‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 190 sur 270 · PÉRIODE D’ÉTAT DE L’ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

PÉRIODE D’ÉTAT DE L’ÉRYSIPÈLE

La rougeur se prononce de plus en plus: elle est d’une coloration rose, rouge sombre, ou enfin d’une teinte bronzée ; le pronostic alors est presque toujours très grave. Cette rougeur disparait sous le doigt quand on exerce une pression même légère. A ce niveau, la peau est luisante, tendue, gonflée à tel point qu’aux limites de la rougeur il existe un bourrelet qui tranche entre les parties saines et les parties malades et se perçoit à l’œil ou au toucher. Le gonflement est toujours beaucoup plus apparent dans les endroits où le tissu cellulaire est lâche aux paupières, par exemple,

Les fonctions de la peau se suppriment au niveau de la partie érysipélateuse; le thermomètre indique que la température locale augmente : la main même peut facilement percevoir cette élévation.

Souvent l’on constate au niveau de la partie rouge des phlyctènes ou des bulles plus ou moins considérables. De même que dans les cas de brûlure au deuxième degré, la phlyctène contient tantôt une sérosité limpide, tantôt une sérosité mélangée de sang. Ces phlyctènes se déchirent et l’on voit a leur place des ulcérations plus ou moins profondes.

Au delà de la rubéfaction, la peau est presque toujours saine. Cependant, dans les cas d’érysipèle à marche rapide, on dis tingue en dehors de la zone malade de petites taches rouges irrégulières qui se réunissent ensuite et forment une plaque érysipélateuse plus ou moins large : cette rougeur peut facilement servir à apprécier la marche envahissante, stationnaire ou décroissante de la maladie. C’est généralement au bout de trois à quatre jours que la teinte devient moins foncée et que d’autres parties voisines deviennent, au contraire, érysipélateuses.

Des phénomènes locaux surviennent aussi du côté de la plaie, la cicatrisation s’arrête, les bords se gonflent, deviennent douloureux et se gangrènent parfois dans quelques points.

En même temps que ces phénomènes locaux évoluent, on

rencontre aussi des symptômes généraux : la température s’élève, le mouvement fébrile est presque toujours rémittent, il diminue un peu le jour pour augmenter d’intensité le soir et la nuit. Ges phénomènes généraux sont variables et leur groupement a permis de distinguer des érysipèles inflammatoires, bilieux et a dynamiques.

Inutile, pensons -nous, d’insister sur les caractères que comportent ces divisions.

Phase de déclin ou d'aggravation. — Après cette phase de progrès que nous venons de vous signaler arrive 1a. phase de déclin. Les symptômes généraux diminuent, la fièvre tombe, la température redevient normale, la rougeur disparait, la peau se ride, les écailles épidermiques s’exfolient : on dit, dans ces cas, qu’il y a résolution. Parfois, au contraire, la fièvre augmente, et le malade peut succomber en présentant des phénomènes qui rappellent ceux de l’infection purulente.

Pour achever cette étude de la symptomatologie, nous vous indiquerons encore la marche et les variétés de l’érysipèle.

Marche. — La rougeur s’étend quelquefois progressivement et arrive ainsi à envahir les unes après les autres toutes les parties du corps, les régions primitivement érysipélateuses revenant successivement à l’état normal. L’érysipèle est dit alors ambulant. D’autres fois, l’érysipèle se limite d’une façon définitive, sans s’étendre aux régions voisines; on dit alors qu’il est fixe. On a prétendu que la rougeur pouvait se transporter subitement d’un endroit à un autre, du côté droit, par exemple, au côté gauche. Ce fait caractériserait l’érysipèle erratique.

La science a consacré cette notion en s’autorisant d’une observation de Desault, qui ne justifie pas cette manière de voir. 11 s’agissait, en effet, d’une malade qui avait eu au bras un érysipèle qui passa subitement à l’autre bras ; mais la malade n’avait pas été examinée avec soin. Un vésicatoire avait été placé au bras opposé : rien de plus naturel,

VA III ET ICS DE L’ERYSIPELE

par conséquent, dans ces conditions, que l’invasion de la nouvelle localisation.

La marche de la maladie dépend souvent do la disposition anatomique des parties; ainsi, dans une thèse de 1872, Serrand a recherché avec beaucoup de soin la présence des sillons cutanés qui arrêtent la progression de la maladie dans tel ou tel sens.

Signalons, en dernier lieu, au point de vue de la marche, l’érysipèle de retouf. On voit quelquefois brusquement l’érysipèle apparaître de nouveau dans les parties où la desquamation sétait déjà opérée.

Variétés. — - Les variétés de l’érysipèle peuvent être établies, au point de vue des symptômes locaux et généraux. On a pu distinguer les variétés suivantes :

I Phlycténoïde, l Bulleuse ou pemphygoïde,

Miliaire,

Œdémateuse, i Phlegmoneuse.

Cos diverses dénominations nous dispensent de tout développement. Quelquefois l'érysipèle est gangréneux; tantôt les phénomènes gangréneux surviennent consécutivement, tantôt ils s’accentuent de suite. Gosselin a décrit l’érysipèle gangréneux immédiat. Cette variété peut dépendre, soit do l’intensité des symptômes inflammatoires, soit de la complication d’un élément plus septique.

Sanson a décrit la variété veineuse et lymphatique. Ce dernier auteur pensait que, dans l’érysipèle, il y avait lésion simultanée des réseaux lymphatique et veineux. Dans certains cas insolites, les capillaires veineux ou lymphatiques pouvaient devenir plus particulièrement malades, l’érysipèle était alors dit ou veineux ou lymphatique.

Velpeau avait admis déjà l’érysipèle bronzé, mais cette variété correspond à la gangrène septique. Au point de vue des

symptômes généraux, l’érysipèle peut être dit : inflammatoire, bilieux, adynamiquo.

On a décrit l’érysipèle à forme typhoïde (Gosselin). Dans quelques cas, l’affection est compliquée de pleurésie, d’arthrite ou de résorption purulente.

Siège. — Confine étude de symptomatologie, ajoutons quelques mots sur le siège de l’érysipèle. Cette étude comporte la résolution de deux questions.

1° Lorsque l’érysipèle siège à la peau, flans quelle partie de la peau siège-t-il ?

2° L’érysipèle siège t-il autre part qu’à la peau?

A la peau, les uns ont placé le siège de la lésion dans la couche la plus superficielle du derme (Callisen, de La Mothe, Boyer) .

Renauldin pensait que l’inflammation érysipélateuse était bor • née aux papilles du derme.

Suivant Rayer, la couche vasculaire seule était compro mise.

D’après Ribes, l’altération existerait surtout dans le réseau veineux cutané:

Enfin, dès 1837, Blandin avait émis l’opinion que le siège de l’érysipèle devait être localisé dans le réseau lymphatique.

Actuellement les opinions sont encore divisées, et dans une discussion récente à la Société de chirurgie les avis étaient partagés. Ainsi, pour Chassaignac, la lésion resterait localisée aux capillaires sanguins ; pour Després, aux lympathiques ; pour Verneuil et Gosselin, le problème n’est pas encore résolu. Il semble néanmoins que l’opinion de Després doive être acceptée. Voici les raisons que l’on peut faire valoir.

1° Lorsqu’un érysipèle commence, les ganglions voisins sont toujours engorgés.

2° La propagation se fait beaucoup plus rapidement chez

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