique. Il est bon de vous signaler, en outre, les exceptions symptomatologiques qui peuvent quelquefois se rencontrer. Ainsi :
Parfois le trismus n’existe pas au début, vous trouverez même dans le travail de Richelot (1875) un cas exceptionnel tiré de Ogle ( Transactions , 1871, t. I, p. 8) dans lequel ce symptôme n’a existé à aucune période de la maladie. Quelquefois le spasme du pharynx est immédiatement associé au trismus ; le tétanos revêt alors une forme dysphagique sur laquelle Giraldès a appellé tout spécialement l’attention, forme très grave sur laquelle nous insisterons à propos du pronostic.
Le tétanos des nouveau-nés se présenterait, d’après quelques observateurs, avec des allures spéciales. Ainsi quelques auteurs ont décrit sous le nom de tétanos éclamptique une forme s’accompagnant do véritables crises éclamptiques ; mais la vérité n’est pas encore complète sur ce point pathologique. Il y a peu d’années (1872), le professeur Parrot a publié dans les Archives de médecine un mémoire pour prouver que cette prétendue forme de tétanos n’est qu’une variété de la forme convulsive ou éclamptique de l’encéphalopathie urémique.
Pour achever cette étude symptomatologique, il nous reste à vous dire quelques mots sur la marche habituelle du tétanos et sur sa durée.
Durée , marche du tétanos. — Le tétanos est une affection à marche essentiellement rapide; le plus souvent, il parcourt toutes