‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 159 sur 270 · ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES DU TÉTANOS · texte numérisé non relu

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES DU TÉTANOS

à accepter cette idée. « J’incline, dit Billroth, vers une interprétation humorale du tétanos ; je considère cette affection connue une maladie d’intoxication spécifique, sans cependant être en état d’apporter les preuves à l’appui de cette opinion. » Quel est, en effet, ce poison spécifique? Quelle est sa nature, sa provenance ? Rien de bien positif malheureusement n’est encore fourni sur ce sujet.

Le tétanos naît souvent à la suite d’un refroidissement subit; peut-être pourrait-on penser que le sang* a été altéré par suite d’une perturbation des fonctions sudorales. 11 se produirait alors une espèce de septicémie autochtone, de même que la suppression de la fonction rénale détermine les accidents urémiques. Est-ce, au contraire, un poison spécial qui se formerait au niveau de la plaie ? La question serait à peu près tranchée dans le sens humoral si l’on pouvait prouver l’inoculation de la maladie, mais il est impossible de rien affirmer encore.

L’expérience n’a pu être faite de l’homme à l’homme; elle a été réalisée de l’homme à l’animal, et de l’animal à l’animal, toujours sans résultat. Arloing et Tripier ont consigné dans les A rchives de physiologie quelques tentatives infructueuses. Ainsi :

1° Ges auteurs ont injecté chez des lapins du pus et du sang recueillis sur des blessés morts de tétanos. Aucun résultat n’a été obtenu.

2° Les mêmes expériences ont été faites sur des chiens, aucun effet n’a été constaté.

3e Ils ont injecté du sang d’un cheval tétanique à un cheval sain, sans produire aucune intoxication tétanique.

En somme, la théorie humorale est, sans aucun doute, séduisante, surtout depuis les dernières découvertes de Pasteur sur le microbe de la rage, et depuis qu’il semble démontré que plusieurs blessés contractent souvent le tétanos simultanément ; mais cette théorie, après tout, n’est nullement prouvée par des expériences positives, et, pour le moment, on peut dire qu’elle est

formellement contredite par les expériences négatives d’Arloing et Tripier. De nouvelles recherches sont encore nécessaires avant de se prononcer.

Théorie nerveuse. — La théorie nerveuse du tétanos comprend elle-même plusieurs subdivisions.

A. La théorie nerveuse qui peut être dite théorie nerveuse de la myélite;

B. La théorie nerveuse que l’on peut appeler théorie nerveuse de l’action réflexe.

Théorie nerveuse de la myélite. — L’explication du tétanos par le fait de la myélite laisse beaucoup à désirer.

On observe parfois des cas de tétanos, et l’on ne constate aucune lésion médullaire. Or, quand vous affirmez, par exemple, que dans le croup la difficulté de la respiration vient de la présence de fausses membranes dans le conduit aérien, vous ne trouverez jamais aucun fait contre cette assertion. Puisque dans le tétanos on ne constate quelquefois pas de myélite, c’est une preuve incontestable que la myélite n’est pas la cause unique de ces accidents. Que de fois, en sens inverse, l’on constate des lésions médullaires sans qu’aucun symptôme de tétanos se soit produit.

Théorie nerveuse de V action réflexe. — La théorie nerveuse de l’action réflexe peut être exposée de la manière suivante :

1° Le tétanos est un acte pathologique de nature essentiellement réflexe. Cette expression signifie simplement, sans vouloir aborder les définitions classiques du pouvoir excito -moteur de la moelle, que les spasmes tétaniques sont des contractions réflexes succédant à des excitations ven mit des nerfs sensitifs d’une plaie.

2° Il se produit dans cette affection, dit Vulpian, une modification de la moelle, une exagération de son excitabilité. L’excitation venant des nerfs sensitifs intéressés au niveau de la plaie, agit sur la substance grise de la moelle, détermine dans cette

Page 1