SIÈGE DE L’ÉRYSIPÈLE
l’enfant ; or, l’injection des vaisseaux lymphatiques s’opère toujours plus facilement chez l’enfant que chez l’adulte.
3° Quand on injecte le réseau lymphatique, on obtient des plaques irrégulières, grenues, un peu élevées, cette forme de plaques représente tout à fait la plaque du début que nous avons déjà indiquée.
4° Gomme il existe dans bien des parties un réseau lymphatique superficiel et un réseau lymphatique profond, on voit survenir quelquefois», des abcès plus ou moins profonds à la suite de l’érysipèle de certaines régions; mais, à la face, par exemple, où il n’existe pas de vaisseaux lymphatiques profonds, on ne constate pas non plus d’abcès sous -cutanés à la suite de fluxion érysipélateuse.
En deuxième lieu, la maladie existe-t-elle sur d’autres tissus que la peau? Les anciens auteurs ont résolu cette question par l’affirmative. Ainsi l’on trouve dans Hippocrate l’aphorisme suivant : «Erysipelas foras effusum introver si minime bonum , ab interioribus foras bonum. » Galien, Seunert, Hoffmann, Van S\vieten,Borsieri pensaient que la maladie pouvait se transporter delà peau aux muqueuses. Cullen, en affirmant, du reste, une erreur anatomique, soutenait que l’érysipèle pouvait exister au niveau de la muqueuse buccale et de la muqueuse digestive, mais qu’on ne l’observait pas au niveau de la muqueuse des voies aériennes qui était, d’après lui, dépourvue d’épithélium.
Plus tard, au commencement de ce siècle, on réagit contre cette opinion. Actuellement, depuis un mémoire de Gubler (Sociélé de Biologie, 1856), on est revenu à cette idée, et surtout depuis la thèse de Labbé (1858), on accepte comme réels les faits d’érysipèles des muqueuses. Dans une thèse de Pujos (1865), il est même relaté des observations d’érysipèles des muqueuses à la suite de traumatisme.
Doit-on aller plus loin dans ce sens en admettant des érysipèles des séreuses même du cœur, comme Duroziez a voulu le faire
Uebms. — Paili. chir., II.
accepter? Nous 11e le croyons pas; disons seulement que l’inflammation érysipélateuse de la peau ou des muqueuses peut se compliquer, à un moment donné, de péritonite, de pleurésie, d’arthrite ou d’endocardite. Pour que l’érysipèle survienne, il faut, en un mot, comme nous le verrons dans un instant, qu’il y ait pénétration, au niveau du réseau lymphatique cutané ou muqueux, d’un principe septique spécial.
Étiologie. — Abordons maintenant l’étude des causes de l’érysipèle. Elles peuvent se diviser en prédisposantes et en déterminantes.
Causes prédisposantes. — Les causes prédisposantes se tirent des conditions variables au milieu desquelles le sujet peut être placé, conditions :
I d’âge,
i de sexe,
' de profession,
1 de saisons, de santé antérieure.
Les sujets de tous les âges sont certainement aptes à contracter cette affection, mais elle frappe moins souvent l’enfant, l’enfant de six à douze ans surtout ; car, dans les premiers mois de l’existence, l’érysipèle se rencontre assez fréquemment.
Pour ce qui est de l’influence du sexe, longtemps on a pensé, d’après les observations de Chomel et de Blache, que la femme était plus sujette à l’érysipèle; on citait même des chiffres, 6 contre 8. D’autres statistiques faites depuis par Martin et par Després ont prouvé le contraire. Voici ce que l’expérience indique : l’érysipèle dit spontané est plus fréquent chez la femme; l’érysipèle dit chirurgical se rencontre, au contraire, plus souvent chez l’homme ; les derniers relevés de Gosselin viennent tout à fait à l’appui de cette proposition. Ainsi, sur un total de 260 cas d’érysipèle traumatique, ce chirurgien a observé 182 cas chez l’homme, 78 cas seu-
CAUSES DE L’ERYSIPELE
le ment chez la femme. Gela tient probablement à ce que les blessures sont beaucoup plus fréquentes chez l’homme que chez la femme. En effet, pour les érysipèles traumatiques opératoires, la proportion est à peu près égale; pour 75 cas de cette» catégorie, Gosselin a noté 37 hommes et 36 femmes.
Quant aux professions, rien de bien important à vous signaler; souvenez-vous cependant de la fréquence de cette maladie chez les marins. Elle provient, dit- on, d’un véritable traumatisme déterminé par le frottement sur la peau du pantalon souvent imbibé de l’eau de mer.
L’influence des saisons a également été appréciée par Gosselin. C’est au printemps et à l’automne que les érysipèles sont plus fréquents. Notez, en dernier lieu, que toute solution de continuité, quelque légère qu’elle soit, peut être considérée comme une cause prédisposante indispensable. Ainsi l’érysipèle peut survenir à la suite d’une opération ou d’un traumatisme plus ou moins grave. Souvent la maladie se déclare après la chute d’une escarre ou après l’ouverture d’un abcès, d’un furoncle ou d’un phlegmon. Les plaies qui favorisent le plus l’invasion érysipélateuse sont les plaies irrégulières, anfractueuses, pénétrant profondément. Les observations semblent démontrer que les traumatismes opératoires n’exposeraient pas davantage. Ainsi, sur un total de 700 opérés, Gosselin a noté 75 cas d’érysipèle ; pour 840 blessés, la proportion s’élevait, au contraire, à 180.
Causes occasionnelles. — La cause occasionnelle est actuellement bien connue, les recherches d’Orth (Eocper. path. u. phar., Leipzick, 1873), celles de Dupeyrat (Thèse, 1881) établissent que l’érysipèle est déterminé par l’action au niveau d’une solution de continuité d’une substance toxique. Cette substance toxique est pour ces auteurs une bactérie sphérique (bacterium punctum), qui peut être isolée ou réunie en chapelet, mais elle est toujours immobile. Cette immobilité est un caractère pathognomonique du microbe de l’érysipèle. La figure 9
vous donnera une idée assez exacte de ce microbe particulier.
Les observations suivantes ont été faites par les auteurs que nous avons cités.
1 0 En inoculant le microbe spécifique à un animal, on détermine un érysipèle.
2° Si l’on inocule seulement de la sérosité recueillie au niveau d’un point Fis-9- érysipélateux, mais que cette sérosité
ne renferme pas le microbe spécial, on suscite bien quelques phénomènes pathologiques, mais on ne voit pas survenir un véritable érysipèle.
3° L’inoculation de bactéries différentes ne produit pas la maladie. L’érysipèle est donc, en définitive, le résultat de l’inoculation d’un microbe spécifique au niveau d’une solution de continuité. Billroth, Ollier, AVolff et Tielmanns ont échoué dans quelques tentatives d’inoculation ; mais un seul fait positif de réussite a plus de valeur que plusieurs cas d’insuccès. Ges expériences vous indiquent pourquoi un traumatisme quelconque se rencontre toujours à l’origine de tout érysipèle. Seulement il faut entendre par traumatisme les plus simples érosions épidermiques et les plus minimes excoriations. Il y a longtemps déjà que Bretonneau avait fait observer que dans la plupart des érysipèles de la face prétendus spon tanés, il était toujours possible de démontrer la présence de croûtes eczémateuses siégeant soit au niveau des narines, soit derrière les oreilles. La porte d’entrée du microbe est alors toute naturelle. Dans un cas relaté par Dupeyrat, — un malade se fait avec l’ongle une légère écorchure delà muqueuse nasale, — c’est trois jours après que les prodromes de l’érysipèle apparaissent. Le traumatisme est donc nécessaire à la genèse de l’érysipèle, non pas comme cause déterminante, mais comme
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