DU PANSEMENT SIMPLE
mais le pansement devient alors un pansement spécial. N’anticipons pas sur cette étude, dont nous aurons bientôt à nous occuper. Quelquefois la charpie est appliquée directement sur la plaie sans l’intermédiaire d’un linge fenêtré et cératé. Ph. Boyer recommandait souvent deprocéder ainsi, pour être plus sûr de s’opposer aux hémorragies. Le contact du linge cératé est évidemment plus doux que celui delà charpie sèche, et la levée du premier appareil est plus facile ; mais, suivant ce chirurgien, si un peu de sang s’écoule, ce sang glisse alors sur le cérat et, n’ayant pas de tendance à se coaguler, il y a plus de chances pour que l’hémorragie persiste. Pour la même raison, il est préférable de se servir de charpie sèche sous forme de boulettes. La charpie à plumasseaux offrant, en effet, des fibres parallèles, permet au sang de s’écouler entre elles, et, par conséquent, s’oppose moins à l’écoulement hémorragique.
Un linge fenêtré et cératé pour empêcher le pansement d’adhérer à la surface de la plaie, un gâteau de charpie pour absorber la suppuration, voilà, en définitive, à quoi se réduisait la thérapeutique à peu près universellement suivie en France, il n’y a pas très longtemps encore. L’emploi de notre charpie a été surtout vivement critiqué. Souvent, en effet, la charpie est confectionnée sans précautions ; on en confie la préparation à des doigts plus ou moins souillés, on la fait avec de vieux linges, et, dans ces conditions, la physiologie pathologique moderne nous indique formellement tous les dangers que l’emploi de cette substance peut déterminer chez le blessé On a bien voulu, en employant des charpies médicamenteuses, supprimer ces inconvénients; mais l’usage de ces produits ne s’est jamais généralisé. Ainsi, en 1855, Chcnot présenta à l’Académie des sciences une prétendue charpie électro-chimique; il s’agissait d’un certain nombre de composés spongieux que l’auteur appliquait sur les surfaces divisées dans le double but d’obtenir une décomposition, soit du pus, soitjdu sang déposés sur la solution de continuité. En 1861, Demeaux (de Puy-l’Évêque)
TRENTIEME LEÇON
prépara une charpie en mélangeant 500 grammes d’eau, 100 grammes de coaltar et 1 kilogramme de charpie ou de linge. Pichot et Malapert (de Poitiers) ont donné la formule delà charpie carbonifère. Ces diverses préparations peuvent réaliser quelques conditions antiseptiques 5 mais, ainsi préparée, la charpie perd de sa souplesse, et mieux vaut alors avoir recours complètement aux autres pansements spéciaux que nous aurons à examiner plus tard. Quant à remplacer la charpie simplement par quelques objets similaires, tels que des morceaux d’éponges, des feuilles d’arbres, de l’étoupe, des morceaux de racines de lin ou d’orties, de la charpie anglaise qui représente un tissu semblable à l’alpaga, on le peut au besoin ; mais il vaut encore mieux chercher à se procurer de la très bonne charpie, parfaitement préparée, sinon avoir recours aux pansements spéciaux.
Une fois ce premier pansement appliqué, il reste alors à résoudre quelques autres questions : à quel moment faut-il enlever le premier appareil ? faut-il multiplier les pansements ?
Levée clu 'premier appareil. — Les chirurgiens sont loin de s’entendre sur l’époque à laquelle, il convient de lever le premier appareil. Les conseils que vous trouverez sur ce sujet dans le traité de Follin nous semblent parfaitement ju. hcieux.
1° S’il s’agit d’une plaie réunie , pour laquelle vous ayez des chances sérieuses d’obtenir une cicatrisation par première intention, levez le premier appareil vingt-quatre heures après son application. Certaines plaies laissent suinter pendant les premiers j ours un liquide séreux ou séro-sanguinolent ; ce liquide, souvent très abondant, se décompose très vite et exerce sur la surface de la plaie une action irritante et nuisible. En renouvelant le premier pansement au bout de peu de temps, vous supprimez de suite cette cause d’irritation. En outre , eh changeant les pièces extérieures du pansement , vous pourrez facilement observer si quelques-uns des fils de suture excercent une constriction trop forte ; en remédiant de bonne heure à cet accident, vous éviterez ainsi des inflam-
des pansements consécutifs
mations graves, presque certaines, et vous augmenterez, au contraire, les chances cl’adhésion immédiate. Blandin, Lislranc, Boyer procédaient ainsi. Du reste, les blessés éprouvent presque toujours un bien-être sérieux après ce premier pansement.
2° L’appareil sera changé plus rapidement encore si des douleurs persistantes font craindre quelque phénomène anormal, quelque complication qu’il importe de combattre : étranglement des lèvres de la plaie, érysipèle, phlegmon ou hémorragie.
3° S’il s’agit d’une plaie pour laquelle l’on prévoit qu’il n’y ait pas de chances pour que la réunion par première intention puisse être obtenue, enlevez encore le premier pansement rapidement. En agissant ainsi vous aurez l’avantage de faire écouler le sang qui a pu s’épancher et qui risquerait de se décomposer ; en outre, le contact des nouvelles pièces de pansement est plus doux, mieux supporté, et vraiment, vous ne pouvez, en agissant ainsi, que mettre la plaie dans des conditions de cicatrisation meilleures.
Fréquence des 'pansements consécutifs. — A quels intervalles faut- il renouveler les pansements? Doivent-ils être rares ? Doivent -ils être fréquemment renouvelés? A toutes les époques il s’est trouvé des partisans de l’une ou l’autre de ces deux pratiques. Cependant, jusqu’au commencement du dix-sep tième siècle, la question n’avait pas eu de tendance à devenir une question de doctrine. A ce moment parurent deux livres sur la rareté des pansements. L’un de François Martel, chirurgien d’Henri IV (1601), l’autre de Magatus (1616). Le précepte était indiqué formellement : procéder aux pansements tous les trois ou quatre jours seulement. Bien des chirurgiens acceptèrent cette pratique; ainsi la plupart des membres de l’ancienne Académie de chirurgie et Boyer ont donné ce conseil. Les pansements rares assurent, en effet, aux plaies quelques conditions éminemment favorables à leur guérison: le
fi TRENTIÈME LEÇON
repos, une température uniforme, la soustraction au contact de l’air, la diminution des douleurs que le pansement le mieux exécuté ne peut moins faire que do déterminer tout d’abord; et certainement, comme l’a très bien dit Bouisson, « faire des pansements rares quand ils ne sont pas contre-indiqués par quelque circonstance particulière, c’est rendre à la nature son action véritablement curative, en la troublant le moins possible dans son oeuvre intime de réparation organique. » Il est, du reste, difficile de soumettre ce point de pratique à une règle fixe. Pour les plaies d’étendue moyenne, pour les plaies d’amputation, par exemple, pour celles qui succèdent à l’extirpation de certaines tumeurs, il est généralement admis de renouveler le pansement au moins toutes les vingt-quatre heures. Le dérangement des pièces d’appareil, des accidents spéciaux que l’on redoute, le fait d’une hémorragie, vous contraignent souvent, on le comprend, à multiplier les pansements.
Appréciation de ce mode de pansement. — Tel que nous venons de vous le décrire, ce pansement classique, ce pansement à plat , ce pansement simple a rendu et rend encore tous les jours de grands services. A la campagne, dans la pratique privée, où les plaies guérissent avec plus de facilité, réclamant le plus souvent un peu de repos seulement, et quelques soins de propreté, ce pansement mérite d’être conservé. Il est, en effet, d’une application simple et facile; il n’exige que des pièces d’appareil peu coûteuses, qui se rencontrent partout, et suffit, en outre, parfaitement à la cicatrisation de la plaie.
Ce pansement ne peut suffire cependant dans tous les cas. Il est évident, par exemple, que l’on ne doit pas soumettre à un traitement uniforme les plaies normales, si nous osons ainsi dire, et les plaies compliquées, celles qui marchent tout naturellement à la guérison et celles dont la cicatrisation reste languissante ou suit une marche rétrograde. D’autre part, malgré toutes les précautions dont on peut s’entourer, il est évident que trop souvent l’on voit survenir, surtout dans les hôpitaux et