RÉSULTATS CLINIQUES
6° Los bords de la plaie ne présentent habituellement ni gonflement, ni douleur, ni rougeur, en un mot, aucun phénomène inflammatoire ; la cicatrisation se fait, mais avec une lenteur extrême. Cette lenteur est parfois si accusée, que dans quelques cas on est forcé de suspendre ce mode de pansement, sous peine de voir la plaie se perpétuer presque indéfiniment.
7° Signalons en dernier lieu comme effet local l’action antiseptique de l’alcool. L’alcool conserve, on le sait, les préparations anatomiques, et les expériences de Chedevergne démontrent également que son emploi empêche la décomposition des liquides exsudés et des tissus mortifiés que l’on rencontre si souvent à la surface d’une plaie.
Action générale. — Lorsqu’une plaie un peu considérable est soumise au pansement alcoolique, l’alcool peut s’absorber et l’on voit alors survenir quelques phénomènes d’ivresse plus ou moins accentuée. L’ivresse est rarement complète, le plus souvent la quantité d’alcool absorbée augmente seulement les forces générales du blessé, et le place ainsi dans des conditions où il peut résister plus efficacement à l’action infectieuse des milieux qui l’entourent; la cicatrisation peut ainsi se poursuivre avec des chances moindres de complications graves. Le plus souvent les phénomènes fébriles sont à peu près nuis, le pouls s’élève peu, la température reste normale, l’appétit excellent, l’aspect général bon.
Résultats cliniques. — Il ressort de ce que nous venons de vous exposer que l’alcool agit, en définitive, sur les plaies comme un antiphlogistique puissant et comme un antiseptique. L’emploi de cette substance contrarie un peu le développement et l’organisation des bourgeons charnus, il retarde la cicatrisation, mais dans des proportions minimes.
L’emploi de l’alcool est évidemment utile lorsque les blessés sont placés dans un milieu infectieux. Le docteur Chedevergne a fourni quelques statistiques d’une importance sérieuse. Ainsi dans le service de Nélaton, sur 39 grandes opérations, 36 ont
pu être conduites à guérison sans accidents. En 1864, le docteur de Gaulegac indiquait 53 guérisons pour 54 plaies. Nous avons eu l’occasion d’employer souvent ce mode de pansement, soit dans notre service de la Charité, soit dans les ambulances de 1870; les résultats que nous avons obtenus ont été toujours satisfaisants, surtout en ayant soin d’en cesser l’usage à temps pour recourir, à un moment donné, à des moyens plus susceptibles de favoriser le développement des bourgeons charnus, et d’activer l’organisation de la cicatrice. Pour le docteur Guyon, l’emploi de l’alcool comme pansement spécial serait surtout utile pour les plaies qui pénètrent dans les articulations, ouvrent les gaines synoviales et intéressent les parties musculaires.
Pansement de Lister — Sans- vouloir insister d’une manière trop complète sur ce pansement que vous pourrez voir employé dans les salles de clinique, nous vous donnerons quelques détails sur le principe de la méthode et sur son mode d’application; en troisième lieu, nous aurons à apprécier les résultats obtenus.
Principe de la méthode. — Frappé du fait bien réel de l’inocuité habituelle des plaies sous- cutanées, Lister chercha à se rendre compte de ce phénomène. Pour lui, l’air atmosphérique n’agit pas comme topique irritant, mais comme véhicule des organismes microscopiques, et des germes infectieux qui deviennent le point de départ de fermentations spéciales, et d’accidents graves dépendant surtout du passage dans le sang de ces substances nuisibles qui se sont ainsi formées. Les travaux de Pasteur autorisent complètement, vous le savez, à accepter cette théorie.
Si cette opinion est juste, il est positif que le meilleur pansement doit être celui qui, sans être trop irritant par lui-même, écarte jusqu’à la possibilité de laisser un seul germe dans la plaie, Lister croit avoir résolu ce problème en inventant sa méthode. Au premier abord, l’auteur pensa pouvoir employer, pour arriver à ce résultat, des substances diverses, toutes sus-
PANSEMENT DK LISTER
ceptibles de détruire les organismes microscopiques, chlore , acide sulfureux, benzine, créosote. L’expérience lui démontra bientôt qu’il était préférable d’avoir recours à l’acide pliénique. Son procédé est, du reste, des plus minutieux; qu’il nous suffise de vous en donner un aperçu général. Voici tout d’abord l’énumération des objets nécessaires pour pratiquer ce mode de pansement.
1» Une solution aqueuse d’acide phénique. La solution la plus généralement employée pour purifier l’épiderme voisin est au 1/40; pour nettoyer les instruments et les éponges, la solution est au i/20.
2° Une solution huileuse.
3° Une solution résineuse.
Voici, au sujet de. ces diverses solutions, quelques observations dont vous vous souviendrez. L’eau retient peu les molécules d'acide phénique ; il en résulte tout naturellement qu’une solution aqueuse employée en lavage a une action immédiate, prompte, mais elle ne dure que peu de temps. La résine ordinaire retient, au contraire, l’acide phénique d’une façon remarquable . Les molécules d’acide ne se dégagent que difficilement; aussi la solution résineuse phénique agit très légèrement, mais son action persiste pendant un temps beaucoup plus long. Les solutions huileuses occupent une position intermédiaire au point de vue de leur affinité pour l’acide phénique.
4° Il faut un appareil pulvérisateur, le spray. Cet appareil joue un rôle important, il sert à développer un nuage de vapeur phéniqué qui couvre tout le champ opératoire. Quelquefois le petit appareil de Richardson suffit; le plus souvent Lister emploie un pulvérisateur à vapeur; l’appareil, dans ce cas, présente l’avantage de fonctionner seul et dispense ainsi d’un aide.
5" Les ligatures sont faites avec des cordes à boyau, du catgut ; pour remplir cet usage la corde à boyau doit avoir été préparée avec beaucoup de soin; trempée, par exemple, pendant quelques semaines dans une émulsion d’eau, d’huile et d’acide phénique, elle offre alors des avantages très sérieux ; ainsi elle permet
de réaliser l’hémosiase sans laisser des corps étrangers clans la plaie; les nœuds peuvent, en effet, s’absorber, quelque nombreux qu’ils soient, et n’empêchent pas, par conséquent, la réunion par première intention. Lister affirme n’avoir jamais eu d’hémorragie secondaire après leur emploi.
6° Pour faire les sutures, l’auteur conseille l’emploi des fils desoie enduits d’un mélange de 1 partie d’acide phénique et de 9 parties de cire. La soie est plus souple que les fils métalliques, et comme on la rend antiseptique, on évite ainsi la putréfaction dans le trajet des sutures.
7° Quand on recherche la réunion par première intention, il faut être muni de drains en caoutchouc que l’on applique au niveau de la partie déclive de la plaie. On empêche ainsi la sérosité qui s’écoule toujours en abondance pendant les premiers jours de s’accumuler dans la plaie. Dans les premiers temps, Lister employait une languette de lin trempée dans de l’huile phéniquée au 1/10; il se sert actuellement des drains de Chassaignac, après leur avoir fait subir une préparation analogue à celle des fils à ligature.
8° Un morceau de taffetas protecteur, la yprotective, est destiné à recouvrir immédiatement la plaie, et a pour but de la protéger contre l’action irritante des substances antiseptiques que l’on met en usage. La prolective est de la soie huilée, enduite sur chaque face d’une couche de vernis copal et d’une couche de dextrine; on la trempe dans une solution aqueuse d’acide phénique au moment de l’appliquer. On est sur ainsi qu’aucune molécule septique n’v demeure adhérente, et, d’un autre côté, la très petite quantité d’acide qui est de la sorte mise en contact avec la plaie, n’est pas suffisante pour l’irriter.
9° Au lieu de charpie, on se sert de la gaze antiseptique. Cette gaze protège la plaie et en absorbe la sécrétion; elle est antiseptique et désinfectante ; c’est un tissu de coton à mailles très larges, tissu chargé d’un mélange d’acide phénique, de résine et de parafîne. La résine, comme vous le savez, retient long-