DIAGNOSTIC DU DEDIRE NERVEUX
sont plus considérables et que la structure cérébrale est profondément modifiée, on constate la suppression même des fonctions encéphaliques, la stupeur, le coma , la paralysie. Dupuytren avait formulé, au sujet du délire nerveux, une théorie vraiment bizarre. 11 y a, dit -il, dans chaque homme une certaine dose de force morale. Au moment d’une opération le malade augmente cette force par l’appel qu’il fait à son énergie. Quelquefois le malade souffre moins qu’il ne le pensait, il y a alors trop de force, et après l’opération cette force morale en plus occasionne le délire. Absolument, comme un individu qui, pour se préparer d’avance à une opération, prendrait des précautions extrêmes pour augmenter les forces physiques, comp tant que l’opération nécessitera une dépense considérable; si la dépense, est de peu d’importance, l’excès des forces persiste et la pléthore pousse à des accidents inflammatoires. On regrette que des esprits de la valeur de Dupuytren aient accepté des raisonnements semblables plutôt que de reconnaître simplement que la cause intime de l’accident échappe à notre examen.
Il nous reste à vous dire quelques mots du diagnostic et du traitement du délire nerveux.
Diagnostic. — Le diagnostic du délire nerveux offre parfois de grandes difficultés, au début principalement. Supposons, par exemple, un blessé atteint d’une fracture de crâne; ce malade délire; le délire n’est que nerveux, mais vous ne pourrez moins faire que de penser tout d’abord que ce symptôme est probablement sous la dépendance d’une lésion cérébrale matérielle. Rappelez -vous l’observation que nous vous avons signalée, il n’y a qu’un instant : lorsqu’une lésion cérébrale grave existe, avons-nous dit, on ne constate pas habituellement de phénomènes de délire, mais des symptômes de coma, des convulsions ou de la paralysie. Vous devrez toujours rechercher avec soin s’il existe ou non un état fébrile considérable. Lorsque la température est élevée, le pouls rapide, craignez autre chose que le délire nerveux. Ainsi, dans les cas de pyohémie, le délire est un
phénomène fréquent, mais qui survient habituellement dans une période déjà avancée de la maladie; le pouls est alors très fréquent, la température très élevée. Au contraire, les symptômes du délire nerveux surviennent le plus souvent peu de temps après le début du traumatisme, le pouls est calme, la température peu élevée. Ges mêmes idées vous guideront pour différencier la manie puerpérale, qui peut être considérée comme le délire nerveux de l'accouchée, du délire de la fièvre puerpérale, délire essentiellement pyohémique.
Nous n’essaierons pas de vous différencier du délire nerveux le delirium tremens proprement dit, le délire des ivrognes. Nous acceptons les idées de Billroth : le délire nerveux est habituellement un delirium tremens survenant chez un alcoolique ayant subi un traumatisme plus ou moins grave. Quant au délire nerveux que Billroth appelle hystérique et dont il signale seulement un ou deux exemples, délire qui ne tiendrait qu’à une perturbation nerveuse sans cause alcoolique, les observations en sont trop rares pour mériter un examen détaillé.
Traitement. — Voici, pour le traitement, ce que l’observation démontre : On doit laisser de côté la médication antiphlogistique, pas de saignée, pas de sangsues, si ce n’est dans des circonstances exceptionnelles et dans des proportions très restreintes. Dupuytren avait préconisé dans ces conditions l’emploi du laudanum, cinq à six gouttes toutes les six heures. Aujourd’hui, pour combattre ces accidents, on a toujours recours aux substances opiacées, mais on les emploie habituellement à dose plus élevée. Vous ferez prendre, par exemple, au blessé 10, 12,15 centigrammes d’extrait d’opium dansles vingt-quatre heures. Billroth conseille, en outre, l’administration du rhum.
En résumé, le délire nerveux est un accident assez fréquent consistant en un trouble des facultés intellectuelles, survenant surtout à l’occasion d’un traumatisme chez les alcooliques, d’un pronostic modérément grave, et réclamant surtout 1 administration de l’opium.
De l'infection purulente. — Définitions descriptives. — Définitions physiologiques. — Définitions de Follin, de Verneuil, de Virchow. — Définition de Pasteur. — Définition que nous adoptons. — Historique : période antique ; — période ancienne ;
— période moderne; — période contemporaine. — Symptomatologie. — Division.
— Périodr d'incubation.— Période d'état. — Période secondaire ou de localisation. Période ultime. — Phénomènes locaux et phénomènes généraux de la période d'incubation. — Symptômes importants de la période d'état : frissons; — élévation de la température; — rapidité du pouls; — fréquence de la respiration. — Troubles du côté des fonctions de la peau. - Troubles digestifs, cérébraux. — Accablement général. — Dans la période secondaire ou de localisation, inflammations diffuses et abcès au niveau de divers organes. — Symptômes généraux typhiques. — Dans la période ultime, symptômes ataxo-adynamiques. — Fonte purulente de divers organes.— Habituellement terminaison fatale. — Quelquefois guérison. — Anatomie pathologique. — Formation d’abcès métastatiques. — Formation d’épanchements purulents. — Théories de la formation des abcès métastatiques: 1° Théorie de Boerhaave, J.-L. Petit, Velpeau; 2° Théorie de Morgagni et de Blandin ; 3° Théorie de Cruveilhier; 4° Théorie de Virchow; 5° Le microbe pyogénique peut être considéré comme lacause de l'abcès métastatique. — Alléra'ions du sang. — Physiologie pathologique. — Enumération des diverses théories qui ont été proposées. — A Théorie de Follin, Sédillot. —B. Théorie de Verneuil. — C. Théorie de Virchow.
— D. Théorie de Billrolh. — E. Théorie de De Haen, Tessier (de Paris), Chauffard.
— F. Théorie du poison chimique. — G. Théorie des germes. — Étiologie. — Pronostic. — Traitement. — Traitement prophylactique. — Traitement soi-disant curatif. — Septicémie. — Définition. — Septicémie foudroyante. — Gangrène gazeuse.
— Septicémie se rapprochant de l'empoisonnement typhoïde. — Septicémie chronique ou infection putride de Bérard. — Septicémie expérimentale.
Messieurs,
Après avoir passé en revue ce que nous avons appelé les accidents nerveux des plaies, étudions actuellement ceux que l’on peut considérer comme dépendant d’une altération du sang, déterminée le plus souvent par le passage dans le système vasculaire de substances nuisibles s’absorbant au niveau de la plaie.
lÎBh.NE. — Palh. chir ., 11,
A cette transmission par le sang, se rattachent l’infection purulente, la septicémie, l’érysipèle et la pourriture d’hôpital. Nous étudierons tout d’abord l’infection purulente.
L’infection purulente méritait, il y a quelques années, une description tout à fait détaillée ; cet accident était, en effet, d’une fréquence extrême. Aujourd’hui, grâce à l’emploi du pansement de Lister, ou mieux des pansements antiseptiques, les observations en sont devenues beaucoup plus rares ; il vous sera, par conséquent, moins nécessaire d’avoir sur ce sujet des documents très complets; il nous paraît toutefois nécessaire d’insister sur la définition, l’historique, la symptomatologie, l’anatomie pathologique de cette affection ainsi que sur les théories que l’on a formulées sur sa nature et sur sa pathogénie. Nous aurons ensuite à vous donner quelques indications sur le diagnostic, le pronostic et le traitement.
Définitions. Synonymie. — L’infection purulente peut se définir, soit au point de vue des symptômes qu’elle présente, soit au point de vue de la nature intime de la maladie.
Définition descriptive . — Au point de vue des symptômes, l’infection purulente est un état général pathologique caractérisé par des frissons irréguliers, une courbe thermique spéciale et des abcès métastatiques. La maladie se termine le plus souvent par la mort. Le type de ce que l’on peut appeler la définition descriptive a été fourni par les auteurs du Compendium. « Les chirurgiens de toutes les époques, disent-ils, ont constaté souvent qu’une plaie dont l’aspect est bon, qui est couverte de bourgeons charnus vermeils, qui fournit une sup puration louable, peut tout à coup se sécher, s’enflammer, prendre une teinte pâle ou blafarde, en même temps que le pus devient sanieux ou cesse de couler; on voit survenir des frissons, de l’anxiété, du délire et d’autres désordres fonctionnels qui se terminent habituellement par la mort. Si l’on ouvre le cadavre des individus qui succombent, on rencontre des collections purulentes, quelquefois à peine soupçonnées pendant la vie. Ces