SYMPTOMATOLOGIE DU DELIRE NERVEUX
l’enfant, et nous ne nous souvenons pas d’en avoir rencontré un seul exemple clans nos salles de la Charité.
4° Le délire nerveux survient souvent chez les blessés adonnés antérieurement aux boissons alcooliques ; ce fait se rencontre si fréquemment que Billroth a décrit cette complication sous le titre de délire traumatique des buveurs. Le professeur de Berlin distingue cependant un autre délire chez les blessés, qu’il appelle plus spécialement troubles physchiques après les blessures ; mais ce dernier cas est très rare, et le plus souvent le délire nerveux n’est pour lui qu’un délire alcoolique.
Symptomatologie . — Les symptômes surviennent presque toujours peu de temps après le traumatisme, généralement pendant les premiers jours qui suivent la lésion. Quelquefois vous rencontrerez des phénomènes précurseurs. Si, par exemple, le soir d’une opération vous trouvez l’opéré dans un état de gaieté un peu exagérée, s’il parle beaucoup plus que d’habitude, d’une parole vive et brève, s’il affecte à ce moment un courage, et une résolution alors inutiles, soyez attentifs, redoublez desoins pour éviter toute émotion nouvelle à votre malade. Malgré les précautions que vous prendrez, souvent la maladie éclatera ; voici alors ce que vous observerez :
Le blessé est tout cl’abord agité, inquiet, le regard est incertain, les mains sont tremblantes, ses idées sont confuses, ses paroles incohérentes, l’insomnie est complète. Bientôt le malade veut se lever, fait des gestes et des mouvements incohérents et irréfléchis. Fait important et déjà signalé par Dupuytren, le blessé devient d’une insensibilité prodigieuse, au point de vue surtout de la douleur ressentieau niveau delà partie traumatisée ; ainsi vous verrez parfois des malades atteints de fracture comminutive, même des membres inférieurs, arracher leurappareil, marcher, s’appuyer sur leur membre sans manifester la moindre souffrance. Dupuytren a cité l’observation d’un vieillard opéré d’une hernie étranglée, et qui, au milieu de son délire, était occupé à tirer ses intestins au dehors de la cavité abdominale.
En général, le délire est gai; le blessé cherche surtout à s’échapper.
Circonstance importante à noter, le pouls le plus souvent reste calme, régulier, peu rapide.
Comme terminaison, voici ce que vous constaterez : ordinairement, après quelques jours de fatigue, le malade s’endort, et à son réveil le calme intellectuel est revenu. Il reste ensuite longtemps dans un état d’alanguissement prononcé. Il arrive aussi parfois que la terminaison est fatale; Dupuytren a même rapporté l’observation d’un jeune homme qui mourut de délire nerveux en quarante-huit heures; le délire était survenu à la suite d’une plaie contuse du pied.
Pronostic. — En général, le pronostic est considéré comme peu grave. Les auteurs ont accepté sous ce rapport l’opinion de Dupuytren qui l’a formulée dans ce sens dans ses leçons cliniques. Ce dernier néanmoins est loin d’affirmer que la mort n’est jamais le résultat de cet accident. Billroth s’est élevé contre cette manière de voir; pour lui, la mortalité est plus considérable, et dans la moitié des cas la terminaison est fatale.
Anatomie pathologique. — Jusqu’à ce jour, il est difficile de se prononcer sur les modifications que subit le cerveau chez les malades atteints de cette complication. Quelquefois l’on a constaté de l’hypérémie encéphalique; d’autres fois, de l’ischémie. Dans quelques circonstances, on comprend que des altérations du sang, survenues peut-être à la suite du traumatisme, puissent être la seule cause matérielle du délire. Si les phénomènes persistent un certain temps, la structure cérébrale peut se modifier et l’on constate alors à l’autopsie des symptômes bien positifs d’inflammation encéphalique.
D’une façon générale, vous vous souviendrez de l’observation suivante. Les maladies du cerveau qui s’accompagnent de délire sont celles dans lesquelles les lésions organiques de cet organe ne sont que très légères, ne consistant ordinairement qu’en des troubles circulatoires. Lorsque les lésions